Le football belge traverse, décidément, une période noire. Les Diables Rouges ayant été éliminés de la Coupe du Monde 2006, les amateurs de football avaient reporté tous leurs... espoirs sur les -21 ans. Et ces espoirs-là aussi ont été déçus, de la manière la plus improbable qui soit. On pensait que le plus difficile avait été fait avec la victoire 2-3 à Mariupol. A 1-0, mercredi passé à Lokeren, on se disait qu'il ne pouvait quasiment plus rien arriver. Mais, à l'heure de jeu, après la sortie du médian MaartenMartens fatigué, on a senti que les Diablotins perdaient le fil. Il n'y avait plus de lien entre la défense et l'attaque. A 1-1, le doute s'est installé. A 1-2, davantage encore. Dans les arrêts de jeu, c'était carrément la panique. Le coup de massue est tombé après 92 minutes et 39 secondes, alors que le quatrième arbitre avait montré trois minutes de temps supplémentaire. A 1-3, le ciel leur est tombé sur la tête.
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Le football belge traverse, décidément, une période noire. Les Diables Rouges ayant été éliminés de la Coupe du Monde 2006, les amateurs de football avaient reporté tous leurs... espoirs sur les -21 ans. Et ces espoirs-là aussi ont été déçus, de la manière la plus improbable qui soit. On pensait que le plus difficile avait été fait avec la victoire 2-3 à Mariupol. A 1-0, mercredi passé à Lokeren, on se disait qu'il ne pouvait quasiment plus rien arriver. Mais, à l'heure de jeu, après la sortie du médian MaartenMartens fatigué, on a senti que les Diablotins perdaient le fil. Il n'y avait plus de lien entre la défense et l'attaque. A 1-1, le doute s'est installé. A 1-2, davantage encore. Dans les arrêts de jeu, c'était carrément la panique. Le coup de massue est tombé après 92 minutes et 39 secondes, alors que le quatrième arbitre avait montré trois minutes de temps supplémentaire. A 1-3, le ciel leur est tombé sur la tête. " C'est le pire scénario que peut vivre un footballeur ", témoigne Jean- FrançoisdeSart, qui s'efforçait de se montrer digne mais dont la déception était perceptible. " On a vécu 18 mois formidables avec ce groupe, on a touché la récompense du doigt, elle se trouvait là sur la table et elle est tombée au moment où l'on s'apprêtait à la prendre. C'est surtout très dur pour les joueurs. J'espère que cette seule défaite en deux ans n'effacera pas tout le travail accompli précédemment ". Les Espoirs ont, effectivement, fait mieux que les Diables Rouges. D'abord, ils ont terminé en tête de leur groupe, devant la Serbie & Monténégro et l'Espagne, sans avoir concédé la moindre défaite. Ils ont, aussi, atteint le top 16 européen. Et s'ils n'ont pas intégré le top 8, c'est en partie parce que la formule de la compétition impose également aux premiers des groupes de se farcir un barrage en aller-retour. L'Ukraine est, d'ailleurs, l'un des deux deuxièmes à s'être qualifiés, l'autre étant... la Serbie & Monténégro, que la Belgique avait battu 4-0 dans ce même stade de Lokeren avec, déjà, trois buts de KevinVandenbergh. PhilippeSaint- Jean était l'assistant de Jean-François de Sart lors du Championnat d'Europe 2002, en Suisse. " Je suis très triste pour lui et pour les joueurs ", souligne-t-il. " Car toutes les conditions semblaient réunies pour se qualifier. C'est dommage pour le groupe qui a témoigné d'une belle solidarité tout au long de la campagne. Il a sans doute manqué un peu de métier aux Diablotins lorsqu'ils ont mené 1-0 et qu'ils devaient s'attendre à souffrir. Ils ont sans doute, aussi, abusé de relances à l'aveuglette mais paradoxalement, c'est alors que ThibautDetal essayait de construire qu'une perte de balle a débouché sur la contre-attaque ukrainienne qui nous a été fatale. Autre paradoxe : sur le deuxième but, on s'est fait piéger sur un corner anodin alors que l'axe central de la défense, constituée par ThomasVermaelen et NicolasLombaerts, excelle habituellement dans le jeu de tête. En ratant le Championnat