Arrivé à Sclessin au plus fort du dernier hiver, Sinan Bolat n'a pas attendu les bourgeons pour donner libre cours à son talent. Aux yeux de nombreux observateurs de la D1, le gardien du Standard est pour le moment l'incarnation de ce qui se fait de mieux dans sa spécialité. Ils expliquent leur analyse par sa facilité sur sa ligne, ses prises de balles très fermes, ses relances précises, sa tonicité, sa concentration, son mental, sa présence et son jeu au pied.
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Arrivé à Sclessin au plus fort du dernier hiver, Sinan Bolat n'a pas attendu les bourgeons pour donner libre cours à son talent. Aux yeux de nombreux observateurs de la D1, le gardien du Standard est pour le moment l'incarnation de ce qui se fait de mieux dans sa spécialité. Ils expliquent leur analyse par sa facilité sur sa ligne, ses prises de balles très fermes, ses relances précises, sa tonicité, sa concentration, son mental, sa présence et son jeu au pied. La saison passée, il a largement contribué à la conquête du titre, impérial dans les moments décisifs comme à Gand, où il arrêta le coup de réparation de Bryan Ruiz ou tout au long des deux test-matches contre l'ennemi anderlechtois. Bolat s'est déjà inscrit dans la lignée des grands gardiens de l'histoire des Rouches : Jean Nicolay, Christian Piot, Michel Preud'homme, Gilbert Bodart, Vedran Runje. " C'est un fauve ", avait un jour dit Nicolay à son sujet. " Il bouge parfaitement et va toujours à la rencontre du ballon. Il donne véritablement l'impression de l'attirer, de l'absorber. "Alors que sa défense, d'ordinaire un point fort mais ébranlée par le départ d'Oguchi Onyewu, tardait à repartir du bon pied depuis le début de la saison, le gardien international turc tenait à prouver sur les terres anderlechtoises que ce vent mauvais s'était couché. " Il y a eu des recherches de nouveaux équilibres ", avançait-il d'une voix très posée avant le Clasico. " C'est normal après les adieux d'un élément de la valeur de notre tour américaine. Mais il est injuste de tout expliquer - le titre et les imperfections actuelles -, par la présence ou l'absence d'un joueur. Moi, je suis confiant et j'ai relevé des progrès au fil des semaines. "Sinan Bolat : Je suis évidemment sous le choc de ce qui est arrivé à Marcin Wasilewski. C'est le cas aussi de toute l'équipe et certainement d'Axel Witsel, marqué par cet événement. Nous souhaitons tous que Wasyl revienne le plus vite possible sur les terrains. C'était un match difficile où toute notre équipe, réduite à dix contre onze, a fait preuve de caractère. Elle a fait bloc. Chacun a travaillé pour son voisin. A mon avis, la ligne arrière, dans son entièreté, a cette fois-ci répondu à l'attente tout au long d'un match éprouvant. On aurait même pu gagner cette rencontre sans un super Silvio Proto. Je suis sûr que c'est le déclic qu'il fallait pour notre défense. Tous mes arrières ont prouvé leur valeur et, personnellement, je suis satisfait de ma prestation. Après la phase de jeu qui s'est hélas pour lui terminée par une double fracture de la mâchoire, personne ne devina qu'il souffrait d'une telle blessure. Même pas lui, je crois. Dès que la nouvelle a été connue, je l'ai contacté. Mbark a bien compris que c'était un accident. Je m'engage toujours à fond et je suis arrivé un peu en retard dans mon intervention aérienne. Je n'ai jamais eu l'intention de le percuter. Pour moi, il n'avait donc pas de faute lors de ce duel et ce fut aussi la décision de l'arbitre. Non, pas du tout. Il y a toujours des tensions avant une telle affiche. Le Standard domine la D1 depuis deux ans. Cela ne laisse pas tout le monde indifférent. Un troisième titre confirmerait que le football belge vit bel et bien dans une ère Standard qui pourrait se prolonger durant pas mal de temps. Nous n'avions qu'une chose à faire : bien préparer le match. Je me suis surtout soucié de la qualité des ballons du match. J'ai certainement évolué en tant que gardien et comme homme. Après quelques semaines de présence au Standard, je suis devenu titulaire et, en jouant, j'ai acquis de l'expérience, de la confiance pour l'avenir, etc. J'étais conscient d'avoir fait un choix judicieux en signant au Standard mais je