COACH Mladen Krstajic (SRB)

La Serbie ne s'est pas qualifiée pour les quatre derniers championnats d'Europe, pas plus que pour les Mondiaux 2010 et 2014. Cette qualification est-elle un moment historique pour le football serbe ?

MLADEN KRSTAJIC : C'est un gigantesque succès dont toute la nation peut être fière. Par moments, je me demande si la population est consciente de la difficulté qu'un petit pays peut avoir à se qualifier pour la Coupe du Monde. N'oubliez pas que nous n'étions que 43e au classement FIFA au début de la campagne, alors que le Pays de Galles était 12e et l'Autriche 15e tandis que l'Irlande est toujours redoutable. Pourtant, nous avons devancé ces trois formations.

Que peut-on attendre de la Serbie ?

KRSTAJIC : Nous voulons être les dignes ambassadeurs de notre pays, afficher de l'audace et jouer avec tout notre coeur. Nos adversaires sont plus forts, sur papier, mais ce n'est pas une excuse. C'est comme ça. J'espère que l'ambiance restera bonne car c'est la condition numéro un pour être performant. Je suis un défenseur mais ça ne veut pas dire que je ne veux pas développer un jeu offensif. Simplement, il n'est pas question de devenir des poules sans tête. Nous devons être patients.

Certains de vos joueurs risquent-ils de manquer de fraîcheur pendant le tournoi ?

KRSTAJIC : J'avais jusqu'au 4 juin pour communiquer ma sélection définitive mais je ne déciderai du onze de base que quelques jours avant le premier match. La majorité de nos internationaux évolue dans de grandes compétitions et a donc eu une saison chargée. Nous savions que si un de nos chefs de file se blessait, nous aurions des problèmes. C'est pour ça que depuis début avril, mes adjoints ont été discuter avec le staff médical des clubs.

Vous avez procédé en 3-4-3 pendant les qualifications. Vous y tiendrez-vous pendant le tournoi ?

KRSTAJIC : Mes internationaux ont suffisamment de planches pour évoluer dans différentes occupations de terrain. Notre onze de base dépendra de plusieurs facteurs. L'adversaire, le classement dans la poule, les blessures... Ce sont les joueurs qui déterminent le système, pas l'inverse.

Vous n'êtes en poste que depuis octobre et les journalistes serbes trouvent que vous manquez d'expérience. Vous êtes d'accord ?

KRSTAJIC : Je n'ai jamais fui mes responsabilités ni les défis durant ma carrière de joueur mais je n'aime pas devoir rappeler constamment ce que j'ai accompli. Je suis conscient que les critiques pleuvront si les résultats ne sont pas bons et j'y suis préparé. Et puis, mon staff a de l'expérience.

Quel est votre favori au titre et quelle équipe pourrait créer la surprise ?

KRSTAJIC : Je place l'Allemagne en un, suivie par le Brésil et l'Espagne mais je pense que la Belgique peut surprendre tout le monde.

VU DU PAYS : Ivan Vukomanovic

Ancien joueur de l'Étoile Rouge de Belgrade et ex-coach du Standard

" Pendant les qualifications, Slavo Muslin avait construit une équipe très solide défensivement. Il jugeait que son groupe manquait de qualités adaptées à un jeu moderne et porté vers l'avant dans le secteur offensif. Devant, la Serbie compte surtout sur des joueurs à l'ancienne, donc l'idée était de se baser sur une défense à cinq pour composer un bloc costaud et fermer la boutique derrière. Le sélectionneur se passait alors de Sergej Milinkovic-Savic, parce qu'il jugeait qu'il manquait des qualités nécessaires pour faire la différence en un-contre-un et ne voulait pas perturber l'ensemble de sa formation. Finalement, les pressions extérieures ont été trop fortes, et Muslin a été remplacé par Mladen Krstajic, un ancien grand joueur mais sans expérience comme coach. L'idée est que l'équipe joue un football plus offensif, mais on ne sait pas ce que ça va donner. L'entrejeu est costaud, mais il va être difficile de produire un jeu plus attrayant, car les joueurs n'ont pas assez évolué ensemble, et le temps manque pour créer quelque chose juste avant le Mondial. Malheureusement, je ne pense pas que la Serbie sortira de son groupe. Peut-être même que le troisième match de poule contre le Brésil se jouera déjà pour l'honneur... "

