Les joueurs de Mouscron rentrent au vestiaire après l'entraînement, sans états d'âme particuliers. Ils ne sont pas hilares mais pas non plus abattus. Ils sont condamnés à disputer des matches sans enjeu d'ici la fin de la saison et leur portefeuille fait grise mine car l'Excel est l'équipe qui a pris le moins de points en 2003. Il en faut toutefois plus pour les démonter. Leur coach, par contre, vit beaucoup plus mal cette situation. Lorenzo Staelens reste calme en apparence mais ça bout à l'intérieur.
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Les joueurs de Mouscron rentrent au vestiaire après l'entraînement, sans états d'âme particuliers. Ils ne sont pas hilares mais pas non plus abattus. Ils sont condamnés à disputer des matches sans enjeu d'ici la fin de la saison et leur portefeuille fait grise mine car l'Excel est l'équipe qui a pris le moins de points en 2003. Il en faut toutefois plus pour les démonter. Leur coach, par contre, vit beaucoup plus mal cette situation. Lorenzo Staelens reste calme en apparence mais ça bout à l'intérieur.Le premier tour des Hurlus avait pourtant été très bon. Comment ont-ils pu s'effondrer de façon aussi spectaculaire?Lorenzo Staelens: En décembre, j'avais dit que ce serait bien de prendre autant de points au deuxième tour qu'au premier. Nous sommes loin du compte. Notre défaite lors du premier match de janvier a directement tout compliqué. Pour commencer la saison, nous étions allés gagner au Standard: cette victoire nous avait donné des ailes pour la suite. Nous avions profité pendant plusieurs mois des effets de la démonstration de Sclessin. Le match retour a provoqué le syndrome inverse. Nous avons ruminé cette défaite, puis perdu des matches sur des coups de malchance. Nous nous sommes inclinés à Genk en ayant marqué quatre buts. Cette défaite-là aussi a fait très mal. La confiance a complètement quitté l'équipe et la nervosité s'est installée. C'était frappant à Lokeren. Nous avons mené 0-2 mais finalement perdu 3-2. Si nous avions mené de deux buts là-bas après deux victoires consécutives, nous ne nous serions jamais fait remonter. Au lieu de cela, nous avons reculé et plus personne n'osait prendre ses responsabilités. On a dit que Kristinsson avait marqué un but de classe mondiale pour égaliser. Je veux bien, mais il n'aurait jamais dû se retrouver en position de tir: il y avait trois joueurs de Mouscron près du ballon, mais aucun dialogue. Kristinsson, lui, ne s'est pas posé de questions. Certainement. Je n'ai pas assez de joueurs qui parlent, corrigent les autres et prennent leurs responsabilités. Il y a un gros manque de leaders dans mon noyau. J'ai Mpenza, mais il traverse une sale saison à cause de sa blessure à la jambe. J'ai Vidovic, mais il a été lui aussi blessé pendant une bonne partie du championnat. Or, l'Excel sans Mpenza et Vidovic, ça fait une sacrée différence. C'est un autre Mouscron qui monte sur le terrain quand ils sont pleinement opérationnels. Avez-vous vu la différence entre le Mbo du match aller contre Charleroi et celui du match retour? Ce n'était plus comparable. Au deuxième tour, on n'a revu qu'une fois le Mbo capable de faire basculer un match: contre Anderlecht. Il ne joue qu'à 60% de ses possibilités parce qu'il est loin d'avoir récupéré de son opération. On craint même un nouveau passage sur le billard en fin de saison.Restera-t-il à Mouscron?Il m'a confié, à la trêve, qu'il aimerait repartir à l'étranger. Il misait beaucoup sur le deuxième tour pour se mettre en valeur. Il est loin du compte et ça m'étonnerait donc qu'on le vende pour un gros prix cet été.Avec son expérience, Vandendriessche ne devrait-il pas être le leader de l'équipe?Ce n'est pas dans son tempérament et il est de toute façon trop loin du feu de l'action."Certains cachaient leurs petites blessures"Je ne demande qu'une chose: pouvoir aligner la même équipe d'un bout à l'autre du championnat. Et toujours évoluer en 4-4-2. Mais je n'en ai pas eu la possibilité, à cause de toutes les indisponibilités. Dès le premier match, nous avons perdu Teklak. Puis, ce fut la série infernale. Vu le manque de joueurs valides, nous avons dû précipiter le retour des blessés, et il y en a plusieurs qui ont fait une rechute: Teklak, Vidovic, Mpenza, Charlet. Maintenant, j'ai compris: je laisserai à mes