Le Standard avait rendu visite à Anderlecht en tant que leader de la compétition et en était reparti définitivement distancé au classement. Une semaine plus tard, les Rouches gâchaient toutes leurs chances en ne réussissant qu'un nul blanc à Roulers. Notamment sans Jorge Costa, suspendu, qui vécut la partie depuis les tribunes en compagnie de Sergio Conceiçao.
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Le Standard avait rendu visite à Anderlecht en tant que leader de la compétition et en était reparti définitivement distancé au classement. Une semaine plus tard, les Rouches gâchaient toutes leurs chances en ne réussissant qu'un nul blanc à Roulers. Notamment sans Jorge Costa, suspendu, qui vécut la partie depuis les tribunes en compagnie de Sergio Conceiçao. " Je ne me souviens pas d'avoir perdu un jour le leadership à trois journées de la fin... ", laisse tomber l'arrière central comme préambule. Et il reste tout aussi détaché quand on évoque d'éventuelles mauvaises exécutions des directives tactiques : " Qu'il soit d'accord ou non, un joueur professionnel doit respecter les décisions de son entraîneur puisque c'est lui qui assume cette responsabilité. Et notre place au classement prouve qu'on ne peut rien reprocher à Dominique D'Onofrio ". D'autres aspects ont peut-être joué un rôle dans la fin de saison difficile du Standard. Il y a eu les suspensions des précités ainsi que d' Oguchi Onyewu : " Et puis l'absence d' Igor de Camargo, sur qui notre jeu offensif du deuxième tour aurait dû être basé ". Finalement, le Standard est peut-être passé à côté de la montre en or. Le club a fourni un effort financier tout particulier pour conserver ou attirer des joueurs de dimension internationale et il n'est pas du tout certain qu'il puisse remettre cela chaque saison... " Ne pas être champion cette année, est effectivement très triste ", avoue Costa, qui avait débarqué de Porto en hiver avec l'ambition d'ajouter un neuvième titre à son palmarès. Mais le Portugais refuse de considérer la saison comme un échec. " Cela a été une grosse désillusion, rien de plus. Il n'y a pas de honte à être deuxième, même si ce n'est pas ce que j'ai voulu. Nous avons lutté jusqu'au bout, ce qui n'était plus arrivé à ce club depuis très longtemps. Et j'ai la très nette impression que nous méritions d'être champions. Parce que, malgré un budget inférieur à Bruges et Anderlecht, nous avons fait la course en tête du début à la fin. Et parce que c'est nous qui avons subi le plus de contrariétés cette saison ". Costa fait bien entendu références aux multiples affaires qui ont secoué le club. Aux perquisitions de début de saison ont succédé la blessure de De Camargo ainsi que les suspensions d'Onyewu et de Conceiçao. On a la nette impression que la mésaventure survenue à son ami a marqué Costa, peut-être même plus que Conceiçao lui-même : " C'est peut-être un peu exagéré de dire cela mais il est certain que j'ai été choqué, comme l'ensemble du groupe, d'ailleurs. Ce n'était pas facile à vivre. Ni pour Sérgio, ni pour nous. Mais cela nous a motivés encore davantage à tout faire pour être champions. Pendant tout ce temps, je suis resté à ses côtés, comme un véritable ami doit le faire. Le moment le plus difficile fut la longue attente avant que ne tombe la suspension. Puis le prononcé de celle-ci, bien sûr ". Quand on lui fait remarquer que Conceiçao aurait pu s'en tirer plus mal, Costa ne bronche pas : " Je ne veux pas me prononcer sur le fait de savoir si la sanction est équitable ou non. Mais j'aimerais tout de même savoir de combien elle aurait été s'il s'était agi d'un joueur de la capitale. Pareil pour Onyewu : l'histoire de sa dernière suspension est tout bonnement ridicule. Il écope d'un match qu'on lui retire puis qu'on lui rajoute. Et comme par hasard, cela coïncida avec notre déplacement à Anderlecht, alors que de nombreuses semaines s'étaient écoulées depuis. Ici, les décisions tombent toujours très lentement et cela donne l'impression que cela manque de sérieux ". Des déclarations qui vont alimenter le moulin de ceux pour qui le Standard gaspille énormément d'énergie dans des combats d'arrière-garde basés sur les jérémiades, le grand complot, etc. " Peut-être bien mais on ne va quand même pas tendre l'autre joue ", ajoute Jorge Costa. " Au Portugal, un dicton affirme Quem não se sente não é filho de boa gente " (littéralement : celui qui ne se froisse pas n'est pas fils de bonne famille). Cela veut dire que celui qui ne réagit pas à une offense n'est pas un homme digne. Même dans la façon dont on nous questionne, j'ai parfois l'impression que nous sommes une bande de truands qui devons rendre des comptes. Je connais parfaitement ce sentiment pour l'avoir connu, à une certaine époque, avec le FC Porto. Puis le cours des choses a changé. Pour le moment, le Standard dérange. Parce qu'il fait peur. S'il était cinquième ou sixième, personne ne s'en préoccuperait. Mais pour que cela change, il faut des victoires ". Et on en revient au point de départ : le Standard a-t-il, cette saison encore, manqué de ressources morales pour s'imposer ? Costa est bien placé pour en parler puisque c'était l'une des missions qui lui avaient été confiées lors de son arrivée à Sclessin. Il ne