mesurais aussi qu'il y avait des risques. A Genk, je savais que Logan Bailly était sur le point de partir à l'étranger. J'avais reçu la garantie de la direction limbourgeoise de devenir le numéro 1 après le transfert du titulaire. J'ai finalement préféré tenter un défi au Standard que de miser sur des certitudes à Genk. Et je me suis retrouvé face à Aragon Espinoza et Jérémy De Vriendt. Je le suis à distance et je garderai un souvenir agréable du temps passé avec lui à Sclessin. Il a toujours été super avec moi, positif et sportif. J'ai pris la place du gardien champion mais il n'a jamais cessé de m'encourager et de me conseiller. Son attitude était tout simplement remarquable. Il aurait pu se cabrer quand je suis arrivé de Genk : cet homme est vraiment un exemple. Mon manager, Kismet Eris, l'a aidé à trouver un club en Turquie : Diyarbakirspor. Evidemment, mais j'ai tout fait pour m'affirmer : j'ai bossé et mon travail a été récompensé. La pression était très forte. Je ne pouvais pas et je ne voulais pas échouer. Le Standard devait confirmer son titre et c'était le moment de m'installer définitivement au top de la D1. Je me suis donné à 100 %. C'est la seule façon de progresser et de gagner. Je veux apprendre quelque chose lors de chaque match ou du moindre entraînement. Je ne lâche jamais rien et je n'ai peur de rien ni de personne. Je suis plus complet, plus fort et j'ai rodé tous les aspects de mon métier : interventions aériennes, rapidité au sol, relance, diriger la défense, etc. Je ne suis pas parfait. Je dois progresser à tous points de vue. Je suis un gardien et cela implique aussi, selon moi, l'obligation de penser et de réagir comme un joueur de champ. Je ne vis pas 90 minutes sur une île. Un gardien moderne doit aussi être un footballeur complet. Quand j'étais gosse, je jouais au football dans mon quartier. Nous n'avions pas de but. Pour se distinguer, chaque gamin devait être capable de bien domestiquer le ballon. Ce football au quotidien m'a beaucoup apporté. Certainement, mais ce secteur a aussi subi des variations importantes sans que cela ne prête finalement à conséquences. Marcos a été blessé. Au centre de la défense, Tomislav Mukulic a bien remplacé Mohammed Sarr, bloqué par des pépins, et son deuxième tour fut impeccable. A gauche, Landry Mulemo a parfaitement suppléé Dante parti en Allemagne. Je suis arrivé en janvier. Cette ligne n'était donc pas enfermée, comme on le dit parfois, dans ses habitudes et ses automatismes. Oui, mais pas tout seul. Non. Onyewu, que j'apprécie, n'a pas été sacré champion tout seul. Marcos, Sarr, Mikulic ou Mulemo sont des champions aussi. Ils le sont devenus avec l'apport d'Onyewu et l'Américain n'aurait pas pu l'être sans eux. Il serait trop simple et injuste de tout expliquer par un homme. Onyewu prenait de la place, c'est évident, et il faut simplement un peu de temps pour le remplacer... Si Onyewu est parti à l'AC Milan, je n'en démordrai pas, c'est aussi parce qu'il a £uvré dans une bonne défense. Je râle évidemment quand nous ne préservons pas le zéro au marquoir. Je ne dis pas que les buts de Goor et de Habibou étaient inévitables mais c'est le... Non évidemment, mais d'aussi beaux buts, cela arrive. Cela ne s'explique pas uniquement par des problèmes de défense. Non. C'est possible. Je constate que notre défense progresse au fil des matches. Mikulic a eu un moment difficile mais je suis persuadé qu'il reviendra et rendra des services comme ce fut le cas la saison passée, que ce soit avec Onyewu ou Sarr. Cédric Collet élargit la palette des possibilités, à gauche. Eliaquim Mangala s'installe de plus en plus au c£ur de la défense. On ne peut pas encore lui demander d'être un nouvel Onyewu qui était bien plus que seulement le patron de la défense. Eliaquim n'a que 18 ans alors que Gucci s'appuyait sur son vécu pour être un des leaders tranquilles du groupe. Sarr est désormais le boss de la défense. Et Mangala le deviendra un jour, cela ne fait pas l'ombre d'un doute. Il finira sa carrière dans un très grand club. A son âge, il est impressionnant. Tout cela signifie que je ne doute absolument pas de ma défense. L'effectif veut le titre et de grandes soirées européennes. C'est ma réponse mais c'est à d'autres de