Une chute à Saragosse lors du Tour d'Espagne. A première vue, rien de grave. Boonen lui-même conservait sa décontraction : " Ce ne sont que des égratignures. Je ne me suis rien déplacé. Mon doigt est gonflé, c'est le plus ennuyeux ", expliquait-il.
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Une chute à Saragosse lors du Tour d'Espagne. A première vue, rien de grave. Boonen lui-même conservait sa décontraction : " Ce ne sont que des égratignures. Je ne me suis rien déplacé. Mon doigt est gonflé, c'est le plus ennuyeux ", expliquait-il. A ce moment, il n'était pas encore question de blocage du dos, de douleur au genou ni d'une possible fêlure d'une côte. Le sélectionneur Carlo Bomans avait décidé de lui laisser la possibilité de déclarer forfait la veille du Mondial encore. Mais ça n'a servi à rien. Tom Boonen : Vous trouvez ? J'ai dépassé les 90 jours de course cette année. Ce n'est pas rien. Peu de coureurs atteignent ce nombre. J'avais donc une excellente base. D'ailleurs, c'est grâce à cette condition que j'ai rapidement retrouvé mon niveau à la Vuelta. Je n'ai pas gagné mais cela ne me tracasse pas. Il s'en est parfois fallu de peu. Contrairement à l'année dernière, je ne suis pas revenu épuisé du Tour de France. Je me suis un peu laissé aller à mon retour mais c'était prévu. Puis j'ai de nouveau eu envie de pédaler et j'ai repris l'entraînement de bon c£ur. Ma forme n'a cessé de s'améliorer. Malheureusement, je suis tombé. Enfin, c'était ma première chute sérieuse de l'année. Je ne peux pas me plaindre. C'est une question de santé plutôt que de cols. Si vous êtes malade un jour pendant le Tour, vous êtes cuit. Il est capital de rester en bonne santé. Cette année, j'avais une arme secrète. J'ai suivi un régime particulier, qui a fait la différence. Je dois consommer un minimum de sucres rapides. Pas de confiture ni de choco, pas trop de produits laitiers non plus car j'y suis légèrement allergique. Pendant le tour, je n'ai consommé que du pain, du sirop, du lait de soja, des flocons d'avoine et des pâtes biologiques. En principe, je peux manger ce que je veux mais il vaut mieux éviter certains aliments quand je dois prester. Je suis fragile des intestins. C'est un gros handicap pour un coureur. Je me sens nettement mieux depuis que je suis ce régime. Je n'exagère pas : mon corps fonctionne comme jamais auparavant. J'aurais dû prendre le départ avec réalisme, courir en fonction du résultat. J'étais également conscient de la difficulté de la tâche. La dureté du parcours n'est pas encore trop grave sauf le tronçon qui mène à l'arrivée. Dans la côte finale, en théorie, je n'aurais eu aucune chance contre des coureurs à la Di Luca. Je n'aurais pas pu spéculer sur mon sprint à Stuttgart. Attendre, tenir le coup le plus longtemps possible, cela ne suffit pas. Les grands pays ont des Bettini et des Freire, qui peuvent se permettre de parier. Pour moi, ç'aurait été différent si la ligne d'arrivée s'était située quelques kilomètres plus loin, pour organiser un sprint. Stijn Devolder et Philippe Gilbert sont bons. Ils ont une chance sans être favoris. Mais ce n'est vraiment pas un parcours pour les Belges. Mon tiercé pour Stuttgart, c'est Freire, Di Luca et Bettini, auxquels j'ajouterais Alejandro Valverde s'il peut prendre le départ. Leurs équipes verrouillent la course. On ne peut pas faire grand-chose. Ensuite, les meilleurs s'élancent dans la dernière côte. Si la course se décante rapidement, Cadel Evans et Damiano Cunego peuvent nourrir des ambitions mais franchement, je n'y crois pas trop. On guette sa chance, on attend, patiemment. Chacun a peur de chacun. C'est presque contagieux. Les grandes équipes ne font qu'attendre, sans gaspiller d'énergie. Vous êtes battu si vous cédez à cette tentation. Donc, vous attendez encore un peu. C'est également lié à la nature de la course. Mieux vaut s'économiser pour tenir pendant 270 kilomètres. En fin de saison, beaucoup de cyclistes sont vidés, en plus. Il n'est donc pas évident d'adopter un style offensif. Ce sera pareil à Stuttgart : la course connaîtra tout au plus deux tours passionnants. Un Mondial a lieu sur un parcours différent chaque saison. On peut donc difficilement le jauger. Le déroulement de la course, lui, est beaucoup plus prévisible : les meilleurs sont attentistes au Mondial. McEwen a été très intelligent. Le parcours comportait une longue ascension. Il la négociait à son aise, à chaque tour. Quand il était au sommet, il rejoignait les derniers du peloton. Il se ménageait pendant que les autres se fatiguaient. Si Bettini ne s'était pas échappé, je pense que McEwen