Le 75e Standard-Anderlecht de l'histoire était très attendu et devait permettre de répondre à des tas de questions intéressantes, parfois existentielles, à propos de la suite du championnat.
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Le 75e Standard-Anderlecht de l'histoire était très attendu et devait permettre de répondre à des tas de questions intéressantes, parfois existentielles, à propos de la suite du championnat. Les Liégeois allaient-ils se remettre de leur défaite au FC Brussels, comme ce fut le cas après leurs deux autres faux-pas face à Beveren et sur la pelouse de Mouscron ? Quels étaient leurs plans afin de remplacer leurs suspendus, Oguchi Onyewu, Christian Negouai, Mohammed Tchite ? Dans l'autre camp, Anderlecht n'était-il au plus mal mentalement après avoir été laminé par Chelsea en Ligue des Champions. Qui pouvait relancer cette mécanique mauve ayant la goutte au nez ? Le maillot jaune de la D1 était l'enjeu de cette étape de haute montagne de la saison belge. Ce n'est pas la première fois que les cols liégeois sont dangereux à l'occasion des visites d'Anderlecht à la Principauté. L'histoire se souviendra encore longtemps du succès liégeois acquis suite à un but de Freddy Luyckx le 15 février 1986 sur une nappe blanche. Et, en... 1964-1965, mais sur la piste de ski de Bureaufosse, Anderlecht avait mordu la neige face à Tilleur emmené par Jean-Paul Colonval et des petits Bleus maquillés comme des Indiens sur le chemin de la guerre pour réduire la luminosité de la poudreuse. Quand il neige sur Liège, Anderlecht n'aime pas trop cela. Mais si une question était au centre des plans, des mesures à prendre, des commentaires de la presse, c'était bien celle concernant l'apport de Milan Rapaic. Quel était son état de forme après trois mois de bouderie et sans football de compétition ? Avait-il les moyens d'aller à la pêche au gros entre les lignes mauves ? Tiendrait-il tout le match ou Dominique D'Onofrio préférerait-il le garder sous la main avant de le lancer lors d'un moment chaud de Standard-Anderlecht ? A la fin de la semaine passée, un voile blanc avait recouvert toutes ces questions. A Split, le retour de Rapaic vers Liège n'a étonné personne. Là-bas, personne n'est au courant des prétendus problèmes familiaux de Milan Rapaic. L'accès de colère s'y explique toujours par le fait que le joueur avait été roulé financièrement par ses anciens clubs et que le passage au Standard devait lui permettre de se relancer avant de s'envoler vers des horizons plus rémunérateurs. Ce scénario ne se réalisa pas totalement : si Milan requinqua son football, personne ne frappa à la porte du Standard afin de s'offrir ses services. Déçu, le joueur se retira sous sa tente malgré le contrat le liant au Standard. " Il reviendra ", nous a-t-on dit un jour à Split. " Il n'a pas d'autre solution. Et comme il songe à la Coupe du Monde, Milan doit jouer ". Luciano D'Onofrio a observé tout cela avec son £il de lynx. Un procès ne lui aurait pas rapporté de quoi engager un médian de cette classe. Quand tous les essais s'avérèrent peu encourageants à gauche, il activa ses connexions croates et Rapaic présenta ses excuses : du grand art. Si trois mois sans compétition mettent hors forme, le médecin du Standard- Nebojsa Popovic - estime cependant que le joueur est revenu en Belgique en condition physique plus que potable. " Il était en tout cas plus affûté que lors de sa première arrivée au Standard ", estime le Dr Popovic. " Il a tout au plus deux kilos à perdre. Ce n'est quand même pas énorme. Milan s'était visiblement entretenu à Split où il s'est entraîné avec des amis. C'est un joueur expérimenté qui sait se gérer et qui, sur un terrain, ne vit pas que sur son physique. Le capital athlétique est important mais il y ajoute sa technique, sa classe, son métier. A mon avis, Milan est à 90 % et les 10 % restants seront acquis lors de notre stage d'hiver au Portugal. Peu après son retour, il fut question d'une douleur au mollet mais ce n'était pas un pépin. Pas du tout. Une échographie révéla qu'une petite cicatrice d'une ancienne blessure qui le tracassait un peu. Ce problème a très vite été évacué avec deux séances de thérapie par jour. Je ne connais pas les intentions du staff technique. La saison passée, Milan avait abordé Anderlecht avec moins d'arguments. Cela ne l'avait pas empêché de réaliser un très bon match. Il connaît les émotions liées à des affiches. Le métier, le talent et la volonté lui auraient permis de se dépasser lors de tels matches même si la mécanique n'était pas encore au point. Mais il était d'ores et déjà bon pour le service. Milan sera à la hauteur si Dominique D'Onofrio fait appel à lui et il s'agira