Depuis plus de 20 ans, on se moquait des supporters du Standard : un public de loosers, des gars qui s'enflammaient pour une équipe passant presque systématiquement à côté de ses objectifs.

Pierre François : On entendait partout que le Standard avait l'habitude de se prendre les pieds dans le tapis en arrivant à la dernière marche. Mais depuis quelques années, ce club était de moins en moins un looser : il devenait de plus en plus un outsider. Et je ne suis pas étonné que notre titre ait suscité un enthousiasme pareil. Dans ma jeunesse, si Raymond Poulidor avait gagné une seule fois le Tour de France, on en aurait plus parlé que de la cinquième victoire de Jacques Anquetil. Parce que la fête est encore plus belle quand l'attente a été longue. L'outsider qui passe enfin devant, c'est superbe. De plus, le scénario était extraordinaire : champions chez nous, après juste 25 ans, contre Anderlecht, l'année de son centenaire et avec deux buts de Dieumerci Mbokani, un ancien Mauve.
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Pierre François : On entendait partout que le Standard avait l'habitude de se prendre les pieds dans le tapis en arrivant à la dernière marche. Mais depuis quelques années, ce club était de moins en moins un looser : il devenait de plus en plus un outsider. Et je ne suis pas étonné que notre titre ait suscité un enthousiasme pareil. Dans ma jeunesse, si Raymond Poulidor avait gagné une seule fois le Tour de France, on en aurait plus parlé que de la cinquième victoire de Jacques Anquetil. Parce que la fête est encore plus belle quand l'attente a été longue. L'outsider qui passe enfin devant, c'est superbe. De plus, le scénario était extraordinaire : champions chez nous, après juste 25 ans, contre Anderlecht, l'année de son centenaire et avec deux buts de Dieumerci Mbokani, un ancien Mauve. Le plus important, c'est de savoir que nos jeunes ont grandi vite parce qu'ils ont côtoyé des stars du niveau de Sergio Conceiçao, Milan Rapaic et Jorge Costa. Parmi chaque joueur champion, on retrouve aujourd'hui un peu de Conceiçao. Et on ne peut pas oublier tout ce qu'il nous a apporté. La hausse du nombre de spectateurs, il y est pour quelque chose. Son Soulier d'Or a aussi été une bonne chose pour le Standard. Il nous a permis de vendre beaucoup de vareuses. Et il y avait cette communion avec le public : Conceiçao a un esprit frondeur, un peu liégeois, et c'est pour cela aussi que la sauce a vite pris. Dans le passé, on disait que la population du centre-ville et les classes moyennes allaient au FC Liège pendant que les ouvriers de Cockerill venaient au Standard. C'est clair qu'il y a toujours beaucoup d'ouvriers chez nous aujourd'hui. Mais Sclessin n'est quand même pas Calcutta, hein ! Nous attirons des catégories sociales variées, beaucoup de cadres, des étudiants en médecine, etc. Mais aussi énormément de femmes et d'enfants. Cela ne me dérange pas qu'on parle d'un public prolétaire mais je connais les valeurs de nos supporters. Chez nous, il n'y a pas de hooliganisme et les thèses racistes sont bannies. Nous avons pu enlever les grillages, et dès la saison prochaine, les filets placés derrière les buts disparaîtront aussi. C'est la preuve que tout se passe bien, dans une atmosphère de grande sécurité. La fidélité est une autre grande satisfaction. En 5 ans, nous sommes passés de 14.000 à 25.000 spectateurs de moyenne, de 8.000 à 20.000 abonnés - parce que nous avons choisi de plafonner à ce nombre. Imaginez-vous cela dans n'importe quel autre club qui est à la poursuite du titre depuis 25 ans et passe chaque fois à côté ? Certains cherchent sans doute la récupération, mais il y a aussi les supporters de toujours, qui n'ont pas attendu le match du sacre pour venir. Ceux-là étaient aussi chez nous contre Roulers et St-Trond. Nous avons accueilli beaucoup de politiciens cette saison, c'est clair. On a même dit que le gouvernement s'était formé ici. Mais le Standard ne fera jamais de politique. Nous refusons de louer nos salles pour des réunions politiques et il est hors de question que le coup d'envoi d'un match soit donné par un politicien. Pour ce qui est de Michel Daerden, il est seul maître de l'image qu'il donne. Ce n'est pas l'image du Standard, c'est la sienne et rien que la sienne. Ce n'était peut-être pas nécessaire qu'il fasse la chenille sur le podium après le match contre Anderlecht, mais c'est plus le supporter que l'homme politique qui parlait... Il y avait déjà beaucoup de bons joueurs qui voulaient venir. Le titre va peut-être encore nous aider dans ce sens. Les footballeurs de très bon niveau voient que notre club a désormais une image très positive. Il n'est plus considéré comme un hall d'import-export. Ils savent aussi que, si nous sommes très durs dans les négociations, nous respectons toutes les clauses des contrats. Dans le milieu, on est également conscient que le Standard est synonyme de gestion saine et de projet d'avenir. C'est l'un des trois clubs belges constitués en société anonyme, donc avec des comptes transparents. Depuis 2003-2004, nous avons un cash-flow positif, donc plus de recettes que de dépenses. Tout cela se sait. Quand il est venu chez nous, Steven Defour savait qu'il ne signait pas dans le club champion mais il savait ce qu'il voulait et ce qu'il faisait. Bruges et Anderlecht ont été les premiers à nous féliciter. A côté de cela, il y a les propos dans la presse d'un homme comme Jos Vaessen, qui refuse d'y passer à son tour. Quelle tristesse ! C'est même scandaleux. Il ne digère toujours pas le transfert de Steven Defour. De l'étranger, nous avons reçu notamment des félicitations de la direction de l'AC Milan. Le Standard a aussi fait la Une sur Europe 1. Et Aragon Espinoza est apparu en première page d'un journal équatorien. L'affaire est toujours pendante ( ndlr : en Cassation), mais elle est sans rapport avec le Standard. Il y a une enquête ici depuis 2003 et ça n'a rien donné. De toute façon, Lucien D'Onofrio tomberait dans les limites de la non-exécution de la peine. On ne peut donc pas parler d'emprisonnement. C'est incroyable, comme on continue à lui envoyer des vannes dans la presse alors qu'il a déjà tellement dégusté. Son procès à Marseille a déplacé plus de journalistes belges que le procès Fourniret ! Si vous me parlez d'image de Lucien D'Onofrio, je vous pose une question : pourriez-vous me trouver un autre dirigeant belge capable d'amener Zinédine Zidane dans un de nos stades ? par pierre danvoye - photo: belga