Octobre 2002. Gianni Di Marzio, représentant de la Juventus, se rend à Lisbonne afin d'observer le jeune et talentueux portugais Ricardo Quaresma qui, un an plus tard, signera à Barcelone avant de passer par le FC Porto et l'Inter. Au cours du match Sporting - Belenenses, le responsable de la cellule scouting internationale de la Vieille Dame remarque un ailier de 17 ans. Dans la tribune, une femme crie comme une pom pom girl à chaque fois que le gamin touche le ballon.
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Octobre 2002. Gianni Di Marzio, représentant de la Juventus, se rend à Lisbonne afin d'observer le jeune et talentueux portugais Ricardo Quaresma qui, un an plus tard, signera à Barcelone avant de passer par le FC Porto et l'Inter. Au cours du match Sporting - Belenenses, le responsable de la cellule scouting internationale de la Vieille Dame remarque un ailier de 17 ans. Dans la tribune, une femme crie comme une pom pom girl à chaque fois que le gamin touche le ballon. C'est Maria Dolores, la mère de Cristiano Ronaldo. Gianni Di Marzio lui donne sa carte de visite et établit son rapport : " très doué techniquement, imprévisible. Une révélation. Une occasion à ne pas laisser passer. " Le soir-même, il tente de convaincre la mère de laisser venir son fils à Turin. Cristiano Ronaldo prend l'avion, passe les tests médicaux et attend une réponse. Celle-ci n'arrivera pas. Pour que l'affaire se fasse, il faut que l'attaquant chilien Marcelo Salas accepte de faire le chemin inverse et aller au Sporting. La Juventus propose deux millions et demi d'euros + le Chilien. Le directeur général de l'époque, Luciano Moggi (qui, en 2006, sera le principal suspect de l'affaire du calciopoli), augmente encore son offre de quelques millions mais Salas refuse d'aller à Lisbonne. Cristiano Ronaldo reprend donc le chemin du Portugal. Un an plus tard, sur l'insistance de Sir Alex Ferguson, Manchester United le transférera pour 12,24 millions de livres. Marcelo Salas sera transféré à River Plate, où il jouera jusqu'en 2005. Seize ans plus tard, la Juventus et l'ex-jeune talent portugais devenu star trouveront tout de même un accord. Deux choses comptent plus que tout dans la vie de Cristiano Ronaldo : l'affection et l'argent. L'attaquant portugais estimait que, ces dernières années, le président du Real Florentino Perez ne lui donnait ni l'un, ni l'autre. Selon lui, il n'était pas traité comme le numéro un mondial de sa discipline aurait dû l'être. Alors que Lionel Messi se voyait sans cesse accorder des augmentations, lui avait dû attendre quatre ans pour voir son contrat adapté, en 2013. Sa dernière réévaluation salariale datait de l'automne 2016. Alors que Neymar touche 37 millions par an au PSG et que Messi en gagne 50 à Barcelone, Cristiano Ronaldo, vainqueur de plusieurs Ligues des Champions et lauréat de quelques Ballons d'Or, devait, lui, se contenter de 21 millions. Lorsqu'il a eu des problèmes avec le fisc espagnol, le Real ne l'a pas soutenu alors que, dans une situation similaire, Barcelone avait aidé Messi. Dès lors, lorsque Zinédine Zidane, avec qui il s'entendait bien, a annoncé qu'il s'en allait, le Portugais a décidé d'en rester là également. Le mercredi 4 juillet, le quotidien sportif espagnol Marca annonçait que Cristiano Ronaldo pourrait aller à la Juventus. Les médias italiens réagissaient et personne ne démentait, au contraire. Le soir-même, Florentino Perez et le Portugais Jorge Mendes, agent de Cristiano Ronaldo depuis la nuit des temps, se réunissaient. Sans toutefois parvenir à un accord. Entre-temps, on apprenait que la Juventus pouvait payer une somme de transfert de 100 millions d'euros, montant sur lequel Mendes et Perez avaient fini par s'accorder. Mardi dernier, le président de la Juventus, Andrea Agnelli, embarquait dans son jet privé de Pise à Kalamata, en Grèce, où il rendait visite à Cristiano Ronaldo, en vacances à Navarino. Mendes était présent également. A 17h32, le Real envoyait un communiqué dans lequel il remerciait CR7 pour tout ce qu'il avait fait et l'autorisait à partir parce qu'il le souhaitait. A 19 heures, la Juventus confirmait le transfert. Le 10 juillet restera donc dans les annales du club. Au total, la Juventus payera 112 millions d'euros (100 millions au Real et 12 millions de commissions). Elle offrira à sa nouvelle star 31 millions d'euros par an, pendant quatre ans. Le montant-record précédant d'un transfert datait d'il y a deux ans : la Juventus avait payé 94 millions à Naples pour acquérir les services du buteur argentin Gonzalo Higuain. Lundi, CR7 est arrivé à Turin pour y passer ses tests médicaux et être présenté officiellement. Avant cela, on avait appris que tout avait commencé lorsque la Juventus avait négocié l'achat du flanc droit portugais Joao Cancelo, transféré le 26 juin pour 40 millions d'euros au nez et à la barbe de l'Inter. Cancelo et Cristiano Ronaldo ont le même agent. Lorsque le Portugais est arrivé à Turin en compagnie de Jorge Mendes, un supporter a crié : " Amène-nous aussi Ronaldo. " Mendes a sourit mystérieusement. Beppe Marotta, directeur sportif de la Juventus, a expliqué : " Cristiano Ronaldo a été le premier à croire au projet. C'est lui qui nous a choisis. Lorsque nous avons compris que c'était possible, les actionnaires sont entrés en piste. " Jorge Mendes a ajouté : " La Juventus sera le dernier club de Cristiano Ronaldo. " A l'annonce de la nouvelle, les syndicats de Fiat ont démontré leur colère. Fiat appartient depuis trois générations à la famille Agnelli et est la vache à lait du holding familial. Les syndicats sont furieux car alors qu'on demande aux ouvriers de faire des efforts depuis plusieurs années, on investit soudain un total de 350 millions dans un joueur de football. De dimanche soir à mardi matin, les travailleurs se sont donc croisé les bras. Cette grève n'empêchera pas la Juventus d'être à nouveau grande candidate au titre de championne d'Italie et de rêver de remporter le seul trophée qui manque au palmarès de Massimiliano Allegri et d'Andrea Agnelli : la Ligue des Champions. Avec Ronaldo, l'Italie accueille un joueur qui est plus important que le championnat d'Italie dans son ensemble. Alors que le budget de la Juventus est de 422 millions d'euros, seuls sept clubs de Serie A présentent un chiffre d'affaires plus important que celui du joueur (92 millions d'euros). Cristiano Ronaldo compte 122,7 millions de suiveurs sur les réseaux sociaux alors que l'ensemble des clubs de Serie A arrive à peine à 88,2 millions. A lui seul, il compte six fois plus de suiveurs que son nouveau club. Le transfert de Cristiano Ronaldo doit bénéficier au joueur, à son nouveau club et au pays qui l'accueille. Touché dans son ego, CR7 veut se sentir apprécié. Et comme son ambition reste démesurée, il entraîne avec lui son employeur et tout le championnat transalpin. On ne va pas s'ennuyer à Turin.