ensuite, pour lui, d'entrer dans la continuation, d'aligner une série de bons matches pour que la mécanique réponde à toutes ses sollicitations ". Un vestiaire peut aussi bien être un paradis et une jungle. Il suffit parfois de quelques détails, d'un succès ou d'une défaite, pour passer de l'euphorie aux soucis les plus noirs. Le Standard a acquis la pole position de la D1 sans le concours de Milan Rapaic. Pourtant, les Rouches furent plusieurs fois... sur le flanc à gauche. Cela ne posa pas problème car tous les autres secteurs compensèrent ce déficit. " Oui mais cette zone posait toujours un problème ", rétorque Philippe Léonard. " Dans un vestiaire, il ne faut pas faire de dessin : la classe fait la différence. Quand on voit Milan balle au pied, tout est clair. Personne ne peut le contester. La saison passée, j'avais souvent dit que l'équipe penchait un peu à droite. A gauche, nous étions pourtant certains de pouvoir être décisifs. Et nous l'avons prouvé durant le deuxième tour. Depuis le début de la saison, le groupe carbure à un très haut régime grâce en grande partie à Sergio Conceição. Quand on a un tel personnage, il focalise l'attention. Sa liberté de man£uvre va forcément se réduire quand on entrera dans la phase de vérité de la saison. Un avion a besoin de deux ailes pour voler, une équipe aussi. Les solutions ont été intéressantes jusqu'à présent avec Michel Garbini, Almani Moreira ou Wamberto, qui ont leurs mérites, mais ce ne sont pas des médians gauches de métier. Ils préfèrent évoluer dans l'axe ou en défense dans le cas de Garbini. Malgré notre très beau parcours, il reste des détails à régler et le retour de Milan augmente nos possibilités tactiques et techniques. Avec lui, le Standard sera mieux équilibré et pourra varier ses coups. A mon avis, le retour de Milan doit inquiéter la concurrence. Des Rapaic, ça ne court pas les rues ". Le programme de la semaine a été relativement simple au Standard avant qu'Anderlecht ne soit au centre des débats : un entraînement par jour. La défaite encourue " Chez Albert " n'est plus un " must de Cartier " mais les conversations tournent déjà autour des Mauves. Comment le Standard se passera-t-il de Mohammed Tchité en pointe ? Conceiç ão sera-t-il avancé d'un cran comme souvent cette saison ? A Molenbeek, le Portugais s'était souvent décalé sur la droite. Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que Rapaic entrait en ligne de compte dans les plans de bataille de Dominique D'Onofrio. Le coach du Standard tenait probablement à inquiéter un adversaire déjà apeuré par ses problèmes européens. A contrario, la carte Rapaic n'allait-elle pas réduire l'influence de méritants au Standard ? Comment ce retour a-t-il été enregistré par l'effectif ? " Mais sans le moindre petit problème ", affirme Vedran Runje. " Il faut savoir que Milan est une crème de bonhomme. Il n'a jamais de problème avec personne dans le vestiaire. Il a un gros parcours mais il est resté humble, modeste, gentil. Le groupe l'adore. Quand Milan est parti, cela a étonné tout le monde car il carburait à plein régime. Et ce n'était pas à nous d'intervenir dans des problèmes personnels, privés, familiaux ou avec la direction. En été, alors qu'il menaçait de ne pas rentrer, je l'avais incité à revenir, ce qu'il fit. Le reste lui appartient. Quand j'ai eu mes problèmes à l'OM, cela ne concerna finalement que moi. Quand Milan est revenu, nous avons accueilli cela comme une très grande nouvelle positive. Il n'a pas à se justifier, à rendre des comptes et ne doit rien expliquer à personne dans le groupe. Sa carrière, c'est son affaire. Il a retrouvé sa place dans le vestiaire comme si rien ne s'était passé, repris son travail où il l'avait posé. C'est, quelque part, un fameux transfert car il connaît la maison, ne doit pas s'adapter au football belge. Avec lui, nous nous sentons plus... confortables, plus forts, plus complets. Milan ne prend la place de personne : il renforce le groupe, c'est le plus important. On en saura plus bientôt sur son degré exact de forme mais quand on a la classe, c'est pour toujours ". Guy Namurois, le préparateur physique du Standard (qui se remet bien d'une opération à la thyroïde), a évidemment suivi la courbe de progression de Rapaic avec intérêt. Fait étonnant : le gaucher n'a pas subi une batterie de tests physiques, cette séance d'observations a même été reportée. Pas aux calendes grecques : elle aura probablement lieu en janvier quand le groupe reprendra le travail au Portugal. " Ce n'est pas du tout étonnant ", affirme Namurois. " Je me suis longtemps occupé de la joueuse de tennis Dominique Monami. Quand elle revenait d'Australie, je savais ce qu'il fallait faire afin de la