Un entraîneur est finalement un vigneron qui doit faire appel à son talent et à son amour du métier afin de marier les cépages, Et, quand c'est nécessaire, cet artisan chaptalise sa création, ajoute du sucre au moût pour que le taux d'alcool donne assez de vie à son vin. Après un an de travail et de maturation, on mesure la qualité du millésime. Michel Preud'homme sait ce qui lui reste à faire pour que son Château Standard 2007 soit exceptionnel.
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Un entraîneur est finalement un vigneron qui doit faire appel à son talent et à son amour du métier afin de marier les cépages, Et, quand c'est nécessaire, cet artisan chaptalise sa création, ajoute du sucre au moût pour que le taux d'alcool donne assez de vie à son vin. Après un an de travail et de maturation, on mesure la qualité du millésime. Michel Preud'homme sait ce qui lui reste à faire pour que son Château Standard 2007 soit exceptionnel. Avec un bilan de neuf points sur neuf, et un retour en force au classement général, le coach liégeois a parfaitement relancé ses troupes. Mais il convient d'ajouter que la défenestration de Johan Boskamp s'est déroulée à un moment indiqué : avant trois matches pas trop compliqués (au Lierse puis à domicile face au Brussels et au Cercle Bruges) et en bénéficiant du retour de Sergio Conceiçao qui a rééquilibré l'occupation du terrain. Mais un secteur reste au centre de toutes les inquiétudes : la défense. Paradoxalement - avec huit buts encaissés en sept matches de championnat -, elle est à peine moins performante que celle d'Anderlecht (-7) soutenue par un Daniel Zitka dans la forme de sa vie. " Il était important pour notre défense de garder le zéro au marquoir ", affirmait Olivier Renard après Standard-Cercle Bruges (1-0). " C'est la première fois que cela arrive cette saison et le bonheur d'un succès n'en est que plus complet. J'étais content de travailler sous la direction de M. Boskamp. Je n'ai rien à lui reprocher. Mais le vent a tourné dans le bon sens avec M. Preud'homme qui a requinqué l'équipe. Il y a beaucoup de cohérences dans cet effectif de plus en plus homogène ". A part Arie Haan, les entraîneurs hollandais n'ont pas gravé leur passage dans l'histoire du Standard. Ils bâtissent leur équipe avec une ambition offensive : l'attaque est plus importante que la récupération. Ce fut le cas du fantasque Cor Van der Hart (juin 1974 à janvier 1976) très imprégné par les succès du style de jeu prôné aux Pays-Bas. Boskamp songeait à un 4-3-3 de feu et évoquait même la possibilité de jouer un jour en 3-4-3. Le Bos prenait-il ses rêves pour des réalités ? Ignorait-il que sa défense manquait de métier et d'automatismes ? " Je ne crois pas que cet homme de métier ait négligé tout cela ", note Léon Semmeling, légende des Rouches qui a rendu tant de services au Standard comme joueur ou membre du staff technique. " Sa tâche n'était pas facile. Pour le moment, il n'y a plus sur le terrain qu'un seul survivant de la grande défense que Dominique D'Onofrio avait mise au point en plusieurs saisons : Oguchi Onyewu. Quand Haan est devenu entraîneur (juin 1991-obtobre 1993), il a d'abord cherché à obtenir une bonne assise défensive. Il a fait confiance à des jeunes du club ( Régis Genaux, Philippe Léonard), a placé André Cruz au centre de la défense et a transféré Stéphane Demol afin que sa défense puisse jouer haut. Il imitait Raymond Goethals : en 1981, pour le sorcier bruxellois, l'arrivée de Walter Meeuws était une priorité. A partir d'une base défensive intéressante, on peut passer aux autres étapes : la ligne médiane, l'attaque. Le talent et la complémentarité sont primordiaux. Les bons éléments se comprennent très vite. Mais il faut marier désormais des talents et des cultures de plus en plus différents. De 1968 à 2006, cette évolution est aussi étonnante que difficile à cerner. Les joueurs étrangers sont plus nombreux qu'avant. A la fin des années '60, René Hauss hérita d'une défense mise au point par Michel Pavic et qui était finalement le reflet de sa région : tous les arrières avaient été formés au Standard. Ils étaient coulés dans le même moule. Ils détenaient le talent, disposaient d'atouts athlétiques très importants, ne craignaient rien ni personne. Dans leur cage, Jean Nicolay puis Christian Piot marquèrent cette génération comme ce fut le cas plus tard de Michel Preud'homme, Gilbert Bodart et Vedran Runje. Mais je ne suis pas du tout d'accord avec ceux qui ont fait porter le chapeau au seul Olivier Renard en début de saison. Lui aussi a besoin de temps et