A partir de quand, de quel pallier, les salaires des footballeurs professionnels deviennent-ils vraiment répugnants? Je me posais la question voici dix jours en lisant l'enquête consacrée par France Football aux revenus de nos stars, je vous la résume en deux données extrêmes. Crésus Beckham trône en tête des hyperfriqués à crampons, en se faisant 15 millions d'euros bruts sur un an, dont la moitié via la pub. Et le footballeur pro moyen de D1 française (le championnat hexagonal étant de loin le moins rémunérateur des cinq grands championnats européens) se voit offrir un salaire brut annuel de 500.000 euros: s'il tient le coup six ou sept ans, même à un taux d'imposition maximal, même avec une famille nombreuse et ramifiée, même si ses parents sont très vieux...

A partir de quand, de quel pallier, les salaires des footballeurs professionnels deviennent-ils vraiment répugnants? Je me posais la question voici dix jours en lisant l'enquête consacrée par France Football aux revenus de nos stars, je vous la résume en deux données extrêmes. Crésus Beckham trône en tête des hyperfriqués à crampons, en se faisant 15 millions d'euros bruts sur un an, dont la moitié via la pub. Et le footballeur pro moyen de D1 française (le championnat hexagonal étant de loin le moins rémunérateur des cinq grands championnats européens) se voit offrir un salaire brut annuel de 500.000 euros: s'il tient le coup six ou sept ans, même à un taux d'imposition maximal, même avec une famille nombreuse et ramifiée, même si ses parents sont très vieux et les parents de sa femme (au foyer) très impotents, ça lui laisse ensuite pour la vie un train de vie confortablesans plus devoir guère bosser ! Aussi sommes-nous tout à fait autorisés de ricaner lorsque, chaque fois qu'il le peut, il lâche en soupirant que la carrière d'un footballeur est cruellement éphémère... J'en reviens au seuil de répugnance éventuel, vis-à-vis des émoluments de ces quelques milliers de gars dont nous admirons le talent, qui font un boulot que nous aurions aimé faire ...et qui ramassent en le faisant un pognon que nous jalousons! Je crois que ce seuil est variable pour chacun de nous, mais que le mode de calcul est toujours identique: la répugnance affleure à partir du moment précis où la jalousie cesse, où le fric amassé par la star atteint l'au-delà de ce que nous sommes capables de convoiter. Wouaw! ...ça fume du côté des concepts, je réexplique simplement.Il nous arrive à tous de nous laisser aller à de petits calculs rêveurs, visant à déterminer ce qu'il nous faudrait comme rente mensuelle pour, trivialement dit, "ne plus rien foutre": c'est-à-dire pouvoir réaliser, sans plus devoir bosser, tout ce que nous aimerions réaliser avant d'être vieux puis mort. Et cette rente fluctue selon que tu rêves de voyager dans les livres, ou plutôt via le Club Med; de payer à tes vieux une belle baraque ou un beau château; de rouler en TEC ou en Porsche; de laisser à tes gosses un petit viatique en cas de coup dur ou un véritable héritage qui peut les rendre cons; d'avoir autant de maîtresses que Jean-Paul II, ou plutôt que Simenon; de cultiver ton potager ou de ne plus fréquenter que les restos 3 étoiles au Michelin; de collectionner les albums Panini ou les toiles de maître; de rester toi-même ou de péter dans la soie ... Bref, tes rêves les plus fous de bonheur absolu représentent un certain magot: mais au-delà de lui, ça dépasse totalement ton imagination de parvenir à dépenser davantage. C'est précisément ce "davantage" qui constitue ton seuil personnel de répugnance: si quelqu'un gagne plus que "ça", tu estimes enfin moral et normal que l'excédent soit consacré aux luttes mondiales contre la faim, la maladie et l'imbécillité! Tout dépend donc de nos rêves d'homo égoïstus, le gros blème étant qu'ils sont différents chez chacun. M'est d'avis que si tu habites par ici, faut avoir des rêves aussi cinglés que ceux de Néron jadis pour ne pas trouver répugnants les revenus de Beckham et de ses clones. Mais si tu es séropositif au Biafra, m'est d'avis que tu peux déjà trouver répugnant le salaire d'un pro limogé à Lommel... Quoi? Me mouiller? Révéler mes rêves à moi? Dire ce que je ferais avec le pognon du Spice Boy de Manchester? Franchement, je crois que je serais rentier quinqua comblé (et combleur des miens) si j'avais simplement gagné, durant quelques années, ce que gagne un p'tit pro français moyen dans le genre Eric Deflandre. Et donc, pour mériter le paradis au cas improbable où il existerait, je refilerais l'excédent au profit des trois luttes précitées. ...A moins, ...A MOINS QUE JE SOIS ASSEZ FOU POUR ACHETER UN CLUB DE FOOT!?!? Je vous en parle la semaine prochaine. "Nous sommes autorisés à ricaner lorsqu'un joueur lâche en soupirant que sa carrière est cruellement éphémère"