Sergej Milinkovic-Savic, BELGAIMAGE
Sergej Milinkovic-Savic © BELGAIMAGE

L'ÉTOILE MONTANTE : Sergej Milinkovic-Savic

C'était l'année où Genk se cherchait une ligne de conduite, avec un Alex McLeish déboussolé sur le banc de touche. Sergej Milinkovic-Savic est passé comme une comète, mais ses 1 600 minutes sous le maillot limbourgeois avaient suffi pour réaliser que la Pro League avait affaire à un joueur déjà trop grand pour elle. Débauché par la Lazio, le Serbe s'est fait une place dans la Botte, grimpant chaque saison vers les sommets du Calcio pour hériter, progressivement, du surnom de Pogba blanc. Entre les lignes, le géant aux pieds délicats présente un alliage exceptionnel de technique, de vista et de puissance, cocktail qui lui a permis de conclure la saison avec 14 buts et 9 passes décisives au compteur. Il était tenu à l'écart de l'équipe nationale par Slavo Muslin, à la tête de l'équipe lors des récentes qualifications. Mais au moment de trancher entre le coach et la star, la fédération serbe n'a pas hésité. Sergej fera le voyage en Russie, pour tenter de convaincre les plus grands clubs du continent de s'arracher ses services.

Aleksandar Mitrovic, AFP
Aleksandar Mitrovic © AFP

BON À SAVOIR

En cas de Coupe du monde réussie, Aleksandar Mitrovic pourrait devenir le meilleur buteur de la (jeune) histoire de la sélection serbe. Avec 13 buts, il n'est qu'à trois unités du géant Nikola Zigic.

CENTENAIRE

Branislav Ivanovic, ancien joueur de Chelsea désormais actif au Zenit Saint-Petersbourg, est le seul joueur serbe à dépasser la barre des 100 sélections.

PRO LEAGUE

Quatre joueurs de la sélection ont un passé en Belgique : Mitrovic, Spajic, Milivojevic (Anderlecht) et Milinkovic-Savic (Genk).

2

Durant les qualifications, la Serbie s'est montrée très efficace pour défendre sur phases arrêtées. Elle n'a encaissé que deux buts de la sorte.

CHAMPION DU MONDE U20

La sélection est emmenée par une bonne partie des jeunes talents du pays, qui ont brillé dans les tournois de jeunes, notamment avec un sacre de champion du monde acquis face au Brésil de Gabriel Jesus en 2015.

COACH Mladen Krstajic (SRB)

44 ans ? Après neuf saisons en Allemagne, au Werder Brême et à Schalke 04, le défenseur est revenu au Partizan, dont il est ensuite devenu directeur, en 2011 ? Il est alors entré en guerre avec son président dans la presse et a été renvoyé ? En octobre 2017, il a relayé Slavoljub Muslin à la tête de l'équipe nationale.

