Mönchengladbach, Hennes Weisweiler Allee, l'avenue qui mène vers le Borussia-Park. Le ton est donné : des légendes du foot allemand ont occupé les lieux. Hennes Weisweiler fait partie du gotha. Il a entraîné le Borussia pendant 11 saisons dans les années 60 et 70, lui a offert ses trois premiers titres nationaux, une Coupe d'Allemagne et une Coupe de l'UEFA.
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Mönchengladbach, Hennes Weisweiler Allee, l'avenue qui mène vers le Borussia-Park. Le ton est donné : des légendes du foot allemand ont occupé les lieux. Hennes Weisweiler fait partie du gotha. Il a entraîné le Borussia pendant 11 saisons dans les années 60 et 70, lui a offert ses trois premiers titres nationaux, une Coupe d'Allemagne et une Coupe de l'UEFA. La saison passée, Gladbach n'a sauvé sa peau en Bundesliga que lors de la toute dernière journée, mais qu'on ne s'y trompe pas : c'est un tout grand d'Allemagne. Des coaches emblématiques y sont passés : Weisweiler, mais aussi Udo Lattek, Jupp Heynckes, Rainer Bonhof. Et Dick Advocaat. Côté joueurs, ce n'est pas mal non plus : Patrick Andersson, Martin Dahlin, Stefan Effenberg, Lothar Matthäus, Günter Netzer, Allan Simonsen, Uli Stielike, Berti Vogts, Igor Belanov,... Dans le noyau actuel, deux joueurs sont plus sous les spots que tous les autres ensemble. Oliver Neuville, attaquant, plus de 300 matches et près de 100 buts en Bundesliga, 69 caps avec la Mannschaft, finaliste d'une Coupe du Monde et d'un EURO. Et à l'opposé du terrain, Logan Bailly, gardien belge, arrivé en Allemagne en janvier dernier et qui a directement explosé, élu par les supporters meilleur joueur de Gladbach de la saison 2008-2009 avec 72 % des voix. C'est un corps meurtri qui nous accueille à l'entrée du stade. Bailly porte une attelle impressionnante au pied droit et marche difficilement avec des béquilles. Interview du beau gosse qui monte, monte, monte ! Logan Bailly : Mais non, ce n'est pas arrivé à l'entraînement. (Il rigole). Je me suis fait ça tout seul chez moi. Je déplaçais un appareil d'air conditionné et il m'est tombé sur le pied. Voilà ce qui se passe quand un footballeur décide de travailler un peu. (Il se marre). Le métatarse, ça veut dire quelques semaines d'arrêt. On m'a plâtré pendant une bonne quinzaine de jours, puis on m'a mis cette attelle. J'en ai encore pour un moment. Je raterai les premiers matches de la saison mais j'espère être retapé fin août, début septembre. C'est la deadline que je me suis mise en tête. Finalement, c'est peut-être mieux maintenant qu'en pleine saison. On m'a bien dit que je ne devais pas m'inquiéter pour ma place. Dès qu'ils ont appris l'accident, l'entraîneur et le directeur technique m'ont appelé. Ils m'ont tenu le même discours : -Tu n'as pas de chance mais ça ne change rien pour nous, tu restes notre numéro 1 et tu reprendras ta place dans le but dès que tu seras rétabli. C'est Christopher Heimeroth qui va commencer le championnat : le gars dont j'ai pris la place dès que je suis arrivé en janvier. Pas mon pire ennemi mais pas mon meilleur ami non plus, et c'est normal : je suppose qu'il a mal pris de devoir décamper du jour au lendemain, surtout pour laisser la place à un jeune étranger inconnu. Oui, mais je savais en arrivant que c'était une lame qui pouvait couper des deux côtés. J'aurais aussi pu me planter. Soit ne pas jouer. Soit jouer et être mauvais. Mais tout s'est super bien passé. Avoir été élu meilleur joueur de la saison par les supporters en n'ayant joué qu'un demi-championnat, ce n'est pas mal, hein ? C'est une distinction qui me rend vraiment très fier. Avec le recul, je me dis que j'avais tout contre moi quand j'ai signé en janvier : Mönchengladbach était très mal classé, je venais pour jouer derrière une défense qui prenait énormément de buts, j'arrivais d'un petit pays du foot comme la Belgique, on ne me connaissait pas et le club avait dépensé près de trois millions pour mon transfert. Au début, j'ai carrément eu du mal à me faire accepter. Surtout que je venais pour sortir un gardien allemand du but. Sans m'en rendre compte au moment même, j'ai joué les cinq mois les plus importants de ma carrière. Bonne question. Je n'ose pas y penser. C'est clair qu'il y avait un risque et on ne s'est d'ailleurs pas privé d'écrire dans ce sens-là dans les journaux belges. J'ai lu qu'on ne comprenait pas ma décision. On se demandait quelle mouche nous avait piqués, Dante Bonfim et moi, pour venir nous enterrer dans un club sur le point de basculer en deuxième division. Moi, je ne pouvais être sûr de rien avant de signer mais j'avais un bon pressentiment. J'étais venu voir un match à domicile : il y avait 55.000 personnes et les gens étaient complètement fous. En reprenant la route pour la