dépend des prestations de sa défense ". Preud'homme ne doute pas de son bastion défensif : " Je fais confiance à mes hommes : ils ont assez d'atouts. Ma défense me convient bien. Je ne suis pas un entraîneur défensif. Si je veux ériger un bunker, je sais comment il faut faire : beaucoup de monde derrière, une double occupation des flancs, etc. Il faut examiner une équipe dans son ensemble. Les arrières ne sont pas les seuls à défendre et les attaquants ne se lancent pas en solo à l'assaut de la cage adverse. Les uns dépendent des autres ". Des phases de jeu de Standard-Cercle Bruges soulignent la pertinence des remarques du technicien liégeois. Un magnifique retour de Milan Rapaic a ainsi facilité le travail de récupération de son équipe. Cet élément offensif se transformait en brise-lames. Le but du Standard, réalisé par Karel Geraerts, a été pensé par l'arrière droit, Frédéric Dupré, qui s'est infiltré dans le grand rectangle adverse grâce à des échanges de balle avant d'adresser une passe décisive au médian blond. Le back s'était mué, le temps d'un raid, en attaquant percutant. Mais Onyewu écopa d'une carte jaune stupide (qui le prive du prochain match de championnat) dans le camp brugeois, loin de ses bases. Même si elle est en progrès, cette défense liégeoise demeure incertaine. Ainsi, en fin de match contre le Cercle, elle oublia quatre adversaires devant Renard. Les visiteurs ratèrent cette balle d'égalisation... " En 1968-1969, le Standard n'encaissa que 24 buts en 30 rencontres de D1 ", relève Jean Nicolay (69 ans, premier gardien de but sacré Soulier d'Or en 1963, plus de 500 matches en équipe première au Standard). " Au début des années '60, le Standard avait déjà une défense de fer. Cela lui avait offert des titres et des demi-finales européennes. Le Standard ne massait pas un monde fou derrière. Il y avait juste ce qui était nécessaire. Mais ceux qui étaient là se faisaient respecter. C'étaient des hommes. Jacky Beurlet, Léon Jeck et Jean Thisssen mettaient le pied. Nicolas Dewalque ajoutait la note artistique. Tous étaient d'anciens avants. Les attaquants adverses avaient la coulante dès qu'ils arrivaient à Sclessin : les rouleaux de papier de toilette disparaissaient vite. La peur se lisait parfois sur leurs visages. Nous le savions et cela nous amusait de jouer aux brutes, ce que nous n'étions pas. A domicile, cette trouille était un fameux avantage. Paul Van Himst adorait l'ambiance de Sclessin mais la craignait aussi. Notre médian défensif, Louis Pilot, le séchait parfois avant de le relever avec le sourire : - Monsieur Van Himst, je vous prie de m'excuser. Moi, je mettais la tête où personne n'osait glisser son pied. Gagner, il n'y a que cela qui importait. Je m'en foutais du risque de blessures. J'avais un grain et c'est nécessaire quand on joue au goal : on me craignait et on m'écoutait. Tous les grands portiers ont cet impact. Vedran Runje était une terreur pour les adversaires. Se frotter à lui, ce n'était pas un cadeau. Il était capable de tout couper en deux pour gagner. On le voyait, on l'entendait, il commandait sa défense, disait ce qu'il pensait à tout le monde, en imposait, suscitait le respect. Olivier Renard a un autre style, des qualités différentes. Il a tout pour réussir et c'est un jeune homme paisible et bien élevé. Pour passer du statut de bon gardien de D1 qu'il est à celui de successeur de Runje, il doit être plus dominateur et montrer les dents. Vedran était un chef. Olivier doit le devenir. Je suis parti au Daring en 1969 mais de 1968 à 1971, le Standard a eu la meilleure défense de D1 durant trois saisons et cela lui a permis de remporter trois titres. Tout cela était très réfléchi. Beurlet notait tout dans un petit carnet. Un jour, j'ai lu une petite phrase : -Pummy Bergholz m'a débordé deux fois : à revoir lors du prochain match contre Anderlecht. A mon avis, le chauve hollandais a dû passer un mauvais quart d'heure ". Cette défense tchatchait wallon alors que celle de 1981-1982 était surtout limbourgeoise. Semmeling était adjoint de Goethals : " C'était quasiment la perfection. A part Meeuws, tous étaient à Sclessin depuis des années. Eric Gerets montait souvent à droite, mettait la pression sur le médian adverse. Même si c'était régulier, innovateur et impressionnant, il savait aussi se contenter de contrôler sa zone quand c'était nécessaire. Meeuws était très rapide et reprenait les attaquants profitant de l'un ou l'autre espace. J'insiste aussi sur l'importance de Jos Daerden qui avait un volume de jeu fou dans l'entrejeu. L'équipe que Preud'homme