Jour de match à Sclessin, les abords du Stade Maurice Dufrasne se remplissent. Pourtant, il reste des places de parking libres dans les rues avoisinantes. On peut même se frayer un chemin rue de la Centrale sans jouer des coudes. Le Covid-19 a changé les habitudes, cela ne fait aucun doute. Les dernières mesures de huis clos n'ont pas encore été annoncées et de nombreux supporters sont donc présents, pour soutenir leur équipe et combler un manque. Pour les plus acharnés, l'absence de matches a été un véritable déchirement. Pour leur plus grand plaisir, ils ont pu revenir au stade pour quelques rencontres, mais ça n'a pas duré. Pour l'ambiance de stade, on repassera. Parce que rien ne ressemble moins à un stade plein qu'un stade à deux tiers vide.
...

Jour de match à Sclessin, les abords du Stade Maurice Dufrasne se remplissent. Pourtant, il reste des places de parking libres dans les rues avoisinantes. On peut même se frayer un chemin rue de la Centrale sans jouer des coudes. Le Covid-19 a changé les habitudes, cela ne fait aucun doute. Les dernières mesures de huis clos n'ont pas encore été annoncées et de nombreux supporters sont donc présents, pour soutenir leur équipe et combler un manque. Pour les plus acharnés, l'absence de matches a été un véritable déchirement. Pour leur plus grand plaisir, ils ont pu revenir au stade pour quelques rencontres, mais ça n'a pas duré. Pour l'ambiance de stade, on repassera. Parce que rien ne ressemble moins à un stade plein qu'un stade à deux tiers vide. À quelques minutes du coup d'envoi, certains tentent vaille que vaille de lancer des chants. En vain. Les supporters doivent arriver à des moments différents et par des endroits distincts, au beau milieu d'un labyrinthe de barrières nadar, pour éviter les attroupements. Difficile de donner de la voix dans ces conditions. À l'entrée du stade, pas de file, pas de fouille, mais du gel hydroalcoolique et des marquages au sol rappelant le contexte. Dans les tribunes, de la musique, des applaudissements, mais peu de chants. En fermant les yeux, on pourrait se croire dans beaucoup de stades du Royaume, mais pas à Sclessin. L'absence des Ultras Infernos et du PHK se fait sentir, l'ambiance en a pris un coup, mais paradoxalement ça ne semble pas influer sur la bande à Philippe Montanier. Dans le vide, les dribbles de Mehdi Carcela résonnent deux fois plus fort, autant que les passes tranchantes de la nouvelle coqueluche Nicolas Raskin, ou que les réflexes d' Arnaud Bodart. Mais ça reste différent. Le "Aux Armes" sonne creux, les tambours sont au garage, les bières ne coulent plus à flots. Il règne un parfum étrange, loin de l'émotion habituelle qui baigne Sclessin. Il suffit de dézoomer pour s'en rendre compte. À quelques kilomètres de là, les cafés longeant la gare des Guillemins ont d'abord fait salle vide, avant de se retrouver fermés, contraints et forcés. Les caisses pleines et les hurlements d'après-but ont fait place aux portes closes et aux devantures tirées. Autant que les traits de ces patrons de débits de boissons, qui voient les recettes d'ordinaire si gourmandes lors des soirées d'après-match s'envoler. L'amour des Rouches n'a pas disparu. Le Standard colle au coeur de ses supporters comme un sol de fin de soirée dans le Carré. Même loin de l' Enfer de Sclessin, certains ont donc décidé de vivre leur passion à fond. Mais pas comme avant. En temps normal, la vie des Ultras est rythmée en fonction du Standard. Voués corps et âme à leur club, ils organisent leur agenda pour soutenir leurs couleurs. Tifos, présence aux entraînements et réunions pour préparer les déplacements font partie de leur quotidien. Mais tout ça, c'est fini. Cette saison, les Ultras Infernos et le PHK sont absents, préférant attendre un hypothétique retour complet du public pour revenir garnir les gradins. Ce n'est pas pour demain. Ils n'oublient pas leur blason pour autant. Le 4 octobre dernier, par exemple, ils se manifestaient en accompagnant le car pour son départ vers Charleroi, donnant le coup de boost nécessaire pour que les Liégeois s'imposent en terres ennemies (1-2). En août, ils avaient déjà été communier avec les joueurs après la réception du Racing Genk. En temps normal, à Sclessin, on croise des dizaines de groupes d'amis. Certains viennent entre eux, d'autres font partie d'un club de supporters grâce auquel ils se retrouvent et rencontrent de nouveaux compagnons partageant la même passion. Tous ne viennent pas pour le match, mais pour un moment d'échange. Problème, le Covid est antisocial. Et ne s'encombre pas de sentiments. "Pour nous, le principal, ce n'est pas nécessairement le match, même si ça joue énormément sur l'ambiance et notre humeur. Non, le plus important, c'est d'être avec nos amis et d'en rencontrer plein d'autres. C'est ce qu'on aime le plus", raconte Timothée, abonné depuis trois ans. "Être supporter des Rouches, c'est une véritable identité. Ça rassemble", ajoute Pierre, habillé de son peignoir aux couleurs de l'équipe, avant la rencontre face au Club Bruges. Et ça rassemble encore malgré la crise. Les Liégeois se rencontrent, se découvrent, célèbrent ou se consolent. Ensemble, mais à distance, donc. À ce moment-là, le mètre cinquante est toujours de mise. Aujourd'hui, les stades sont à nouveau vides, et le vécu encore bien différent. Une grosse déception qu'il faut apprendre à digérer. Encore une fois. Il n'y a pas qu'autour du Stade Maurice Dufrasne que l'atmosphère a changé. Dans le centre de Liège aussi. Alors qu'habituellement, on voit défiler les bonnets et écharpes rouges et blancs dès la fin des nonante minutes, c'est désormais le calme plat. Les rues du centre sont désertes, tristes et silencieuses, alors que les résultats de l'équipe mériteraient une belle liesse populaire. Rien n'est plus pareil. Mais les supporters rencontrés restent philosophes. Les anciens arborent des vareuses aux noms de Régis Genaux, Michaël Goossens ou Philippe Léonard. Ceux-là en ont vu d'autres. Ils ont connu les années noires, le quart de siècle sans titre, le Covid aujourd'hui. Ludovic, abonné depuis quinze ans, adore cet aspect traditionnel, très propre aux Rouches: "Le Standard, ce sont des traditions familiales que l'on honore. Et c'est un gage de qualité, car on sait qu'il n'y aura pas de faux supporters, l'amour du club est présent depuis l'enfance", explique-t-il. "Aujourd'hui, la plupart des jeunes sont fans de Messi ou Ronaldo parce qu'ils les voient à la télévision. Nous, on est tombés amoureux du Standard en venant au stade avec nos parents, et ça rend la ferveur plus belle." Cette tradition, elle ne faiblira visiblement pas avec la deuxième vague, peu importe la présence ou non au stade et les résultats de l'équipe qu'ils aiment tant. Les supporters les plus acharnés continuent aussi à faire des sacrifices pour leur équipe, même s'ils ne le voient pas comme tel. "À la police, on est mieux payés le week-end, mais moi, je préfère prendre congé pour aller voir le Standard, que ce soit à domicile ou à l'extérieur. Je suis le seul dans mon équipe à ne pas vouloir travailler les jours de matches", explique, décidé, Jérémy, supporter des Rouches depuis ses sept ans. Crise sanitaire ou non, Liège a décidé de vibrer jusqu'au bout. En silence parfois, à distance souvent, mais avec le coeur, toujours.