La carrière d'un joueur professionnel emprunte parfois des chemins bizarres : "Il ne faut jamais douter de ses qualités. Lorsqu'on a raté le coche, il faut continuer à se battre. Heureusement, Dieu a toujours cru en moi".
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La carrière d'un joueur professionnel emprunte parfois des chemins bizarres : "Il ne faut jamais douter de ses qualités. Lorsqu'on a raté le coche, il faut continuer à se battre. Heureusement, Dieu a toujours cru en moi".C'est la réflexion que se fait Ode Thompson (20 ans) au terme de l'interview. Spontanément, le Nigérian exhibe la photo des -18 ans de La Gantoise. A son grand regret, il doit bien constater qu'il est le seul à avoir émergé dans le noyau A de La Gantoise ces derniers dix-huit mois. Il ne le comprend pas très bien : " Filip De Meyer et Wim Vermeersch sont maintenant en D3, au RC Gand-Zeehaven, James De Cabooter, Sébastien Ryngaert, Bjorn Meuleman jouent en Promotion, à Audenaerde. Incroyable, vraiment. J'ai failli vivre la même situation mais au lieu de ça, je suis devenu un héros à leurs yeux, alors que je ne le suis pas du tout. On ne doit pas oublier ni dénigrer ses premiers amis. Je sais d'où je viens: il y a un an, je n'étais pas assez bon pour le Standaard Wetteren. Comme quoi, tout peut aller très vite. Only the strong survive". Thompson a débarqué à La Gantoise durant l'automne 1998. Roda JC, qui l'avait testé auparavant, ne voulait pas lui offrir de contrat car il n'était pas citoyen européen. Cadet d'une famille de huit enfants, composée de quatre soeurs et de trois autres frères, le Nigérian a voulu tenter sa chance à l'étranger. Son père est décédé il y a trois ans. Sa mère et son frère aîné, un médecin de 47 ans qui donne cours à l'université, lui ont donné leur accord : "Il est mon second père et mon premier conseiller. Je lui dois la plus grande partie de mon éducation. Tout jeune Nigérian rêve d'obtenir sa chance en Europe. Le football est toute ma vie. Je dois à tout prix réussir car je n'ai rien d'autre. Si, plus tard, je peux retourner au pays avec le statut de Kanu, Okocha ou d' Amokachi, je ne devrai me faire aucun souci pour mon avenir. Leur réussite sportive force le respect général. Stephen Keshi n'est pas encore un dieu mais un chevalier. Avant de signer à Gand, j'ai demandé l'avis d' Egu Augustine. Il ne m'a donné qu'un conseil : -Reste toi-même, travaille dur, saisis ta chance et rentre en héros". La Gantoise a d'abord proposé un contrat de Junior à Thompson. Dans sa catégorie d'âge, il est rapidement devenu un finisseur empreint de sang-froid. Son rendement en Juniors, au sein d'une formation dirigée par Charly Musonda (douze buts en quinze rencontres) n'est pas resté inaperçu. Thompson est passé en -20 ans et en Réserves. Son bulletin: six buts en quatre matches. Il lui a valu une place dans le noyau A. "Le fait que Charly soit mon premier entraîneur m'a considérablement aidé. Il m'a soutenu, il ne m'a jamais ménagé ses encouragements. Jamais encore je n'avais entendu parler de jeu de position, de participation à la défense et de réduction des espaces en perte de balle. Trond et MisterHerman Vermeulen m'ont appris toutes ces choses. Ils ont élargi mon registre. Je suis devenu plus malin. Le groupe m'a accepté immédiatement. Les autres joueurs me dirigeaient sans cesse. J'observais beaucoup Ole-Martin Aarst. Il est un excellent professeur. Ole m'a appris à améliorer mon timing dans les duels aériens et à mieux utiliser mon corps. Gunther Schepens, lui, entretenait ma motivation. Et lorsque j'avais des problèmes personnels, je pouvais toujours les lui confier". Thompson est un garçon débordant d'enthousiasme, même s'il a déjà encaissé quelques déceptions. La première a suivi son début