The place to beer, une brasserie dans le pittoresque centre-ville de Lille, devient l'espace d'un instant theplacetobe lorsque Fabrice N'Sakala et Maxime Colin retrouvent leur collègue-footballeur Marcel Tisserand. Tisserand et N'Sakala sont équipiers en équipe nationale congolaise. Ils s'échangent évidemment les dernières nouvelles et quelques poignées de mains.
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The place to beer, une brasserie dans le pittoresque centre-ville de Lille, devient l'espace d'un instant theplacetobe lorsque Fabrice N'Sakala et Maxime Colin retrouvent leur collègue-footballeur Marcel Tisserand. Tisserand et N'Sakala sont équipiers en équipe nationale congolaise. Ils s'échangent évidemment les dernières nouvelles et quelques poignées de mains. " Puis-je vous présenter à monsieur Tisserand, joueur de Wolfsburg. " N'Sakala fait son petit show, Colin observe la scène d'un air amusé. Toute l'interview suivra le même topo : N'Sakala amuse la galerie tandis que Colin prend un air plus sérieux. Les frères d'une autre mère se complètent parfaitement. " Notre amitié remonte à notre passage à Troyes ", rappelle Colin. " Je l'ai toujours suivi. Je suis arrivé après lui à Troyes et puis à Anderlecht. Dans le monde du football, on se fait rapidement des amis, mais une relation se prolonge rarement lorsqu'on change de club. Si l'on ne veut pas se perdre des yeux, cela demande un effort des deux côtés. J'ai toujours gardé le contact avec Nsak. Au Nouvel An, il est spécialement venu à Londres pour moi et nous sommes partis en vacances ensemble. " N'Sakala rigole. " A Troyes, je l'appelais le bachelier. Aujourd'hui, je l'appelle el padre. J'avais aussi une relation spéciale avec Youri Tielemans, mais c'est encore différent avec Max. Youri est d'une autre génération - il avait sa propre clique à Anderlecht avec Bastien et Leya Iseka - et je le considérais surtout comme un petit frère. Il était le plus mature de tous les jeunes. Il est marié, a un enfant et a trouvé la stabilité indispensable dans sa vie privée. Si je pouvais refaire ma vie, je ferais comme lui. " À Anderlecht, tu avais la réputation de beaucoup sortir. FABRICE N'SAKALA : Durant ma première saison à Anderlecht, je sortais souvent. Après, beaucoup moins. Certains affirment qu'ils m'ont aperçu dans la vie nocturne, mais je ne prenais plus la voiture que pour rendre visite à mes amis à Anvers. Je ne m'autorisais plus de folies, comme faire des allers-retours en France quelques jours avant un match... MAXIME COLIN : Je me souviens d'un moment surréaliste lorsque j'étais encore à Troyes. J'étais sorti avec quelques amis, parce que nous n'avions pas de match le week-end. Et qui ai-je croisé dans une discothèque ? Fabrice ! Le lendemain, il devait partir en mise au vert avec l'équipe. Mais, durant ses premiers mois à Anderlecht, il échappait à tout. Il a même été rapidement invité à signer une prolongation de contrat. Jusqu'à cette histoire avec le programme de la chaîne VTM, Dansdate. N'SAKALA : Le club m'a sanctionné parce que j'étais présent lors d'un show télévisé ! L'émission a duré au plus tard jusqu'à 22 heures, mais ils ont estimé que je n'étais pas rentré directement chez moi. Si l'on m'avait pris en flagrant délit dans une discothèque aux petites heures, avec dix pour mille d'alcool dans le sang, j'aurais accepté ma sanction sans sourciller. Le lendemain, nous avons perdu à Mouscron ( 4-2, ndlr) et Besnik Hasi m'a désigné comme bouc émissaire. J'étais resté 90 minutes sur le banc... Herman Van Holsbeeck prétend que tu as reçu plusieurs amendes pour excès de vitesse après une sortie. COLIN : J'ai aussi entendu cette histoire. D'où proviennent ces ragots ? N'SAKALA : ( il soupire) Pendant cette période, j'habitais avec Steven Defour. Son meilleur ami Nabil, qui jouait à Levante, était venu en Belgique pour les fêtes de Noël et je lui avais prêté ma voiture pendant quatre jours. Lorsque mon véhicule a été flashé le 26 ou le 27 décembre, c'est lui qui était au volant. L'amende a été envoyée au club et j'ai directement expliqué la situation. Tout le monde, Herman y compris, savait donc que ce n'était pas moi qui conduisais. Je ne comprends donc pas pourquoi, plusieurs mois plus tard, il a raconté cette histoire à la presse. Cela n'a fait que renforcer l'image de bon vivant que j'avais déjà. Apparemment, je devais passer pour le méchant. COLIN : Je pense que c'était plutôt une accumulation d'incidents. Ces amendes routières, ton apparition au programme de télévision, etc. Savez-vous quel était son problème ? Il poste toute sa vie sur internet. Il a sans doute sous-estimé l'impact de ses décisions. Avec ce qu'il sait aujourd'hui, il ne commettrait plus les mêmes erreurs. La dernière fois que vous avez entamé un match conjointement sous le maillot d'Anderlecht, c'était lors de la finale de la Coupe de Belgique contre Bruges, en mars 2015. Après le match, vous avez été pointés du doigt. COLIN : J'aimerais revoir les images de ce match : je vous mets au défi de trouver la moindre phase où j'aurais été ridiculisé par Izquierdo. Certes, il m'a dépassé quelques fois, mais ce n'est pas une honte lorsqu'on est opposé à un joueur qui fait partie des meilleurs à Brighton. N'SAKALA : Lorsque Refaelov a fait 2-1, nous n'étions même plus sur le terrain. Au coup de sifflet final, je remarquais déjà qu'on me reprochait certaines choses. Bon, ce n'était pas nouveau. Certains joueurs étaient dans le collimateur de Hasi. Lors des analyses vidéo, on me reprochait surtout d'avoir été trop passif sur les actions offensives. Mais on n'a adressé aucune remarque à mon voisin, qui avait perdu tous ses duels, causé un penalty et inscrit un but contre son camp. COLIN : Je me souviens de quelques matches malheureux de ma part et la finale de la coupe n'en faisait certainement pas partie. N'SAKALA : Mon match le plus catastrophique était celui à domicile contre Gand. Je jouais sur le flanc gauche avec Conte et je n'ai rien fait de bon. Il m'a adressé le ballon alors que j'étais au sol. Il voulait me solliciter pour un une-deux, mais je n'ai pas bougé... Lors d'une rentrée en touche, Besnik nous a demandé d'enfin nous réveiller. En vain. Durant l'hiver 2015, tu as joué le match de ta vie contre Tottenham. N'était-ce pas miraculeux, étant donné que tu n'avais plus joué depuis plusieurs mois ? N'SAKALA : Je m'entraînais trois fois par jour, je peux même dire que j'étais en meilleure condition que certains joueurs qui étaient souvent titulaires. J'arrivais au club à 7 heures du matin pour m'entraîner individuellement avec Jurgen Segers et je quittais à 16 heures, lorsque tout le monde était déjà parti. Je savais que je ne décevrais pas à Tottenham. COLIN : J'étais présent au stade avec un équipier de Brentford et nous étions étonnés par la prestation qu'il a livrée. Revenir de la cave pour honorer une place de titulaire en Europa League contre Tottenham, ce n'est pas donné à tout le monde. N'SAKALA : Je voulais montrer aux Anglais que j'avais le niveau. Cela devait être mon dernier match pour Anderlecht. Nous avons joué le jeudi, et quelques jours plus tard, je devais partir à Wolverhampton. Ils voulaient que je m'entraîne avec eux en novembre et décembre. Je n'avais plus qu'à passer mes tests médicaux et à signer mon contrat. Mais quelques jours plus tôt, Obradovic s'était déchiré les ligaments croisés et le diagnostic était plus grave que