" Le décès de Denis Houf à 80 ans m'a rappelé des tas de souvenirs. Le Standardman était une des valeurs sûres de l'équipe nationale quand j'ai commencé à y mettre les pieds en 1961. Je me souviens entre autres d'un bon Belgique-France (1-1) disputé au Parc des Princes le 15 mars de cette année-là. Les Bleus se méfiaient de Houf. Je rigole quand on dit que le foot actuel n'est pas comparable à celui d'hier. La classe reste la classe et un grand joueur d'hier serait un grand joueur aujourd'hui car il serait forcément...

" Le décès de Denis Houf à 80 ans m'a rappelé des tas de souvenirs. Le Standardman était une des valeurs sûres de l'équipe nationale quand j'ai commencé à y mettre les pieds en 1961. Je me souviens entre autres d'un bon Belgique-France (1-1) disputé au Parc des Princes le 15 mars de cette année-là. Les Bleus se méfiaient de Houf. Je rigole quand on dit que le foot actuel n'est pas comparable à celui d'hier. La classe reste la classe et un grand joueur d'hier serait un grand joueur aujourd'hui car il serait forcément mieux entraîné. A l'heure actuelle, en D1, seul Denis Praet arrive à la cheville du Liégeois. J'ai beau chercher, je n'en vois pas d'autre. Le stratège des Rouches savait jouer court, long, rapidement, calmement, en un temps, dans les espaces. Houf servait des passes décisives et marquait pas mal de buts. Il fallait bien disposer de tels atouts pour gagner une Coupe de Belgique (1954), trois titres (1958, 61,63) et disputer une demi-finale de la CE1 contre le Real Madrid en 1962. Son brio attira le regard de grands clubs étrangers comme Barcelone, le Racing de Paris et Bari. Roger Petit classa cela sans suite. Le joueur était lié à son club comme un esclave à ses chaînes. Houf ne supportait pas cette injustice. Pour lui, c'était de la dictature. On ne parlait pas encore de l'Arrêt Bosman. Quand Petit en a eu marre de le voir, en 1964, il l'a poussé vers la porte de sortie et le FC Liégeois, qui l'a accueilli, se frotta les mains durant quatre ans. L'homme avait un caractère entier mais il n'a jamais écopé du moindre avertissement sur un terrain. On a raconté qu'il ne s'entendait pas avec Jef Jurion en équipe nationale. A mon avis, le problème était purement tactique : quand Houf jouait, Jurion devait se décaler sur le côté de la ligne médiane des Diables, ce qu'il n'appréciait pas. Houf a toujours expliqué que ce souci n'avait en rien influencé sa décision de quitter l'équipe nationale. Il ne pouvait plus se partager entre son boulot, sa famille, son club et les Diables Rouges. A Sclessin, la rumeur rapporta que Houf n'avait pas d'atomes crochus avec un grand attaquant hongrois, Istvan Sztany, qui était payé rubis sur l'ongle, roulait en belle limousine, alors que les clubmen, eux, jouaient pour des radis. Houf a démenti cela et Sztany prit sa défense quand Petit décida de lui enlever son brassard de capitaine. En 1961, Houf se classa deuxième du Soulier d'Or, à deux points de Paul Van Himst. Le Standardman, qui fut l'équipier de Guy Thys à Sclessin, manque au palmarès de ce trophée : cela reste une injustice. " PROPOS RECUEILLIS PAR PIERRE BILIC