"A part Dortmund, je ne connais aucun autre stade comparable à celui du Standard : Sclessin est unique en son genre ", avance Frédéric Waseige. Notre chroniqueur, journaliste à BeTV, sait évidemment qu'il y a des enceintes plus vastes à travers toute l'Europe, certainement dans les grands championnats, mais, pour lui, la ferveur liégeoise est différente, plus authentique, chaleureuse mais exigeante pour tout le monde, surtout pour ses joueurs.
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"A part Dortmund, je ne connais aucun autre stade comparable à celui du Standard : Sclessin est unique en son genre ", avance Frédéric Waseige. Notre chroniqueur, journaliste à BeTV, sait évidemment qu'il y a des enceintes plus vastes à travers toute l'Europe, certainement dans les grands championnats, mais, pour lui, la ferveur liégeoise est différente, plus authentique, chaleureuse mais exigeante pour tout le monde, surtout pour ses joueurs. " Certains arbitres ont, je le pense sincèrement, été les innocentes victimes de la psychose de Sclessin. Ils y perdent une partie de leurs moyens contre une foule qui ne les ménage pas. Pourquoi les ménagerait-elle puisqu'elle ne ménage personne. Même pas ses propres joueurs. Car le Standard, s'il a le meilleur des publics a aussi un des publics les plus exigeants. On applaudit vite. Mais on hue vite, aussi. Les supporters sont fidèles.... jusqu'à la mort mais tant qu'ils sont bien vivants, ils en veulent pour leur argent. " Qui a dit cela ? Qui a si bien cerné le profil des apôtres de Sclessin ? Guy Luzon après une éruption du plus grand volcan de Belgique ? Jelle Van Damme ou Igor De Camargo qui ont l'art de communier avec cette foule en délire ? A moins que ce soit l'enfant du pays, amoureux de Sclessin, Julien De Sart ?Adulés ou rejetés, Michel Preud'homme, Tomislav Ivic, Lucien et DominiqueD'Onofrio,Laszlo Bölöni, Mircea Rednic ou Roland Duchâtelet ont-ils signé ces pensées très actuelles ? Non, elles datent de 1970 et sont extraites d'un livre à succès du regretté Raymond Arets, journaliste et chantre des Rouches et de Sclessin : " Standard, le grand défi ". L'histoire se répète donc depuis des décennies au pied des hauts fourneaux, de la fumée jusqu'aux naseaux, qui ont forgé le décor rouche. MPH connaît les bruits et les odeurs de cet endroit vénéré par les ouvriers. Il sait que ces gens-là ont domestiqué le feu pour produire de l'acier. Et le seul football qu'ils aiment s'obtient à la sueur de son front. Le douzième homme jouera un rôle essentiel à Sclessin lors de la visite du Club Bruges d'abord, puis de Genk en clôture des PO1. Cette passion est-elle différente par rapport à autrefois, oppressante pour l'adversaire mais parfois paralysante pour ses propres troupes ? Sclessin passe-t-il moins souvent le mur du son qu'avant ? " Non, je ne crois pas : c'est la même chose qu'il y a quelques années ", signifie Philippe Albert (BeTV). " C'est un public de passionnés. J'adorais jouer à Sclessin. Cette ambiance me boostait. Et, une fois sur le terrain, je n'entendais plus rien. Le stade pouvait exploser comme une bombe, cela ne me perturbait pas car j'étais totalement concentré sur mon match. " Frédéric Waseige connaît d'anciens Sang et Marine qui " faisaient dans leur pantalon en mettant le pied sur la pelouse de Sclessin ". Il en sourit encore : " Cette arène a de quoi faire peur. C'est le seul stade où j'ai reçu un " jambon fromage " sur la tête. A l'époque, et c'était formidable, le FC Liégeois avait pris la place du Standard en tant que numéro 1 de la Cité Ardente et de la Wallonie. Cela a duré trois ou quatre ans. Le public de Sclessin chante durant 90 minutes. On parle sans cesse de Liverpool, où je commente souvent des matches, et de l'atmosphère propre à Anfield Road. Je dépose le micro quand le kop et tout le stade chantent un émouvant " You'll never walk alone " avant le