prévu. En raison de la longue indisponibilité d'Obradovic, je ne pouvais plus partir, à aucun prix. Pendant le mercato hivernal, ils ont engagé Alexander Büttner, et de février à mai, je n'ai plus joué. J'étais au bord de la dépression. COLIN : Je trouve vraiment dommage que son transfert à Wolverhampton ait capoté. À Troyes, il parlait continuellement de l'Angleterre. Il disait alors : moi, c'est Londres. Et qui est finalement parti en Angleterre ? ( il sourit) Maintenant que je m'y trouve, je constate que mon jeu s'exprime mieux ici qu'en France ou en Belgique. Lorsque Besnik était en stage en Belgique avec l'Olympiacos l'an passé, il a tiré à boulets rouges sur Fabrice lors d'une interview. Tes centres n'aboutissaient jamais et tu ne deviendrais jamais un bon joueur. Cela n'a fait que renforcer l'impression que le courant ne passait pas entre vous. N'SAKALA : Il n'avait rien contre moi, personnellement. Il l'a admis lui-même lors d'un dîner d'adieu à la fin de la saison. Et si j'avais vraiment été aussi mauvais qu'il le prétend, il n'aurait pas essayé de m'attirer à l'Olympiacos. Son plan était d'attirer Mbokani, Gillet, Proto et Mbemba. J'ai donc été très surpris lorsque j'ai pris connaissance de ses déclarations. À Alanyaspor, ils se sont demandés ce que j'avais fait à Besnik. En riant, ils disaient que j'avais sans doute porté le regard sur une de ses filles. COLIN : Sur le plan relationnel, je n'ai jamais eu de problème avec Besnik. Il n'est pas le genre d'homme qui colportera plein de ragots dans votre dos. Dans son esprit, j'étais le back-up d'Anthony Vanden Borre. Point. À une certaine période, j'ai pu jouer une dizaine de matchs d'affilée. Mais je n'ai jamais eu le sentiment d'être un titulaire indiscutable à ses yeux. C'est pour ça qu'il me sortait de l'équipe. Comment avez-vous vécu l'affaire Vanden Borre ? COLIN : J'étais déjà parti à Brentford, à ce moment-là. Si le transfert n'avait pas déjà été conclu, Herman aurait tout bloqué. N'SAKALA : La dispute entre Anthony et Besnik aurait dû rester entre les quatre murs du vestiaire. Je suis convaincu que les fuites ont été savamment orchestrées. Tous les moyens sont bons pour consolider sa place dans le onze de base. Mais, tôt ou tard, il se serait passé quelque chose avec Anthony. Il faisait de la corde raide depuis un moment et un faux pas pouvait arriver à tout instant. Une étincelle a dû provoquer un court-circuit, chez lui. COLIN : Peut-être lui avait-on dit que je pouvais partir et qu'il devait rester. Qui visait-il, lorsqu'il a déclaré que le vestiaire était rempli de jeannettes ? N'SAKALA : Pas moi, en tout cas. Je sais qui il visait... Surtout les joueurs belges. Il n'a pas cité de noms. Je trouvais la situation amusante, mais certains joueurs n'ont plus osé le regarder dans les yeux, après cela. Mais il n'aurait pas dû insulter Herman. Nous, les équipiers qui étions proches de lui, lui avons demandé de présenter ses excuses à Herman. Vous devez votre transfert de Troyes à Anderlecht à un homme : Mogi Bayat. L'agent le plus critiqué de Belgique. COLIN : Mogi a sa manière de travailler. Il ne te téléphonera pas tous les jours pour te demander si tu as bien dormi et bien mangé. Lui, il se concentre sur le côté business et on le sait depuis le début. Pour lui, c'est purement du business. Mais Mogi ne compose pas les noyaux, comme je l'ai entendu à gauche et à droite. Il n'impose pas de joueurs à un club. On fait appel à Mogi parce qu'il est capable de régler rapidement un transfert. N'as-tu jamais eu l'impression qu'il avait trop d'influence à Anderlecht ? COLIN : Beaucoup de clubs en Europe font confiance à un agent car s'il faut réaliser dix transferts avec dix agents