s'était d'ailleurs pas gêné pour pousser, dès le départ, quelques coups de g... dont les murs du vestiaire se souviennent. " La culture de la victoire est quelque chose qui s'acquiert au fil du temps ", précise-t-il. " Cela ne se fait pas en trois coups de cuiller à pot. N'oublions pas que cette équipe est encore fort jeune. Je ne regrette en tout cas pas d'avoir signé ici et je resterai à tout jamais marqué par l'ambiance qui règne tant sur le terrain qu'en dehors. Je m'y attendais un peu parce que j'avais pris énormément de renseignements avant de m'engager mais j'ai malgré tout été surpris quand même. Finalement, mon seul regret sera peut-être de n'être pas venu plus tôt, dès le mois d'août ". Quand on lui fait remarquer que la défense du Standard aurait peut-être été stabilisée plus rapidement et que le club aurait alors été champion (car c'est finalement dans des matches de moindre envergure qu'il a perdu pied), il sourit enfin : " Ou on lutterait pour ne pas descendre ! Non, sérieusement, je ne sais pas si cela aurait changé quelque chose d'un point de vue mathématique car le Standard était déjà deuxième lorsque je suis arrivé. Mais j'aurais peut-être eu plus de temps pour faire passer quelques messages car c'est surtout là que j'ai l'impression d'avoir été utile ". Costa est heureux d'être au Standard mais nul ne sait s'il y restera, malgré le fait qu'un contrat d'un an le lie encore au club de Sclessin. Le résultat va-t-il conditionner son choix ? " Ce sont surtout les perspectives en vue de la prochaine saison qui m'intéressent ", dit-il. " Je veux jouer la Ligue des Champions avec une équipe compétitive. Mais nous n'en sommes pas encore là, je veux d'abord me donner le temps de la réflexion. Ce qui est certain, c'est que le Standard sera mon dernier club. Si j'arrête à la fin de cette saison, ce sera pour rentrer chez moi, m'occuper pendant un an ou deux de ma famille, de mes sept chiens (des bergers des Pyrénées et des labradors), de ma chèvre, de mon perroquet... J'adore les animaux. Si je n'avais pas été joueur de football, j'aurais aimé être vétérinaire. Après, on verra les possibilités qui s'offrent à moi, dans le foot ou en dehors. J'avais une boulangerie, dont mon épouse s'occupait essentiellement, mais je l'ai revendue car c'était un travail très prenant. " L'entre saison du club de Sclessin risque d'être assez mouvementée. L'arrivée de Frédéric Dupré, le back droit de Zulte Waregem, ouvre la voie à un départ d' Eric Deflandre, Oguchi Onyewu est cité un peu partout (et notamment au Sporting Lisbonne), Philippe Léonard, Siramana Dembele, Karel Geraerts et Almami Moreira sont en fin de contrat et ne sont pas d'accord avec les propositions qui leur ont été faites. Sans parler de l'incertitude qui règne au niveau du staff technique. Georges Leekens sera-t-il entraîneur ou le club continuera-t-il à faire confiance à Dominique D'Onofrio qui, après un moment de doute en fin de saison dernière, semble plus motivé que jamais ? Et quel rôle jouera l'ex-joueur Luis Norton de Matos, annoncé tour à tour comme entraîneur principal (sans doute pas), adjoint ou même responsable du centre de formation (où Christophe Dessy a pourtant encore un an de contrat) ? Tous ces départs (presque toute la défense de base est concernée) et, surtout, les solutions de remplacement qui y seront apportées risquent d'influencer le choix de Costa. Mais alors qu'au Portugal, même les supporters du Sporting Lisbonne ou de Benfica considéraient que Porto faisait une énorme bêtise en se passant des services de son capitaine pour cette saison, de nombreux observateurs du football belge se demandent ce que le Portugais a réellement apporté au Standard. Ses partisans (et, parmi eux, tout le staff technique du Standard) diront qu'il a stabilisé la défense en lui apportant son expérience, sa présence dans les duels et ses précieux conseils de gagneur. Il a notamment incité le Standard à jouer très haut et cela a marché alors qu'après le premier match contre Waregem, le doute s'était installé. " Il a fallu 90 minutes pour que chacun comprenne et, comme quelques équipiers, je manquais de fraîcheur car le stage en Algarve avait été épuisant ", avait-il expliqué à l'époque. " J'ai toujours défendu haut parce que, jusqu'à preuve du contraire, c'est le meilleur moyen d'éloigner l'adversaire de notre but. Mais si j'avais vu que le Standard n'était pas capable de le faire, je n'aurais pas tenté d'imposer cela. Et on ne peut pas nier que, d'un point de vue défensif, le Standard était très fort cette saison ". Ses détracteurs lui reprochent d'être vieux, lent et de jouer beaucoup trop dur, voire d'être vicieux. Les images du coup de coude à ChristianWilhelmsson n'ont certainement pas arrangé les histoires. " Un coup de coude ? C'est bizarre car, après le match, je me rappelle avoir eu le poignet tout rouge ", sourit-il. Ce qui veut tout de même dire qu'il avait frappé fort. " Non, c'est la preuve que le Suédois a la tête dure. Mais vous savez, je ne me suis jamais beaucoup préoccupé de ce que disaient les journaux ou d'écouter les conversations au café. Pour moi, les seules choses qui ont toujours compté sont le résultat et la satisfaction de donner le meilleur de soi-même ". PATRICE SINTZEN