d'Europe, ces joueurs loupent l'occasion d'acquérir une belle expérience internationale, d'autant que peu d'entre eux ont l'occasion de participer à des matches de Ligue des Champions. Ils avaient déjà affronté de belles équipes dans leur poule, mais l'Euro leur aurait encore apporté un surplus. Ils auraient souffert dans cette compétition, comme on avait souffert en 2002, mais cette équipe me semblait précisément prête et aurait même pu utiliser à bon escient l'arme de la contre-attaque. Un Championnat d'Europe, c'est aussi un rendez-vous privilégié pour tous les scouts internationaux. Certains perdront donc l'occasion de se mettre en vitrine. Pour certains joueurs, les expériences internationales vont s'arrêter ici. D'autant qu'en Belgique, on a tendance à négliger les Aspirants, alors qu'en France par exemple, on organise beaucoup de matches pour eux ". ArielJacobs est un autre ancien sélectionneur des Espoirs. Il veut relativiser : " Autant il n'y avait aucune raison de baigner dans une douce euphorie si l'on s'était qualifié, autant il n'y a aucune raison de verser dans le pessimisme le plus noir après cet échec regrettable. On a vanté les mérites d'une campagne en tous points encourageante. Et c'est vrai que la première place que les Diablotins avaient conquise dans leur groupe apportait un rayon de soleil. Mais je considère que les Espoirs représentent le stade ultime dans la formation d'un jeune joueur. C'est bien d'accorder de l'importance aux prestations collectives : on s'est extasié parce qu'on possédait un bon groupe, animé d'une bonne mentalité et au sein duquel régnait une bonne ambiance. C'est très beau. Cependant, ce qu'il faut se demander, c'est combien de ces jeunes ont acquis, sur le plan individuel, le bagage suffisant pour franchir le pas qui les sépare du noyau A des Diables Rouges. Et, malheureusement, à part ceux qui ont déjà été appelés par AiméAnthuenis, je n'en vois pas des masses. Une qualification pour le Championnat d'Europe n'aurait rien changé à ce constat. Je peux me tromper, évidemment. Il arrive qu'à 23 ans, certains joueurs percent alors qu'on ne s'y attendait pas, tandis que d'autres, qui avaient brillé jusque-là, se perdent dans la nature. Car on va, maintenant, tester leur solidité mentale. Ils vont entrer dans la catégorie adulte, être confrontés à la pression, à l'obligation de résultats, au fait de se retrouver sur le banc alors que jusqu'ici, ils avaient toujours joué, du moins en équipes de jeunes, et souvent avec une certaine facilité. Leur capacité à se remettre de la gifle reçue mercredi passé constituera aussi un signe. C'est là qu'on verra les plus forts, ceux qui seront capables de surmonter cette déception pour se remettre en question. Sur le long terme, cette épreuve peut leur être salutaire. Sur le coup, bien sûr, c'est dur. Certains mettront des jours, voire des semaines, à effacer les traces de cet échec. La frustration ressurgira encore en mai, lorsqu'ils verront les Ukrainiens au Championnat d'Europe et s'imagineront à leur place. Mais c'est encore plus dur à digérer pour les entraîneurs. Car, au contraire des joueurs qui ont déjà rejoint leur club et joué des matches de championnat, ils restent seuls avec cet échec et risquent de le ressasser longtemps ". Pour la prochaine campagne, les Espoirs devront donc puiser dans le réservoir des -19 et -20 ans. " Oui et non ", rétorque MarcVanGeersom, l'entraîneur de ces deux catégories. " Les éliminatoires du prochain Championnat d'Europe se disputeront avec des joueurs venus au monde en 1984, 1985 et 1986. Seuls ceux nés en 1983 en ont terminé avec les Espoirs. Ils sont rares, et parmi eux, Kevin Vandenbergh et Silvio Proto ont déjà intégré les Diables Rouges. La grosse majorité des joueurs qui ont affronté l'Ukraine la semaine dernière a l'âge requis pour continuer en -21 ans. La sélection sera sans doute complétée par quelques éléments qui évoluent actuellement en -20 ans et qui, mardi passé, ont disputé une