La Serbie ne s'est pas qualifiée pour les quatre derniers championnats d'Europe, pas plus que pour les Mondiaux 2010 et 2014. Cette qualification est-elle un moment historique pour le football serbe ? MLADEN KRSTAJIC : C'est un gigantesque succès dont toute la nation peut être fière. Par moments, je me demande si la population est consciente de la difficulté qu'un petit pays peut avoir à se qualifier pour la Coupe du Monde. N'oubliez pas que nous n'étions que 43e au classement FIFA au début de la campagne, alors que le Pays de Galles était 12e et l'Autriche 15e tandis que l'Irlande est toujours redoutable. Pourtant, nous avons devancé ces trois formations. Que peut-on attendre de la Serbie ? KRSTAJIC : Nous voulons être les dignes ambassadeurs de notre pays, afficher de l'audace et jouer avec tout notre coeur. Nos adversaires sont plus forts, sur papier, mais ce n'est pas une excuse. C'est comme ça. J'espère que l'ambiance restera bonne car c'est la condition numéro un pour être performant. Je suis un défenseur mais ça ne veut pas dire que je ne veux pas développer un jeu offensif. Simplement, il n'est pas question de devenir des poules sans tête. Nous devons être patients. Certains de vos joueurs risquent-ils de manquer de fraîcheur pendant le tournoi ? KRSTAJIC : J'avais jusqu'au 4 juin pour communiquer ma sélection définitive mais je ne déciderai du onze de base que quelques jours avant le premier match. La majorité de nos internationaux évolue dans de grandes compétitions et a donc eu une saison chargée. Nous savions que si un de nos chefs de file se blessait, nous aurions des problèmes. C'est pour ça que depuis début avril, mes adjoints ont été discuter avec le staff médical des clubs. Vous avez procédé en 3-4-3 pendant les qualifications. Vous y tiendrez-vous pendant le tournoi ? KRSTAJIC : Mes internationaux ont suffisamment de planches pour évoluer dans différentes occupations de terrain. Notre onze de base dépendra de plusieurs facteurs. L'adversaire, le classement dans la poule, les blessures... Ce sont les joueurs qui déterminent le système, pas l'inverse. Vous n'êtes en poste que depuis octobre et les journalistes serbes trouvent que vous manquez d'expérience. Vous êtes d'accord ? KRSTAJIC : Je n'ai jamais fui mes responsabilités ni les défis durant ma carrière de joueur mais je n'aime pas devoir rappeler constamment ce que j'ai accompli. Je suis conscient que les critiques pleuvront si les résultats ne sont pas bons et j'y suis préparé. Et puis, mon staff a de l'expérience. Quel est votre favori au titre et quelle équipe pourrait créer la surprise ? KRSTAJIC : Je place l'Allemagne en un, suivie par le Brésil et l'Espagne mais je pense que la Belgique peut surprendre tout le monde. Ancien joueur de l'Étoile Rouge de Belgrade et ex-coach du Standard " Pendant les qualifications, Slavo Muslin avait construit une équipe très solide défensivement. Il jugeait que son groupe manquait de qualités adaptées à un jeu moderne et porté vers l'avant dans le secteur offensif. Devant, la Serbie compte surtout sur des joueurs à l'ancienne, donc l'idée était de se baser sur une défense à cinq pour composer un bloc costaud et fermer la boutique derrière. Le sélectionneur se passait alors de Sergej Milinkovic-Savic, parce qu'il jugeait qu'il manquait des qualités nécessaires pour faire la différence en un-contre-un et ne voulait pas perturber l'ensemble de sa formation. Finalement, les pressions extérieures ont été trop fortes, et Muslin a été remplacé par Mladen Krstajic, un ancien grand joueur mais sans expérience comme coach. L'idée est que l'équipe joue un football plus offensif, mais on ne sait pas ce que ça va donner. L'entrejeu est costaud, mais il va être difficile de produire un jeu plus attrayant, car les joueurs n'ont pas assez évolué ensemble, et le temps manque pour créer quelque chose juste avant le Mondial. Malheureusement, je ne pense pas que la Serbie sortira de son groupe. Peut-être même que le troisième match de poule contre le Brésil se jouera déjà pour l'honneur... " C'était l'année où Genk se cherchait une ligne de conduite, avec un Alex McLeish déboussolé sur le banc de touche. Sergej Milinkovic-Savic est passé comme une comète, mais ses 1 600 minutes sous le maillot limbourgeois avaient suffi pour réaliser que la Pro League avait affaire à un joueur déjà trop grand pour elle. Débauché par la Lazio, le Serbe s'est fait une place dans la Botte, grimpant chaque saison vers les sommets du Calcio pour hériter, progressivement, du surnom de Pogba blanc. Entre les lignes, le géant aux pieds délicats présente un alliage exceptionnel de technique, de vista et de puissance, cocktail qui lui a permis de conclure la saison avec 14 buts et 9 passes décisives au compteur. Il était tenu à l'écart de l'équipe nationale par Slavo Muslin, à la tête de l'équipe lors des récentes qualifications. Mais au moment de trancher entre le coach et la star, la fédération serbe n'a pas hésité. Sergej fera le voyage en Russie, pour tenter de convaincre les plus grands clubs du continent de s'arracher ses services. En cas de Coupe du monde réussie, Aleksandar Mitrovic pourrait devenir le meilleur buteur de la (jeune) histoire de la sélection serbe. Avec 13 buts, il n'est qu'à trois unités du géant Nikola Zigic. Branislav Ivanovic, ancien joueur de Chelsea désormais actif au Zenit Saint-Petersbourg, est le seul joueur serbe à dépasser la barre des 100 sélections. Quatre joueurs de la sélection ont un passé en Belgique : Mitrovic, Spajic, Milivojevic (Anderlecht) et Milinkovic-Savic (Genk). Durant les qualifications, la Serbie s'est montrée très efficace pour défendre sur phases arrêtées. Elle n'a encaissé que deux buts de la sorte. La sélection est emmenée par une bonne partie des jeunes talents du pays, qui ont brillé dans les tournois de jeunes, notamment avec un sacre de champion du monde acquis face au Brésil de Gabriel Jesus en 2015.