joueurs le temps de guérir tranquillement. C'est une des leçons que je tire de cette saison. Tous les grands blessés passeront désormais par une étape transitoire, avec du travail individuel, avant de revenir dans le noyau.Comment avez-vous vécu les critiques de Jean-Pierre Detremmerie, qui a mis le doigt sur le nombre important de blessés et ainsi mis en cause vos méthodes d'entraînement?Le président avait entendu pas mal de bruits: on ne s'entraînait pas assez, on travaillait trop, on ne programmait pas assez de stretching, etc. Je me suis posé des questions et j'ai eu des réunions constructives avec le staff médical. Nous avons analysé toutes les blessures et constaté qu'il y en avait eu pas mal durant les matches: c'est moins accablant, pour un coach, que si ces accidents s'étaient produits à l'entraînement. Je ne crois donc pas qu'on puisse accuser ma méthode de travail.Je ne sais pas si on peut dire que je suis plus dur que Broos avec les soi-disant incontournables. Pourquoi Broos ne changeait-il que très peu son équipe ? Surtout parce que les résultats étaient bons. Il n'avait donc pas mal de raisons de tout chambouler semaine après semaine. Dans mon cas, c'est différent. Je dois essayer d'autres choses quand ça ne marche pas.Vous prouvez aussi que vous pouvez être dur: Claeys et Grégoire se sont retrouvés du jour au lendemain en Réserve!Un joueur doit être honnête vis-à-vis de son coach et de ses coéquipiers. Ils ont entamé un match en me cachant qu'ils étaient malades et ont ainsi pénalisé toute l'équipe. Il était logique que je les punisse.Comment décririez-vous votre philosophie par rapport à celle de Broos?Nos façons de concevoir le métier se ressemblent. Mais il y a quand même certaines différences. Je ne pouvais toutefois pas imposer mes méthodes dès que je suis devenu entraîneur, parce que les joueurs avaient déjà trois semaines de travail dans les jambes et il était déjà trop tard pour modifier le programme en profondeur. J'ai donc poursuivi sur la lancée de Broos en me disant que ce serait comme ça jusqu'à la fin de la saison. Et en sachant que le fait d'avoir repris l'équipe aussi tard était un handicap à la fois pour les joueurs et pour moi. Je n'ai apporté que l'un ou l'autre petit changement. Dans le planning de la semaine par exemple. Avec Broos, les joueurs étaient en congé le lendemain des matches. J'ai fait la même chose en début de saison, mais j'ai constaté que certains cachaient les petites blessures survenues en match pour ne pas devoir venir aux soins le lendemain. Je les retrouvais 48 heures après la rencontre, et s'ils étaient légèrement blessés, ils avaient perdu un jour dans leur programme de guérison. Un pro devrait savoir que sa place est au stade quand il souffre d'un bobo, même si tout le noyau est en congé. Mais tout le monde n'en est pas conscient. Alors, être en congé le lendemain d'un match, c'est terminé."Je vais rédiger un nouveau règlement interne"Certainement. Je serai plus sévère. Je me sens obligé de réinstaller de la discipline dans ce groupe. Un exemple: l'utilisation des gsm. Cette saison, ça sonne partout et à tout moment. Dès l'été prochain, ce sera terminé. Les portables devront être coupés dès que les joueurs pénétreront dans le stade. Si leur femme doit les contacter d'urgence parce qu'il y a eu un drame à la maison, elle pourra appeler le délégué, qui fera suivre le message!Je serai aussi plus sévère sur les retards. Actuellement, il y a des joueurs qui arrivent systématiquement deux ou trois minutes après l'heure du rendez-vous. Ils payent 15 euros et estiment que ça efface leur faute. Manifestement, 15 euros ne suffisent pas à leur faire comprendre leurs obligations. Alors, on va augmenter le tarif.Un autre changement aura trait au travail avec les jeunes: ils devront être disponibles chaque après-midi pour du travail en salle de musculation. Je vais concocter un règlement complet que je communiquerai aux joueurs dès le premier entraînement de la saison prochaine.Ne vous êtes-vous pas demandé, après le 5-0 de Charleroi, si vos joueurs étaient toujours derrière vous?Je me suis posé la question, c'est vrai. Pour moi, ce n'était pas simplement un off-day collectif. Je me suis à nouveau interrogé après la déroute à Mons. D'accord, Mouscron a toujours été moins bon en déplacement qu'à