début de chaque mi-temps. J'en ai la chair de poule. Mais entre les deux interprétations du tube, le public vit le match mais ne chante plus. Au Standard, le stade se casse la voix durant 90 minutes et plus : cela m'épate à chaque fois. " Président de la Famille des Rouches, Eddy Janssis continue sur cette lancée : " Quand le Standard s'est rendu à Liverpool et à Everton, ses supporters ont créé l'ambiance : on n'entendait qu'eux. C'était fabuleux. Notre stade assumera son rôle dans la bataille pour le titre. Nos adversaires ne disposent pas d'un tel atout. On l'a vu contre Zulte Waregem. Et ce sera très chaud face à Bruges. " Vendredi passé, il aura quand même fallu patienter 63 minutes avant que Sclessin se saoule de ses refrains habituels. Le PHK donna le ton, avec son fameux Aux Armes, suivi par les Ultras Infernos qui ne demandaient pas mieux. Emmenez-moi au bout de la terre, emmenez-moi au pays des merveilles, il me semble que la misère serait moins pénible au soleil. C'était la " feest " d'un public rassuré après la défaite à Anderlecht. " Jelle Van Damme avait harangué la foule avant le match ", explique Nadine Descendre des RedChampions. " Le public de Sclessin l'adore car il mouille toujours son maillot, que cela rigole ou pas. Sclessin, c'est de la dynamite mais ce sont les joueurs qui y mettent le feu. Ici, les supporters exigent une équipe volontaire, qui porte au plus vite le danger dans le camp adverse. L'attentisme et les chichis, ça ne passe pas la rampe à Sclessin. Le Standard a déjà réussi un magnifique parcours cette saison mais, à côté de belles périodes, il y a eu des moments plus fragiles. Là, j'ai senti que le soutien était différent. Les supporters sont quand même de plus en plus exigeants. La victoire est indispensable. Des membres de notre club de supporters sont proches du Hell Side, des Ultras Infernos et du PHK. Leurs avis sont partagés et, en gros, ils estiment que Sclessin brûle de la même façon qu'avant mais il ne faut pas oublier que le stade avait une capacité de 42.000 spectateurs durant les années 60 pour 28.000 actuellement. Les époques ne sont plus les mêmes. Les mentalités ont changé. Les supporters sont à l'image de leur époque. " Même si les loges sont bien garnies, le Standard est d'abord le club des masses populaires. " Sans elles, il n'y aurait pas d'Enfer de Sclessin ", note Janssis. " Il y a 20 ou 30 ans, un match ne se prolongeait que durant la.... troisième mi-temps. En 2014, c'est différent : les réseaux sociaux permettent de multiplier les discussions et les échanges d'idées entre les supporters. Le Standard est encore plus présent qu'avant dans leur vie. Sclessin est et reste un enfer. " Ancien du Standard et consultant de Telenet, Eddy Snelders adore revenir à Sclessin : " Je ne connais aucun stade belge qui vibre autant " dit-il. " C'est magnifique, mais une poignée de supporters exercent parfois une pression inouïe sur la direction. Moi, je n'avais jamais vécu cela en tant que joueur du Standard. " Arrière central de Zulte Waregem, Karel D'Haene a connu des assemblées torrides à l'Antwerp et à Trabzonspor en Turquie. L'Enfer de Sclessin l'a-t-il impressionné vendredi passé ? " Oui, car Sclessin intimide le plus en Belgique. C'est le plus imposant de nos stades avec des tribunes très raides comme celle du côté de l'ancien terril. Je n'ai pas le sentiment que l'atmosphère est moins enfiévrée qu'autrefois. Au contraire. J'apprécie cette ambiance qui me motive. Zulte Waregem est reçu plus chaudement qu'avant car Sclessin nous considère désormais comme un grand rival. " René Hauss (1927-2010), coach de 1968 à 1973, avec trois titres à la clé (1968-69, 1969-70, 1970-71) déclara un jour : " J'ai trouvé à Sclessin une ambiance assez chaude et spontanée, comme je n'en n'ai jamais connue. J'y ai eu quelques accrochages sérieux mais cela fait partie du métier. De toute