se serait imposé à Salzbourg. C'eût été une fameuse blague ! D'après ce qu'on m'en dit, une stratégie à la McEwen n'aurait aucun sens cette année. Il y a trop de côtes et l'arrivée est dure. On a aussi peu de temps pour redresser la situation. Pas pour moi. Je ne me dis jamais : " A côté de moi, c'est un Predictor-Lotto, il ne doit rien me demander ". Non, je résonne comme : " C'est un Belge, un des nôtres, je dois l'aider ". C'est automatique. On porte le même maillot ! Je n'ai jamais connu de problèmes au sein de l'équipe belge. Nous sommes des professionnels. L'espace d'une course, nous pouvons oublier que d'autres sont nos concurrents. Les Espagnols y parviennent aussi. Ils brillent souvent au Mondial. L'Italie semble avoir des ego plus sensibles. Je ne trouve pas qu'il faille abolir le système actuel. Nous l'avons fait l'année passée, en effet. C'est la fin de la saison. On se laisse aller, on se détend. J'étais heureux que Bettini soit sacré champion du monde. Il avait été l'homme de la saison, il méritait ce maillot. Je suis toujours content que des coureurs au grand c£ur gagnent. Des garçons comme Bettini ou Erik Zabel. La moitié du peloton jubile quand des gars comme ça gagnent le Mondial. On grée pareille victoire à des coureurs de leur classe. Difficile à dire car nul n'émerge vraiment. Enfin, pour être champion du monde, il suffit d'être le meilleur l'espace d'un jour. Ce n'est pas un critérium de régularité. Tout le monde l'aime ! Les gens vous regardent autrement quand vous arborez ce maillot arc-en-ciel. Le Mondial est magique. En catégories d'âge, chaque année, je poursuivais un objectif : être sélectionné pour le Mondial. C'est la preuve qu'on fait partie des meilleurs du pays. Ensuite, il faut rouler pour être le meilleur parmi les meilleurs. La crème de la crème. Jamais je n'aurais osé rêver devenir un jour champion du monde chez les professionnels. Le Mondial de Madrid est un de ces rares moments de la vie où tout joue en votre faveur. Le parcours me convenait à merveille. Ma préparation avait été idéale. Durant la course, je ne me suis jamais laissé monter la tête et j'ai bien conclu mon effort. J'ai réalisé la course parfaite en Espagne. Je ne sais pas si j'y parviendrai encore une fois. A aucun moment je n'ai paniqué. Cela m'a épaté après-coup. J'ai vraiment osé attendre jusqu'aux derniers mètres, ce qui n'est pas évident. En fin de compte, dans un Mondial, conserver son calme est sans doute l'essentiel. Je voudrais faire un sort à ce cliché. Bettini n'est pas aussi impulsif qu'on le dit. Il sait se faire calculateur pour gagner. Il attaque souvent, oui. Mais une attaque peut être réfléchie. Il perd rarement son contrôle en course. C'est un de ses atouts, avec sa puissance. J'y ai beaucoup réfléchi ces derniers temps car les journalistes me posent souvent la question. Je veux profiter de mon sport. Un coureur est sans cesse à la recherche de nouveaux défis. Une partie de moi me souffle qu'il est peut-être temps de me fixer un nouvel objectif mais d'autre part, dois-je laisser tomber des courses où je suis sûr d'être performant ? Ne serait-ce pas stupide ? J'aimerais quand même connaître mes limites. Je n'ai pas encore trouvé le bon équilibre. J'aime encore le sprint. Gagner n'est jamais ennuyeux ! Evidemment, un sprint est toujours très dangereux mais une course aussi. Le pire moment est la préparation du sprint. On n'a pas le droit de mal calculer un virage, sous peine de chuter. Sinon, les sprints actuels sont relativement fair-play. Les grands sprinters se connaissent, se respectent, ils ne se compliquent pas la vie inutilement. Ma vitesse est innée. Avant, je ne devais pas me donner de mal : sprinter était naturel. Maintenant, je dois exercer cette faculté. Ce n'est pas dramatique. Après deux ou trois semaines d'entraînement spécifique, je suis capable de rivaliser avec les meilleurs. C'est un sentiment étrange. Je dois travailler pour quelque chose qui allait de soi avant. Le temps ne s'arrête pas.... Minute ! On a déjà collé cette étiquette à d'autres jeunes mais ils n'ont pas confirmé. Il est bien possible que trois Boonen apparaissent la saison prochaine, comme il se peut que la Belgique doive attendre dix ans. Ces dernières saison, qui n'a-t-on déjà pas annoncé comme concurrent ? Gilbert, Nuyens, Hoste, Devolder... J'éprouve beaucoup de respect pour eux, ce sont des grands coureurs mais... Alors que c'est comme ça qu'on fait la différence. Avermaet semble avoir ce talent. Il va gagner de grandes courses. De là à devenir vraiment mon concurrent... Je le tiens quand même à l'£il. par jef van baelen