différents, on perd un temps précieux. Birmingham travaille de cette manière et, à Wolverhampton, Jorge Mendes est impliqué dans bon nombre de transferts. Il n'y a donc rien de mal à la manière de travailler d'Anderlecht. N'SAKALA : Peut-être les médias ont-ils accordé trop d'attention à Mogi. Il cherche parfois l'attention lui-même... N'SAKALA : S'il avait travaillé davantage dans l'ombre, il serait toujours le personnage principal à Anderlecht. Si un joueur me téléphonait pour me demander s'il pouvait faire confiance à Mogi, je lui répondrais oui. Il n'a pas très bonne réputation, mais le jour où Mogi profiterait d'un joueur, cela se saurait rapidement. Mogi est simplement très efficace. S'il te téléphone, c'est généralement pour t'annoncer qu'il a trouvé un club pour toi et que tu peux prendre l'avion avec lui le lendemain. COLIN : C'est grâce à lui que je me trouve aujourd'hui en Angleterre. Il a réglé mon transfert à Brentford de A à Z. N'SAKALA : Honnêtement, j'avais aussi espéré un geste de sa part. Je n'avais personne d'autre. Il aurait facilement pu régler un contrat de location pour moi dans un club de Championship. Mogi m'a proposé à un club : Bastia. Mais cela ne me disait rien. J'ai dû régler moi-même mon départ d'Anderlecht. J'ai dû négocier mon contrat à Alanyaspor tout seul. Qu'est-ce qu'un bon agent, pour vous ? N'SAKALA : Quelqu'un qui a toujours une proposition prête pour son joueur. Même lorsqu'on vient de rempiler pour trois ans. Le football a évolué de telle manière qu'un contrat de longue durée ne doit pas empêcher une vente. Tous les joueurs sont à vendre. COLIN : Les grands joueurs type Hazard et De Bruyne ont toute l'année une dizaine d'équipes à leurs trousses et ont plus ou moins le contrôle de leur carrière. Ils décident où ils veulent aller. Mais, pour la plupart des joueurs, ce n'est pas aussi simple pour être transféré. Il faut que pas mal de conditions soient réunies et le facteur chance joue aussi. En France, il y a 300 agents pour environ 1000 joueurs professionnels. C'est invraisemblable le nombre de transferts qui échouent parce qu'un, deux ou trois agents essaient de récolter leur part du gâteau. Si l'on se fie au nombre de suiveurs sur Twitter, Maxime est le plus populaire. N'SAKALA : Je ne suis pas très actif sur Twitter, je préfère Instagram. Vous ne pouvez pas oublier qu'en Angleterre, Twitter est très important. COLIN : En Angleterre, tout le monde est sur Twitter. Depuis mon transfert à Birmingham, le nombre de suiveurs a augenté de façon spectaculaire. Jadis, j'avais droit à quelques likes lorsque je postais une photo, aujourd'hui mon compte explose à chaque photo. Tu reçois sans doute des requêtes bizarres via les réseaux sociaux ? COLIN : Un supporter m'a demandé si je pouvais lui signer un autographe sur sa voiture. Il a garé son véhicule devant le centre d'entraînement et j'ai fait plein de grabouillis sur son coffre avec un stift ( il rit) Incroyable, non ? A Birmingham, il y a de bien plus grandes vedettes que moi, mais pour une raison ou une autre, je suis très apprécié. Je suis plus connu en Angleterre que dans mon pays. N'SAKALA : J'ai une anecdote encore plus bizarre avec les réseaux sociaux. Récemment, mon compte Instagram a été piraté. Par la suite, le hacker m'a contacté via WhatsApp. Il était supporter d'un autre club turc, mais en même temps fan de moi. Je devais lui envoyer une photo personnelle et un maillot dédicacé. Il s'était donné tellement de mal qu'il méritait bien un maillot. Je n'avais d'ailleurs pas trop envie de lui résister. Après tout, il avait piraté mon compte et était peut-être dangereux. Le plus drôle de tout, c'était le mot de passe qu'il avait choisi : Fabrice I love you.