Belgique ce soir-là, je me suis dit : -Un club pareil ne peut pas descendre. Déjà, le premier match ne s'était pas trop mal passé : nous avions perdu à Stuttgart mais j'avais été bon. Puis, je me suis de nouveau bien débrouillé contre Hoffenheim. Mais c'est évidemment le déplacement à Brême qui a commencé à me donner la cote que j'ai aujourd'hui. La meilleure prestation de ma vie avec la victoire 2-6 de Genk à Bruges. En me lançant des compliments incroyables après Brême, Harald Schumacher a commencé à façonner ma popularité en Allemagne. Je ne savais qu'une chose de lui : qu'il avait eu une collision terrible avec Patrick Battiston à la Coupe du Monde 1982. Je n'étais pas né ! Mais j'ai eu l'occasion de le rencontrer tout récemment pendant notre stage en Autriche. Il était dans notre hôtel, on me l'a montré et je suis allé vers lui. Je l'ai remercié pour ce qu'il avait dit sur moi. Il m'a répondu : -Quand je déclare un truc pareil, c'est parce que je le pense. Ce n'est pas mon style de lâcher n'importe quoi dans les médias, j'ai toujours été très franc. J'en ai entendu parler, oui. Mais il n'y a pas eu d'approche directe. On a aussi parlé de Galatasaray, les dirigeants turcs ont même mis sur leur site internet que je les intéressais fortement. Mais là non plus, il n'y a pas eu de vrai contact. De toute façon, à partir du moment où le directeur technique de Mönchengladbach a déclaré que je ne pourrais pas m'en aller pour moins de 20 millions... Il est tranquille, le type ! J'y vais, c'est sûr. Il y a plein de clubs légendaires ici : Schalke, Hambourg, Mönchengladbach, Dortmund mais le Bayern, ça reste le Bayern. Un truc à part, l'équipe la plus prestigieuse de l'histoire du foot allemand. Enfin bon, pour tous les connaisseurs de la Bundesliga, Mönchengladbach arrive deuxième ! Donc, je ne suis quand même pas si mal tombé. Je joue dans une équipe qui attire 55.000 personnes tous les 15 jours : c'est la troisième assistance du championnat. Quand je vois comment le football vit ici, je me dis que le Borussia est condamné à redevenir un tout grand d'Allemagne. Ils ne sont pas tristes, ils sont réalistes. Il faut savoir d'où on vient. Cette équipe a eu toutes les peines du monde à se sauver la saison dernière et Gladbach était encore en D2 il y a un peu plus d'un an. Donc, tout le monde reste calme. Malgré tous les enjeux qui existent à tous les niveaux du championnat, on ne nous met aucune pression. Ni les dirigeants, ni le staff technique. Evidemment. Un champion d'Europe -21. International A. Un joueur exceptionnel. C'était un vrai chouchou des supporters. Normal, c'est le vieux... Non, c'est un vrai pilier de l'équipe. Il est ici depuis plus de quatre ans, c'est un meuble. S'il est moins populaire que moi, que ce soit en Allemagne ou en Belgique, c'est peut-être dû aussi à son style de jeu : il est beaucoup plus sobre. Il a passé 30 ans, la popularité ne doit plus vraiment l'intéresser. Il tire doucement vers la fin de carrière. Mais il ne commence plus beaucoup de matches ! Il a 36 ans. Il comprend qu'il n'est plus une priorité et vit ça très bien. C'est un type exceptionnel. Un roi à Mönchengladbach, une star dans toute l'Allemagne mais il est resté très simple. Nous passons beaucoup de temps ensemble, pas seulement au stade. C'est un tout. J'ai directement fait des bons matches, je suis encore tout jeune, j'ai un caractère bien trempé et j'ai effectivement un style qui ne passe pas inaperçu. Rester sur ma ligne, très peu pour moi. Je me considère comme un gardien spectaculaire et moderne. Mais je choisis mes moments pour faire le show, je ne fais pas ça à l'aveuglette, n'importe quand ou n'importe comment. Je prends beaucoup de risques : je sais que ça peut parfois se retourner contre moi, me coûter très cher, mais je ne changerai pas. Bien sûr, c'est le genre de truc qu'on n'oublie jamais. S'il me prend quelques centimètres plus haut, je m'en sors sans doute avec une bonne cicatrice sur le cuir chevelu. Là, il me touche à la tempe et je me suis retrouvé dans le coma. A peine arrivé, il s'est blessé. Mais quand il est rentré dans l'équipe, on a vu la différence. Il a marqué quelques buts importants : à Cottbus, il nous offre les trois points dans les dernières secondes, et au tout dernier match, contre Dortmund, son but nous sauve définitivement. Mais surtout, il a stabilisé la défense. J'ai participé au sauvetage au fil des semaines, Dante a eu sa part aussi. Et deux autres défenseurs arrivés en même temps que nous ont achevé le boulot : Paul Stalteri et Tomas Galasek. Le Borussia a joué le deuxième tour avec une toute nouvelle défense et nous avons commencé à prendre de moins en moins de buts. La presse populaire, c'est un problème en Allemagne. Elle est toujours à l'affût. Tu