façon, j'ai toujours dit ce que je pensais à n'importe qui. C'est la seule manière d'avoir la conscience tranquille. Je n'ai pas toujours compris le public de Sclessin. J'ai eu l'impression qu'il était noyauté par les supporters de la victoire. Moi aussi, j'ai dû apprendre à perdre et c'est très dur. Mais le football n'est qu'un jeu. Et, à ce jeu-là, tout arrive. Mais bon Dieu, comme ce public est difficile à contenter ! Il flambe vite, mais qu'un de ses joueurs favoris ne s'avise pas de rater une passe, il prend directement une volée de bois vert. Je voudrais bien que les supporters comprennent qu'à certains moments, l'essentiel c'est simplement de gagner. " La victoire a parfois été le seul objectif de Hauss. Ce sera le cas pour Luzon et Preud'homme lors du prochain Standard-Club Bruges. Le gain des trois points est obligatoire à ce stade de la compétition. Malheur aux vaincus. Le Club Bruges tremblera-t-il dans les feux de l'Enfer de Sclessin ? L'obligation de gagner dans son antre tétanisera-t-elle les Liégeois ? Carl Hoefkens a fêté la conquête d'un titre au Standard avec le Lierse et y est régulièrement revenu avec l'équipe lierroise ou quand il portait le maillot du Club Bruges. Il ne faut pas lui faire un dessin : Hoefkens sait évidemment que les Brugeois seront reçus avec tous les honneurs. " Pour moi, l'ambiance est plus vive qu'il y a 10 ans " dit-il. " C'est méga-chaud, le top en Belgique avec Bruges. Au Standard, les supporters vivent le match à l'italienne avec les superbes tifos. A Bruges, les accents sont plus britanniques. Quand l'équipe ne répond pas à l'attente, le public de Sclessin le fait savoir à ses joueurs et c'est dur aussi pour l'adversaire. J'ai vu des images des différends entre des supporters et la direction en début de saison. C'est très motivant de jouer dans ce stade. L'ambiance est redoutable en début de match, cela vous prend même à la gorge mais cela disparaît au fil des minutes. En tant qu'adversaire, je ne me suis jamais senti menacé à Sclessin. " Ivica Mornar qualifié de " Judas " et Milan Jovanovic, eurent tout le stade sur le dos lors de leur retour à Sclessin avec Anderlecht. Le public n'épargne personne, ni coaches ni vedettes. Michy Batshuayi en sait quelque chose. Sclessin aime bien mais châtie bien quand son attaquant le plus doué cède à la facilité ou la joue perso. Légende vivante du Standard, où il ne rate jamais un match,Wilfried Van Moer a vécu les mêmes problèmes que Michy lors de sa première saison au Standard en 1968-69. Il en parla dans un de ses livres, Numéro 8 : " Mon premier match de championnat sous les couleurs du Standard eut lieu contre l'Union Saint Gilloise : 5-1 ! Dès que le jeu ralentissait, le public se mettait à battre des mains. Les spectateurs n'épargnaient même pas Erwin Kostedde et Antal Nagy qui avaient marqué respectivement trois et deux goals. Le public de Sclessin est particulièrement exigeant et versatile. Il vous adore et vous brûle tout aussitôt. En fin 1970-71, après une victoire au Club Bruges 2-3, où j'avais fourni le plus beau match de championnat de ma carrière, le public de Sc1essin épia le moindre de mes gestes. Il me considéra comme le principal responsable de la défaite qu'Anderlecht nous infligea le week-end suivant. A un moment donné, excédé par les cris d'hostilité à mon égard, je me suis dirigé vers le banc dans l'intention bien arrêtée d'abandonner la partie. Paul Van Himst me barra la route et m'adressa quelques paroles qui me calmèrent : -Mon vieux, je comprends ton état d'esprit, j'ai eu la même mésaventure. Ils te porteront dans une semaine ou deux. " Van Moer mit le public dans sa poche en lui offrant le titre cette saison-là. : Batshuayi sait ce qu'il lui reste à faire dans l'Enfer de Sclessin...?PAR PIERRE BILIC ET GEERT FOUTRE - PHOTOS : BELGAIMAGE" J'adorais jouer à Sclessin, son ambiance me boostait. " Philippe Albert