domicile, mais là, c'était trop frappant pour être normal. J'ai longuement parlé aux joueurs et nous avons décidé de redresser la tête ensemble. Il y a eu du progrès depuis lors. Au niveau de la manière, en tout cas. Pas au niveau des points, malheureusement. Nous méritions de ramener quelque chose de Genk et de Lokeren. C'était du bon Mouscron. Les spectateurs neutres ont apprécié. Mais moi, ça ne m'intéresse pas. Mes joueurs non plus. Ils jouent pour les primes et personne n'est content avec trois points sur 30.Mouscron lance des jeunes en D1: c'est bien. Mais l'excès nuit en tout...J'estime qu'ils ne sont pas trop nombreux dans mon équipe. Charlet et Filston avaient déjà joué quelques matches avec Broos. Dejonckheere est prêt. Sanchez aussi. Quand ils sont bons, il faut leur donner une chance. Quel que soit leur âge.Pas du tout. Ce n'est pas quand tout tourne bien qu'on apprend le mieux son métier. Pour le moment, Mouscron va mal et c'est une excellente école pour nos gamins. J'ai débuté en Promotion à 16 ans, avec Lauwe. La première saison, j'ai souffert. Mais, l'année suivante, nous étions champions en P1 et j'avais éclaté.Entre la 1ère Provinciale et la D1, il y a un monde! Cela ne change pas mon raisonnement. Je n'avais pas le talent d'un joueur de D1 à l'époque. Un Sanchez le possède à coup sûr. Il a surclassé tout le monde en Juniors et en Réserve: je dois donc le lancer dès maintenant en Première. Mais je ne suis pas idiot: je ne vais pas le faire jouer cinq semaines de suite une heure et demie. Je ne brûlerai pas mes espoirs.En une seule saison, vous aurez déjà connu beaucoup de choses: l'euphorie d'une bonne série et la longue spirale des défaites. Est-ce la meilleure école pour un coach?Sans aucun doute. En début de saison, on m'a reproché de ne pas avoir d'expérience. C'était vrai. Mais aujourd'hui, j'en ai!"Ma famille voit que ça ne va pas"(Il interrompt). Oui, beaucoup même. Etait-ce comparable à ce que vous vivez actuellement?C'est beaucoup plus difficile à vivre comme entraîneur parce que je me sens responsable de tous les joueurs et de tous les problèmes. Quand on est joueur, on a une solution toute faite à chaque difficulté: -Que l'entraîneur se débrouille pour nous faire sortir du trou. L'autocritique n'est pas la qualité première du footballeur. On se lave les mains sans être conscient que, si tout le monde analyse et corrige sa propre façon d'aborder le métier, c'est toute l'équipe qui en profitera. Que ce soit à Bruges ou à Anderlecht, j'ai connu ce phénomène. Etre footballeur, c'est prendre la parole après une victoire mais se terrer après une défaite! Vous êtes sensible et on devine votre esprit tourmenté.Il y a des moments plus agréables que ceux que je vis aujourd'hui! Beaucoup d'entraîneurs disent qu'ils parviennent à scinder leur boulot et leur vie de famille. Pas moi. A la maison, tout le monde voit que ça ne va pas à l'Excel. Je suis plus irritable, je réfléchis beaucoup. Après chaque défaite, je me demande si j'ai bien préparé mon équipe. Et on rappelle régulièrement à mes enfants, à l'école, que Mouscron ne gagne plus. Mais bon, c'était déjà le cas quand j'étais joueur. Pour un gosse, entendre que son père a marqué un but la veille est agréable. Par contre, entendre qu'il a raté un penalty, c'est moins drôle (il rit). Lisez-vous les journaux?Oui, beaucoup. éa fait partie du boulot. Je ne suis pas toujours d'accord avec ce que je lis mais tout le monde a le droit d'avoir un avis. Aussi longtemps que c'est objectif, ça ne me pose aucun problème.éa doit faire plaisir d'avoir le soutien inconditionnel de son président.Bien sûr. Il a déclaré que je pouvais me permettre de perdre tous les matches jusqu'à la fin de la saison. Je serais curieux de voir sa réaction si cela arrivait! Le président ne me met pas de pression, mais je m'en mets moi-même parce qu'il en faut pour faire du bon travail.Avez-vous pensé à la D2?J'ai paniqué quand Charleroi a gagné à Bruges. Je voyais les équipes du fond du classement revenir en trombe alors que nous restions avec nos trois malheureux points depuis la reprise. Les problèmes extrasportifs de Malines et de Lommel m'ont soulagé. Pierre Danvoye"J'ai paniqué en voyant remonter Charleroi""Etre footballeur, c'est prendre la parole après une victoire mais se terrer après une défaite!