fais la moindre petite bêtise, elle t'attrape. Une photo de moi a été publiée lors du stage d'hiver. En dessous, il était écrit que cette photo avait été prise en boîte de nuit alors que j'étais dans une taverne avec toute l'équipe et que tout le staff était au courant. Il faut se méfier à tout moment. Tu es une vedette un jour mais une merde le lendemain. Il n'y a pas de juste milieu : c'est top ou flop. Il faut simplement savoir se protéger, ne pas donner à ces photographes un bâton pour te frapper. J'ai compris le message : j'ai loué une maison dans une espèce de petit bois, il y a un portail de sécurité, des caméras de surveillance et tout le bazar. Les journalistes savent où j'habite mais ils ne m'emmerdent pas, ils ne cherchent pas à s'approcher. Peut-être parce qu'il n'y a pas encore de gros dossier sur moi. (Il rigole). Qui aurait cru que Hoffenheim serait champion d'automne la saison passée ? Qui aurait osé miser sur Wolfsburg pour le titre ? Le Bayern a besoin d'un tout gros sponsor maillot pour payer ses gros salaires mais ce n'est pas une garantie de titre. Je vais parler de ce que je connais bien : le Borussia Mönchengladbach. J'ai beau chercher, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait faire basculer ce club. Personne n'a l'air inquiet, ça tourne. Tout le monde est serein, zen. Et j'ai l'impression que c'est un peu partout pareil en Allemagne. On ne fait pas de folies. Le Bayern a mis le paquet pour arracher Mario Gomez à Stuttgart mais ça reste exceptionnel. Alors qu'au Real Madrid ou à Manchester City, ça se répète de semaine en semaine. J'ai entendu que chaque joueur de City avait reçu une montre de 190.000 euros : c'est complètement fou. La sagesse du Bayern, le plus grand club allemand, est une illustration de la sagesse de toute la Bundesliga. Tout à fait. C'est dans les mentalités. On ne prend pas des risques débiles. Ce n'est pas un simple cliché. Ici, ça bosse, les footballeurs sont des machines. Les salles de fitness où il faut passer tous les jours, les séances d'entraînement qui durent plus de trois heures en période de préparation, tout cela paraît normal, personne ne rouspète. Oui, et ça a payé puisqu'il a conduit son équipe au titre. Wolfsburg, ce n'est pas aussi glamour que le Bayern, il y a beaucoup moins de stars là-bas qu'à Munich, mais parfois, le Bayern me fait penser au Real : une accumulation de grands noms qui ne tirent pas à la même corde. Point de vue discipline, nous étions bien servis aussi avec Hans Meyer, une espèce de Guy Roux allemand. Il contrôlait tout. Le premier mot qui lui venait à la bouche était toujours " discipline ". Quand nous ne nous entraînions que le matin, il nous obligeait quand même à rester au stade jusqu'à 17 heures. Le nouveau coach, Michael Frontzeck, est fort différent. Plus cool. Plutôt de la nouvelle école. Après une saison de galère avec un entraîneur à poigne, les dirigeants se sont peut-être dit qu'il fallait un changement radical de style. Pas sûr. Pour moi, le passage de Marin à Brême est peut-être aussi important. LANGUE : " Je commence à me débrouiller en allemand, je comprends de mieux en mieux et je parle un peu. Il y a des cours obligatoires mais on ne m'a pas poussé à y assister la saison dernière parce que le club avait d'autres chats à fouetter : c'était chaud pour le sauvetage et c'était d'abord là-dessus que tout le monde devait se concentrer. " JESSICA : " Ici, ils sont vite devenus fous de ma copine. Le calendrier sexy avec des femmes de joueurs de Genk était sorti juste avant mon transfert et la presse allemande est directement tombée dessus, c'est ça qui a déclenché l'hystérie. Mais ils se sont un peu calmés entre-temps. " SAMEDI : " Le foot du samedi après-midi, c'est sacré. Si les commerces pouvaient fermer, ils le feraient. Chaque semaine, c'est fête nationale dans toute l'Allemagne. Pour mon premier match avec Mönchengladbach, 6.000 supporters ont fait le déplacement à Stuttgart, qui est à plus de 400 kilomètres. " JEUNES : " Les Allemands sont champions d'Europe en -17, -19 et -21. Cela va sûrement inciter les clubs à faire de plus en plus confiance aux jeunes du pays plutôt qu'à recruter continuellement à l'étranger. " DISCIPLINE : " Dans chaque club, chacun connaît exactement sa place et son rôle. Je vois ça tous les jours au Borussia, c'est une vraie fourmilière. Tout est parfaitement structuré, le vestiaire ressemble à tout moment à un musée tellement tout est nickel. Chaque joueur a son programme de la semaine affiché à un tableau, avec tout ce qu'il devra faire pendant la semaine, presque heure par heure. "par pierre danvoye"J'ai loué une maison dans un bois avec portail de sécurité, caméras, etc.""Si le Bayern me veut, j'y vais. Mais Mönchengladbach veut 20 millions..."