COACH Aliou Cissé (SEN)

Comment décririez-vous votre philosophie du football ?
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Comment décririez-vous votre philosophie du football ? ALIOU CISSÉ : Bien défendre pour mieux pouvoir attaquer. C'est tout un art mais c'est la seule façon de conserver l'équilibre. Je veux que nous possédions le ballon le plus possible mais j'apprécie aussi les belles actions défensives. Le résultat est souvent déterminé par la manière dont on défend, même si ce sont les buteurs qui attirent le plus l'attention. La possession du ballon doit être mise à profit pour dérouter l'adversaire. Faire circuler le ballon sans objectif n'a aucun sens. On ne gagne pas de match avec des statistiques. Quels entraîneurs vous ont inspiré ? CISSÉ : Je préfère vous dire qui m'a donné envie d'embrasser ce métier. Durant ma carrière, j'ai eu la chance de travailler avec des entraîneurs réputés, qui ont fait de moi un meilleur footballeur, mais c'est après avoir connu Bruno Metsu à Lille et à Sedan que la vocation m'est venue. Il était nettement en avance sur son temps et il a réussi à souder des équipes partout où il est passé. Vous trouvez que les entraîneurs africains reçoivent suffisamment leur chance ? Ils étaient peu nombreux, même à la Coupe d'Afrique des Nations... CISSÉ : Les entraîneurs européens ont-ils plus de succès à l'EURO ? Y a-t-il des statistiques démontrant que les coaches africains obtiennent plus de succès avec des nations africaines ? La nationalité ne peut pas constituer un critère. Mais si nous, les entraîneurs d'Afrique, obtenions plus de chances, nous pourrions peut-être améliorer nos compétitions. Sommes-nous sous-représentés parce que nous ne sommes pas assez bons ou parce que les fédérations nous préfèrent des entraîneurs formés en Europe ? Il serait intéressant d'étudier la question. Je sais que la CAF ( Confédération Africaine de Football, ndlr) en a l'intention. Que pensez-vous de votre groupe ? CISSÉ : Intéressant et équilibré. C'est un défi. Je pense que les quatre pays ont une chance d'accéder aux huitièmes de finale. Vous voyez d'autres pays africains susceptibles de créer la surprise, comme le Sénégal l'a fait en 2002 en atteignant les quarts de finale ? CISSÉ : Je pense que les pays de tous les continents peuvent surprendre. Les nations africaines alignent de plus en plus de joueurs qui se sont endurcis en Europe, ce qui réduit l'écart par rapport aux joueurs des autres continents. Votre équipe est très physique. Ce sera un avantage en Russie ? CISSÉ : En tout cas, ce n'est pas un handicap. Nous avons analysé les paramètres physiques de nos joueurs mais le Sénégal n'est pas le seul à disposer de joueurs costauds. Sadio Mané est la star du Sénégal. Que représente-il pour l'équipe ? CISSÉ : Comme d'autres, Sadio nous apporte son talent et son dévouement mais il a acquis plus d'impact sur les autres et toute la sélection en profite. a joué un match pour Anderlecht avant d'être loué au FC Brussels " Le Sénégal ne doit pas se cacher. Le Japon est le petit poucet du groupe mais les autres se valent. Il y a vraiment peu de différence entre la Colombie, la Pologne et le Sénégal. Nous pouvons faire mal à n'importe quelle équipe grâce à nos attaquants, Sakho, Mané et Keita. Peu importe que nous terminions premiers ou deuxièmes de notre poule. Nous devons nous qualifier pour le tour suivant, c'est tout. Ensuite, nous affronterons la Belgique ou l'Angleterre. Je préfère celle-ci car je la pense un rien inférieure à la Belgique. Le Sénégal attend quelque chose de cette Coupe du Monde. Il délègue la meilleure génération depuis l'équipe de 2002. Nous sommes déjà assurés du soutien du public. Il faut maintenant que la fédération suive. Il se passe des choses bizarres en coulisses, vous savez. Ce sont des combats d'arrière-garde. Telle personne veut siéger dans telle commission, son voisin vise la présidence, etc. Évidemment, ça a un impact sur le vestiaire. Si, pour une fois, tout le monde soutenait l'équipe, nous pourrions aller loin. " M'Baye Niang est l'équivalent sénégalais de Mario Balotelli : il regorge de talent mais il est dingue. Né Français, il a été suspendu un an en 2012 par la fédération française pour avoir passé la nuit dans une discothèque parisienne trois jours avant un important match de qualification pour l'EURO espoirs. Il y a deux ans, il a fait le buzz en postant une vidéo de lui en train de sauter de son toit dans sa piscine. Il venait de se rétablir d'une grave blessure, après un énième accident d'auto. Niang forme un duo glamour avec Emilie Fiorelli, une ex-candidate de Secret Story mais sur le terrain, il ne réussit plus grand-chose. En 2012, il est devenu le plus jeune buteur de son nouveau club, Milan mais depuis, l'attaquant, qui n'a encore que 23 ans, est sur le déclin. Milan l'a successivement loué à Montpellier, au Genoa, à Watford et au Torino, auquel il l'a vendu l'été dernier. Niang, qui a opéré son choix pour le Sénégal il y a six mois seulement, aura l'occasion de montrer en Russie qu'il est davantage que le clone de Balotelli. C'est la première qualification du Sénégal depuis 2002 et sa seconde participation à une Coupe du Monde. Il y a seize ans, Khalilou Fadiga (photo) et l'actuel sélectionneur Aliou Cissé avaient plongé l'Afrique dans la liesse en se qualifiant pour les quarts, où la Turquie a été plus forte. Cette année-là, le Sénégal avait perdu la finale de la CAN. Le Sénégal a été impliqué dans un scandale de paris, malgré lui, pendant les qualifications. Il a été battu 2-1 en Afrique du Sud en 2016 et on s'est rendu compte de l'existence de paris colossaux sur une victoire locale. L'arbitre ghanéen Joseph Lamptey a été suspendu à vie et on a rejoué le match, que le Sénégal a gagné 0-2. On surnomme l'équipe les Lions de Téranga. Du moins en Europe. Les Sénégalais parlent seulement des Lions. Le surnom européen repose sur un malentendu : Téranga veut dire hospitalité en wolof. Pour attirer les touristes, le pays a lancé un slogan : " Sénégal, pays de Téranga ". Ce terme a ensuite été repris par les journalistes européens.