en championnat avec La Gantoise, le 6 novembre 1999, contre le GBA. Entré à la demi-heure de jeu, Thompson a été rappelé à la mi-temps. "J'étais extrêmement déçu. Je me suis réfugié dans un coin pour pleurer comme un gosse. Après, l'entraîneur m'a présenté ses excuses, devant les autres joueurs. Quelle classe! Trond ne s'occupe pas des individus. Il gère tout le groupe". Ce remplacement n'en a pas moins laissé des séquelles. Thompson a perdu toute confiance. Le doute s'est infiltré en lui. Sa perplexité a progressivement fait place à la colère. Ces sentiments négatifs ont connu leur point culminant la saison dernière: alors qu'il revenait d'un match international Espoirs, Thompson a été loué au Standaard Wetteren, pensionnaire de D3. "On a d'abord trouvé un prétexte", explique-t-il. "Mon permis de séjour n'était pas en ordre. Gilbert De Groote m'a collé sous le nez un document rédigé en néerlandais. Je devais le signer. Trop naïf, je lui ai fait confiance. Mais avais-je le choix? Wetteren fut une erreur mais aussi une bonne leçon. En fait, j'aurais dû devenir le meilleur joueur de D3 mais j'ai atterri sur le banc. Très démotivé, en plus. Les entraînements comme les matches sont devenus des missions de routine. Des corvées. Je n'éprouvais plus de plaisir. Malheureux, j'ai même voulu arrêter les frais. Ma motivation s'était complètement envolée. Mais je ne pouvais pas retourner chez moi : c'aurait été un échec. J'avais quitté mon pays parce que j'y vivais chichement. Et j'allais échouer ici? Non, je devais l'éviter à tout prix". D'après Thompson, c'est Herman Vermeulen, l'entraîneur-adjoint de La Gantoise, qui lui a permis de revenir. Pendant la journée, il s'entraînait avec le club de D1, en plus des trois séances hebdomadaires à Wetteren : "Son message était clair. J'étais en bonne voie mais je devais travailler plus dur. Il admirait ma discipline et dialoguait beaucoup. Il était toujours à ma disposition. Il revenait sans cesse sur mes qualités. Je devais oublier le passé et le fameux incident le plus vite possible. Il évoquait l'avenir brillant qui m'attendait. Pour lui, pas de doute: j'étais un grand en devenir. Regardez, il avait un peu raison quand même ( il rit)!" Thompson s'est battu et il est revenu à la surface. L'été dernier, il a commencé la préparation avec Henk Houwaart. Le départ d'Aarst, le meilleur buteur, lui faisait miroiter une nouvelle chance. Las, des tracasseries contractuelles et le manque de confiance d'une partie de la direction gantoise l'ont conduit à Harelbeke : "Physiquement et mentalement, j'étais tout à fait prêt à jouer pour La Gantoise mais elle n'avait pas levé mon option. J'ai été confronté à ce problème à Knokke, pendant le stage. Il n'y avait plus de confiance mutuelle. Les autres joueurs en ont parlé avec le président. Ils ne comprenaient pas cette décision. Eux, ils croyaient en moi. J'en étais très fier! Apparemment, d'autres éléments ont joué. L'entraîneur n'a pas osé assumer ses responsabilités". A Harelbeke, Thompson a pris sa revanche sur tous ses détracteurs. Le duo d'entraîneurs Alisic- Zeise l'aligne au centre-avant. Il n'a pas tardé à convaincre les observateurs de ses qualités: il a inscrit onze buts en vingt matches. Thompson est solide, il exploite bien son corps dans les duels et il pèse sur une défense. En plus, il marque régulièrement, grâce à un joli coup de pied. Il n'est pas rancunier. "Pourquoi le serais-je? C'est Dieu qui décide. Personne d'autre n'a de dons surnaturels. Maintenant, Il me récompense. Tout le monde doit tirer des leçons de ses erreurs. Herman Helleputte m'a donné une nouvelle chance. Je suis aux anges quand j'entends mes partenaires me louer. Je n'ai besoin que d'une chose: être aligné à la bonne place" .Frédéric Vanheule