préparer pour le reste de la saison. Il ne faut pas toujours mille tests. C'est nécessaire à certains moments, mais il y a aussi le coup d'£il. Les tests de Milan ont été reportés. Il ne faut pas toujours avoir le chrono sous le nez. Je connais le monde de l'athlétisme et je vois tout de suite quand un gars garde les mains sur les hanches, tente de récupérer entre deux efforts, éprouve du mal à respirer. Or, Milan est à l'aise depuis son retour. La charge de travail ne lui pose pas de problèmes. A l'entraînement, il ne se cache pas, se donne, court, pousse bien sa mécanique personnelle. Il a envie de jouer, de retrouver le plaisir qu'on peut éprouver sur une pelouse. Le premier but était de réveiller ses sensations : c'est fait. En janvier, on cernera plus son potentiel avant de définir d'autres objectifs. L'intention est de lui rendre prioritairement ses sensations de footballeur, d'aiguiser son plaisir balle au pied. Je me souviens de son énorme match face à Cologne avant le début de la saison et son départ. Il a bouffé les Allemands. Physiquement, Rapaic était un des meilleurs de l'effectif et je m'attendais à une très grosse saison dans son chef. Il est plus fort qu'il y a un an et on voit qu'il n'a pas jeté à la poubelle tout le travail effectué en l'été ". Rapaic se concentre à fond sur son travail. Sa femme et leur petite famille doivent le rejoindre dimanche à Liège : cela se prépare, il court de tous les côtés. Il croise les journalistes mais cela ne presse pas. Quelques mots à gauche et à droite, un entretien avec Belgacom. TV et une rencontre avec Patrice Sintzen pour les besoins de la Gazettedes Sports et de Standard Magazine. " Si le coach veut m'utiliser contre Anderlecht, ma place est sur le terrain ", dit-il. " Je ne sais pas si je vais jouer ou si ce sera le cas pendant 30, 50, 60 ou 80 minutes. Dire que je suis plus en forme qu'il y a un an ne servirait à rien. Il faut voir sur le terrain. Je veux mériter la confiance et gagner le match, il n'y a que cela qui compte. Les critiques d' Anthony Vanden Borre à mon égard ? Qu'est-ce qu'il a dit exactement ? N'a-t-on pas déformé ses propos ? C'est un bon joueur. Si ce n'était pas le cas, il ne jouerait pas à Anderlecht. S'il juge que je ne cours quasiment pas, c'est son problème, pas le mien : Vanden Borre est un gamin. Si je joue, je ne prêterai aucune attention à ses remarques ". Cette force mentale aura plu aux supporters du Standard qui attendent un Rapaic conquérant et mouillant son maillot. A 17 h 30, les joueurs partent au vert à Spa. Pierre-Yves Hendrickx, le chef de la commission du calendrier, décide de reporter les matches de D1 prévus samedi. Les terrains sont enneigés et les routes très dangereuses pour les supporters. Le grand retour de Rapaic est reporté d'une semaine : Roulers remplacera alors Anderlecht au programme. L'adjoint des Rouches Stéphane Demol râle un bon coup : " Il y avait moyen de jouer. Une quarantaine de personnes étaient prêtes à se retrousser les manches afin de dégager la pelouse. Cela n'aurait posé aucun problème. Cette remise ne nous arrange pas. Le groupe s'était bien préparé. Il y avait un bon coup à jouer. C'était le moment idéal pour croiser le fer avec Anderlecht. Il y avait un engouement populaire exceptionnel. J'espère que le classement sera toujours le même quand ce match se disputera ". Samedi, quand la remise du match fut annoncée, personne, sauf Dominique D'Onofrio, ne savait si Milan Rapaic devait entamer la rencontre ou pas. Le réveil des troupes a eu lieu à 8 h 30, petit-déjeuner à 9 h et la nouvelle de la remise est tombée à 9 h 45. La promenade de 11 h et le repas de 14 h ont été annulés. L'autocar a quitté Spa à 12 h 30 et déposa les joueurs à Sclessin sur le coup de 13 h 15. Un coach n'a jamais la paix. Alors que les joueurs bénéficient d'un jour de repos au bout de cette semaine du blanc, le coach est pendu au téléphone. " Non, je ne vous dirai pas si Milan devait entamer le match ou pas. Je prends toujours la décision deux heures avant le coup d'envoi. Comme il y a eu remise, j'ai gardé la décision pour moi et j'en parlerai avec mon staff technique la semaine prochaine. Cela nous concerne... Je le trouve bien Milan. Il doit résorber ses trois mois sans compétition et sa progression est tout à fait intéressante. Il bosse bien. C'est un vieux briscard qui connaît bien son métier. Je regrette aussi le report du match contre Anderlecht. Nous avions bien peaufiné notre stratégie. Cela dit, une semaine de travail supplémentaire peut lui permettre d'encore progresser avant Standard-Roulers ". PIERRE BILIC " MILAN EST À 90 % ET LES 10 % RESTANTS SERONT ACQUIS LORS DE NOTRE STAGE AU PORTUGAL " (DR. NEBOJSA POPOVIC)