A Gand, tout le monde a le sourire. C'est la conséquence logique du bon départ du club en PO1, une compétition que Laurent Depoitre (26) découvre pour sa deuxième saison parmi l'élite. " Elle me rappelle un peu le blocus avant les examens ", dit celui à qui il ne manque que la défense d'une thèse à l'ULB pour devenir ingénieur civil. " C'est maintenant que nous devons faire nos preuves. Nous ne pouvons pas nous permettre le moindre faux pas. Le moindre moment de déconcentration se paye cash. On l'a vu en fin de match à Charleroi. "
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A Gand, tout le monde a le sourire. C'est la conséquence logique du bon départ du club en PO1, une compétition que Laurent Depoitre (26) découvre pour sa deuxième saison parmi l'élite. " Elle me rappelle un peu le blocus avant les examens ", dit celui à qui il ne manque que la défense d'une thèse à l'ULB pour devenir ingénieur civil. " C'est maintenant que nous devons faire nos preuves. Nous ne pouvons pas nous permettre le moindre faux pas. Le moindre moment de déconcentration se paye cash. On l'a vu en fin de match à Charleroi. " Sa mère expliquait récemment, dans nos colonnes, qu'à l'école, c'est sous pression que Depoitre était le plus efficace. " C'est vrai ", dit-il. " Et au football aussi, je préfère jouer contre Anderlecht, le Club Bruges ou le Standard, dans une super ambiance. Ça donne envie de faire mieux, c'est une motivation supplémentaire. " Ces derniers mois, Depoitre n'a cessé de progresser. Arrivé d'Ostende sur base d'un transfert libre, il avait impressionné le staff par ses capacités en matière d'endurance mais avait connu un début de saison difficile. " Tout était plus intense. Lors du stage en Ardenne, j'étais épuisé mais aujourd'hui, nous cueillons les fruits de cette préparation physique. J'ai également dû m'adapter au rythme. Au début, j'étais frustré, je n'arrivais pas à montrer ce dont j'étais capable. " Deux entretiens avec Eva Maenhout, la psychologue du club, l'ont rassuré. " Elle m'a dit d'aborder les choses différemment, d'être plus cool. C'était difficile pour moi car je suis un perfectionniste. " Titularisé à l'occasion du deuxième match de championnat contre Malines, il inscrivit deux buts et délivra un assist. Pendant de nombreuses semaines, il n'allait plus quitter l'équipe. " Ce match a effacé les doutes du public, des connaisseurs et des consultants. On m'avait un peu sous-estimé. Beaucoup me considéraient comme un second couteau et n'attendaient rien de moi. Je peux le comprendre. Un club qui vient de jouer deux fois les PO2 et transfère un attaquant qui n'a inscrit que sept buts ne fait pas à proprement parler preuve d'ambitions. Ce match face à Malines m'a libéré. Dans la foulée, j'étais si confiant que j'ai inscrit le but décisif au Standard. Soudain, tout me réussissait et on me considérait comme la révélation. Cela m'a fait du bien et ça m'a permis de clouer le bec à pas mal de monde. " Depoitre est le pivot le plus puissant de Belgique. Il a inscrit plus de dix buts et a aussi délivré de nombreux assists. " Je rêve cependant d'un exploit, d'un but décisif contre un ténor, mais ça ne va pas changer mon style pour autant. Je suis un guerrier, j'aime aller au contact. Je constate cependant qu'on essaye de plus en plus de me coincer entre les deux défenseurs centraux et un médian défensif. C'est moins facile pour moi mais cela crée des espaces pour mes équipiers (il grimace), comme sur le but de Nicklas Pedersen face au Standard. " Dans le Hainaut, on ne l'a pas oublié puisqu'il a reçu le Trophée provincial du Mérite Sportif. " Ça me fait plaisir d'être reconnu dans ma région. C'est ma meilleure saison, je n'en attendais pas autant et j'ai été régulier. Je sens qu'on me fait confiance mais je sais que je peux encore faire mieux. Je ne suis satisfait que d'un ou deux matches. Je dois gagner plus de duels, être moins naïf, apprendre à mieux jouer dos au but. C'est aussi une question d'expérience. " Ses amis d'enfance le comparent à Luigi Pieroni. D'autres, à Jan Koller. Il pense toutefois qu'en ce qui concerne le classement des buteurs, il lui sera difficile de refaire son retard sur Aleksandar Mitrovic. " Je ne suis pas du genre à camper dans le rectangle. Je dois me dépenser, être impliqué dans le jeu. Si je ne touche pas le ballon pendant un quart d'heure, je perds confiance. Je dois me sentir utile au collectif. Mes proches me disent souvent que je ne suis pas assez égoïste mais ce n'est pas mon style. Je suis un travailleur. Ma mère a raison quand elle dit que je réfléchis trop dans les un-contre-un avec le gardien mais ça n'arrive pas souvent, car nous faisons le jeu. Mon père m'a demandé récemment pourquoi je ne tirais pas les penalties mais je crains un peu le stress et je préfère laisser cette responsabilité à quelqu'un d'autre. Pour moi, ce titre de meilleur buteur n'est pas primordial. Je préfère chercher la meilleure solution. Si un partenaire est mieux placé, je n'hésite pas. " On le dit timide mais, dans le vestiaire, il est toujours le premier à faire une blague. " Je suis réservé avec les gens que je ne connais pas mais pas avec mes amis ou mes équipiers. Quand il se passe quelque chose ici, le coupable se trouve toujours parmi un quatuor : Renato Neto, Benito Raman, Thomas Foket ou moi. " Depoitre pense que la lutte pour le titre sera serrée jusqu'au bout. " Gand y sera impliqué aussi mais on verra comment nous nous comporterons dans les moments décisifs. J'ai confiance. Nous avons du talent tandis qu'Anderlecht et le Club Bruges ne sont pas à leur meilleur niveau. Officiellement, une troisième place serait synonyme de réussite mais dans un coin de notre tête, nous rêvons du titre. Pour Anderlecht ou Bruges, terminer troisième, ce serait un échec. C'est ça la différence. Le match de demain va désigner les candidats au titre. Nous ne sommes pas favoris mais outsiders. "PAR FRÉDÉRIC VANHEULE