refaçonne n'a pas de Daerden mais j'aime bien Siramana Dembele qui joue très juste. C'est propre, bien calibré, utile. Dans cette zone, le grand et jeune Marouane Fellaini peut devenir le nouveau Pilot. Cette promesse m'impressionne. Il faut être prudent et Michel a raison de le préserver car les jeunes sont fragiles. S'il continue de la sorte, le Standard tient un immense médian qui facilite le travail de sa défense. En 1981, Gérard Plessers était moins médiatique que ses camarades mais ce n'est pas pour rien qu' Ernst Happel l'a fait venir à Hambourg avec qui il a gagné le titre allemand. On ne s'impose pas en Bundesliga par hasard. Par rapport à l'époque actuelle, tous les défenseurs du Standard (sauf Théo Poel qui était pourtant indispensable dans son rôle de chien de garde) étaient des internationaux belges confirmés. En plus de leurs succès au Standard (titres, finale de la Coupe des Coupes, etc.), ils avaient aussi un immense vécu en équipe nationale. C'est une richesse. L'équipe était faite. A l'heure présente, le Standard compte tout au plus un jeune international américain, Ogushi, et aucun Diable Rouge. La différence est importante et tout est à refaire. La saison passée, il y en avait trois de plus : Eric Deflandre (qui ne joue pas pour le moment), Jorge Costa (fin de carrière), Philippe Léonard (parti à Feyenoord). La défense actuelle présente donc un gros déficit de métier par rapport à 1968-1969, 1981-1982, 1991-1992 et 2005-23006. Mais cela ne signifie pas qu'elle ne se mettra pas en place ". La défense progresse mais le temps se rattrape-t-il ? N'aurait-il pas été intéressant de garder Léonard qui avait été impressionnant durant toute la saison 2005-2006 ? Le Sprimontois était impérial à gauche (où c'est léger depuis le début de la saison) et aurait aussi résolu pas mal de problèmes dans l'axe où l'harmonie a mis du temps à voir le jour. Très fort sur l'homme, Mohammed Sarr se perd parfois dans le marquage ou quand il faut faire un pas en avant, s'aligner sur les équipiers et tendre le piège du hors jeu. Quid de Deflandre et Oguchi (guidé par Ivica Dragutinovic et Jorge Costa) peut-il devenir général après avoir été sous-officier ? Ses détracteurs se demandent pourquoi Manchester United, le Real Madrid et d'autres clubs huppés ont fait marche arrière après l'avoir suivi. Un manque de sûreté se retournera-t-il contre ce colosse ? " Il y a des leaders naturels et Oguchi en est un ", rétorque Preud'homme. Semmmeling partage entièrement ce point de vue : " Depuis qu'il est au Standard, l'Américain ne cesse de progresser. A mon avis, il n'est qu'au début de son aventure. En trois ans, il a franchi beaucoup de paliers. Il fait penser à Philippe Albert ou Daniel Van Buyten. Tout le monde a douté mais ils ont beaucoup travaillé leur placement, leur technique, leur vision. Onyewu est engagé dans la même voie. Il porte plus de responsabilités sur ses épaules cette saison mais cela ne le dérange pas. Il ira loin ". Deflandre : " Notre Américain évoluera un jour au top. Je connais peu de joueurs ayant un tel impact. Il a désormais plus de responsabilités et doit s'habituer à ce rôle de phare de la défense. J'ignore pourquoi je figure désormais plus souvent sur le banc que sur la pelouse. Je suis étonné mais pas déstabilisé. Je travaille et on verra. Cette mise à l'écart est-elle due à une rentrée en touche discutable au Steaua Bucarest ? Je ne sais pas. Moi, je joue comme je sais le faire. Dupré a pris ma place et joue bien : je suis content pour lui. Si le Standard est venu me chercher à Lyon, c'est aussi pour mon jeu offensif. Mais je ne peux pas multiplier sans cesse les débordements. J'ai également soigné mon travail défensif. La saison passée, tout était bien huilé. Il a fallu du temps pour obtenir cette harmonie. Cette fois, il y a eu des problèmes de communication. Ce n'était pas un problème de talents mais les réglages ne se font pas en un jour. Cela prend deux ou trois mois. A Lyon, il y avait aussi des joueurs venus de partout. Il leur a été demandé d'apprendre le français au plus vite. Cela facilité l'intégration et le développement des tactiques. Après deux mois, Juninho et ses camarades brésiliens parlaient français. Ce sont évidemment des gros cubes et leur talent est indiscutable. La défense de Lyon, c'était canon. Notre club a changé de cap en été. C'est son droit. A notre niveau, la défense du Standard progresse mais n'atteint pas encore le niveau de celle de 2005-2006. Elle est plus jeune et doit se faire les dents. Personne ne grandit sans s'écorcher les genoux ". PIERRE BILIC