dire si ce sont des objectifs de grands champions ou pas. J'ai ma petite idée comme tout le monde mais un sportif répond d'abord sur le terrain. Oui, le Standard avait été génial et... Il avait sans doute ses raisons d'affirmer cela. Je ne crois pas du tout que l'effectif se soit embourgeoisé ou snobe ses adversaires. Le Standard est devenu plus que jamais l'équipe à battre en Belgique. Il faudra sans cesse être plus fort mentalement pour émerger. Un démarrage plus dynamique aurait été intéressant. Mais c'est aussi en répondant à des interrogations qu'on avance. Il faut apprendre à vivre avec le " de plus en plus difficile à gagner ". Le titre, en tout cas, je le veux. Après le 0-0 à Zulte Waregem, les têtes étaient basses. Moi, je ne renonce jamais. Je savais qu'Anderlecht pouvait être secoué à Tubize. Ce fut le cas. Il faut y croire à fond comme à Gand où j'ai arrêté le penalty de Ruiz. Anderlecht a perdu le titre en étant " petit " à ce moment-là. Les Bruxellois ont repoussé sur Ruiz la perte d'un titre quasiment actée à Tubize. Mon arrêt, ils le jetaient à la poubelle. Triste mais cette réaction prouvait qu'ils n'étaient pas prêts pour les test-matches. Avant même de les entamer, je savais que le Standard serait champion. Oui, comme tout le monde. J'ai eu des moments délicats à Genk, sur lesquels je ne veux plus revenir, et j'ai tenu. Mentalement, je suis blindé. Je viens de vivre six mois d'euphorie et je sais qu'il y aura pour moi des moments forcément plus délicats. A la limite, c'est vrai, les creux sont utiles et révélateurs. On en revient alors aux valeurs du travail. Rien n'est définitivement acquis. Je dois encore beaucoup travailler. Le contraire serait étonnant : je n'ai que 20 ans... Pas vraiment : ce sont évidemment des promesses. J'ai quand même cru que la direction allait opter pour le transfert d'un gardien expérimenté. Elle a choisi Kristof qui est jeune et doué. Je m'entends très bien avec ce phénomène. Il est rare de voir un gardien de cette taille. Si j'avais songé à un gardien au grand vécu, c'était pour les petits trucs qu'un ancien peut vous refiler. Mais, dans ce domaine, je peux évidemment m'adresser à Jean-François Lecomte qui est un remarquable coach de gardiens de but. Il ne faut pas exagérer. Cela fait plaisir à entendre mais la crème de la crème, le meilleur gardien belge, c'est Bailly sans discussion possible. Je sais, je n'avais pas bien compris la question. Il y a beaucoup de bons gardiens en Belgique. Ce n'est pas à moi de jouer aux comparaisons : Stijn Stijnen, Mark Volders, Proto, Yves De Winter, Sammy Bossut, etc. Rien que de la qualité à laquelle il faut ajouter de bons keepers étrangers : Copa Boubacar, Bojan Jorgacevic, Sébastien Chabbert et d'autres. Vos propos me font plaisir mais il faut confirmer, confirmer, confirmer avant de penser, éventuellement, qu'on est sur la bonne voie. Je ne désire donc pas me comparer aux autres : ce sont les résultats qui font la différence. Si j'ai opté pour l'équipe nationale turque, ce n'était pas parce que je me sens moins belge que turc ou quelque chose dans le genre. C'est un choix rationnel : Volkan Demirel est le meilleur portier turc, l'indiscutable numéro 1 en équipe nationale, mais sa succession n'est pas assurée. J'avais plus de chance de devenir international en Turquie qu'en Belgique où il y a tant de bons jeunes gardiens de but. Mais Bailly est quand même de très loin le plus doué. J'ai eu la chance de le côtoyer longtemps à Genk. Il est vraiment phénoménal, au-dessus du lot. Logan n'a pas de point faible. C'est un extraverti, je suis plus cool, je contrôle plus mes émotions. S'il garde la tête sur les épaules, je ne sais pas où il s'arrêtera... Si un tel transfert se réalise, Bailly réussira au Bayern ou ailleurs. Je ne connais pas les deux premiers, Nicolay et Piot. Mais cela me fait plaisir d'être cité avec les autres. Oui. Là aussi il faut préparer la succession de Volkan. C'est trop tôt pour moi. J'ai eu d'autres offres mais je n'y pense pas pour le moment. J'ai le temps et j'ai encore un contrat de quatre ans au Standard où j'ai encore tant à faire. "Le meilleur gardien belge, c'est Logan Bailly... sans discussion possible. ""Onyewu n'a pas été sacré champion tout seul. "