1. Anderlecht et Bruges se sont tournés vers une ligne arrière à cinq en Ligue des Champions.

S'ils présentent sans problème un secteur défensif composé de quatre éléments dans le cadre de notre D1, les deux représentants belges en Ligue des Champions ont adapté leur philosophie de la récupération du ballon face, respectivement, à deux ténors européens : Chelsea et la Juventus. Ils sont revenus à des principes défensifs qui ont longtemps fait la fortune du football de notre petit pays. A Londres et à Bruges, on a revu trois joueurs centraux au c£ur des deux défenses belges.
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S'ils présentent sans problème un secteur défensif composé de quatre éléments dans le cadre de notre D1, les deux représentants belges en Ligue des Champions ont adapté leur philosophie de la récupération du ballon face, respectivement, à deux ténors européens : Chelsea et la Juventus. Ils sont revenus à des principes défensifs qui ont longtemps fait la fortune du football de notre petit pays. A Londres et à Bruges, on a revu trois joueurs centraux au c£ur des deux défenses belges. Deux réflexions tactiques ont engendré le même concept défensif. En Angleterre, Frankie Vercauteren et son staff ont finement démonté les rouages de la machine de José Mourinho. Chelsea pratique avec un attaquant de pointe (Didier Drogba) qui s'appuie sur les infiltrations axiales de deux de ses équipiers : Frank Lampard et Michaël Essien. Sans Vincent Kompany, blessé au dos, les Bruxellois se sont méfiés, à juste titre, de ce trio et pris leurs précautions afin que leurs arrières centraux ne soient jamais en infériorité numérique. Chelsea n'a pas su résoudre l'équation mauve : trois arrières centraux et les ailes bouclées à double tour. Le problème tactique de Bruges était différent. Les Italiens jouent en 4-4-2 avec deux très grands attaquants : Zlatan Ibrahimovic et David Trezeguet. En plus d'une surveillance étroite dans l'axe, il convenait que le troisième défenseur axial soit là afin de colmater les brèches forcées par les deux terreurs de la Juventus. L'option brugeoise est le fruit de la sagesse, même si Stijn Stijnen a réalisé des miracles. Sans cette prudence, la note aurait été salée. Bruges a même réussi à sauver l'honneur et à signer une bonne fin de match. La lecture tactique du jeu a été bonne. Quand on y ajoutera une reconversion offensive beaucoup plus rapide, cela fera mal. Anderlecht et Bruges ont accepté de reculer et cela ne constitue pas un problème si on repousse vite le danger le plus loin possible. Il est essentiel de ne pas subir trop d'assauts en peu de temps. Si la reconversion offensive est excellente et profonde, cela permet aux arrières de se réorganiser, de retrouver le fil de leurs idées. On a vu des coups francs de tous les genres en Ligue des Champions : direct, indirect et excentré. Même si Stijnen a multiplié les grandes parades, cela n'a servi à rien car sa responsabilité est largement engagée sur le premier but de la Juventus. Le gardien de but place toujours son mur et Stijnen aurait dû protéger plus efficacement l'angle ouvert, sur sa gauche. Si le keeper brugeois l'avait fait, le ballon de Pavel Nedved ne serait pas passé. A 0-1, la Juventus était plus à l'aise. A Chelsea, Daniel Zitka a, lui aussi, commis une erreur sur un coup franc. Il n'avait pas à faire un pas sur la droite : cet angle de frappe est fermé par le mur. Celui-ci s'est certes ouvert - et c'est une gaffe -, mais si Zitka ne s'était pas décalé inutilement, cela n'aurait pas posé de problème malgré une trajectoire du ballon compliquée par l'effet. Cela dit, il serait bon que toutes les équipes jouent avec les mêmes ballons en Ligue des Champions ou en championnat. En Belgique, il y a au moins dix marques différentes, ce n'est pas normal. Le gardien de but du Real Madrid a aussi encaissé un but évitable, le premier de Lyon. Juninho était excentré sur la gauche. Mais que faisaient une grappe de joueurs du Real et des Lyonnais entre le mur et Iker Casillas ? Ce dernier n'a pas dialogué avec ses arrières : personne ne pouvait se trouver à cet endroit et John Carew en a profité pour toucher la balle de la tête et surprendre Casillas. Si les clubs italiens ont amassé un carton plein en Ligue des Champions, le ton est différent en Espagne. Il fut un temps où quatre clubs faisaient la loi : Real Madrid, Barcelone, Deportivo La Corogne et Valence. Les deux derniers sont rentrés dans le rang. Villarreal a concédé le partage face à Manchester United, le Real et le Bétis de Séville ont été battus. Seul le Barça a sauvé la mise. Les clubs de la Liga sont victimes de l'espagnolisation de leur jeu. On se passe et on se repasse sans cesse le ballon. Il n'y a plus beaucoup de profondeur dans tout cela. Ce malaise est accentué par des entraîneurs espagnols très conservateurs (comme c'est le cas de Luis Aragonés, le sélectionneur national) et par l'arrivée des entraîneurs sud-américains. Les clubs espagnols doivent ouvrir plus largement les fenêtres et inviter des coaches des autres championnats européens. Autrefois, Johan Cruijff avait secoué une Liga qui ronronnait. Anderlecht a été étonné par et n'a pas apprécié les propos peu flatteurs de Mourinho. Je peux comprendre : si Chelsea n'a pas été brillant, Mourinho doit en chercher les raisons dans la prestation des siens. Anderlecht a joué avec ses moyens et a dû reculer suite aux événements du match : personne ne peut lui en faire le reproche. C'est aussi ce qui se passe dans le chef des petites équipes en D1 belge. J'espère qu'Anderlecht aura retenu sa leçon d'anglais, et ne dira pas que les petits clubs belges ne songent qu'à se défendre. Le top belge aimerait les éloigner comme les géants de la Ligue des Champions préféreraient ne pas se mesurer au " petit " Anderlecht. Si Anderlecht critiquait la prudence des petits de la D1, il faudra lui parler de Chelsea où sa production offensive fut quasiment inexistante. Propos recueillis par Pierre BilicLa Liga est victime de L'ESPAGNOLISATION de son jeu.