rencontre amicale face à l'Angleterre à Wavre (0-2). Certains sont très proches des Espoirs et ne dépareraient pas dans la catégorie supérieure. Je songe en particulier à JeroenSimaeys de Saint-Trond et à PacoSanchez de Mouscron. L'élimination de mercredi passé est évidemment regrettable, car on semblait avoir toutes les cartes en mains pour se qualifier. On a eu une nouvelle fois la preuve qu'un match n'est jamais fini avant le coup de sifflet final. On rate l'occasion de participer à un beau tournoi, mais sur le fond, cela ne change pas grand-chose à la politique de formation menée à l'Union Belge ". Cette continuité dans le noyau des Espoirs est confirmée par Jean-François de Sart. " D'autant qu'il y aura déjà un nouveau Championnat d'Europe en 2007. L'UEFA a, en effet, décidé de fixer les phases finales durant les années impaires, afin d'éviter qu'elles soient éclipsées par une Coupe du Monde ou un Championnat d'Europe A. La saison prochaine sera transitoire, avec un système de qualification express : 14 groupes de 3 équipes, et deux matches seulement (un à domicile et un en déplacement) débouchant sur la qualification du premier de chaque groupe pour les barrages. Les sept vainqueurs, plus le pays organisateur, formeront le plateau des participants à l'Euro 2007 des -21 ans. Une grosse partie de l'équipe actuelle continuera. Seuls Vandenbergh, Proto, MarkDeMan, BramVerbist, BenjaminDeCeulaer, JérômeColinet et PieterjanMonteyne sont nés en 1983 et auront dépassé l'âge requis. Le programme n'est pas encore fixé. On attendait, pour cela, de savoir si l'on participait à l'Euro 2006 ou pas. Mais il n'y a pas beaucoup de dates disponibles et on jouera sans doute très peu de matches durant la deuxième partie de saison ". De Sart se remet progressivement de la déception : " Jusqu'à mercredi passé, tout le monde avait vanté la qualité de cette équipe Espoirs ", relève-t-il. " C'est effectivement la meilleure génération avec laquelle j'avais travaillé jusqu'ici. Techniquement, elle est très forte, et cela a sans doute un rapport avec le fait que plusieurs éléments ont été formés aux Pays-Bas, mais pas uniquement : GuntherVanaudenaerde, formé à Bruges, a aussi une très bonne technique et est capable de jouer des deux pieds. J'espère qu'on ne retiendra pas uniquement le match de mercredi car, dans l'ensemble, le positif domine ". Beaucoup de personnes ont difficilement compris le remplacement de Martens. C'est à ce moment-là que les Diablotins ont perdu le fil du match. de Sart estime que ce choix se justifiait : " Déjà, en première mi-temps, ce n'était pas le Maarten Martens que j'avais connu précédemment. Et, en début de deuxième mi-temps, il a perdu plusieurs ballons d'affilée. C'était le signe qu'il commençait à être émoussé. Je savais que quelques joueurs risquaient de ne pas tenir 90 minutes : Benjamin De Ceulaer, MohamedMessoudi (qui revient de blessure), FarisHaroun (qui joue peu à Genk) et lui. Des solutions avaient été prévues. Si l'on n'avait plus vu d'actions après le remplacement de Maarten, on aurait pu dire que j'ai effectué un mauvais changement. Mais ce n'était pas le cas : il y a encore eu quelques diversions, qui n'ont malheureusement pas abouti ". Durant la campagne, Maarten Martens a toujours été titulaire mais a souvent dû être remplacé. Parfois pour des raisons tactiques, mais le plus souvent pour un problème physique. " Dans le dernier quart d'heure, effectivement, il éprouve des difficultés ", confirme de Sart. " Il joue tous les matches avec le RKC Waalwijk et aurait besoin de souffler. Mais il a été un excellent capitaine ". Une bonne question pour un quiz : quel est le seul joueur qui a disputé l'intégralité de la campagne ? PieterjanMonteyne, l'arrière gauche du Germinal Beerschot. Parce qu'il est très fort ou parce que le football belge n'est pas très riche en arrières gauches ? " D'abord, parce qu'il est très régulier, rarement blessé et n'a jamais déçu ". DANIEL DEVOS" ON A ÉTÉ TRÈS ÉLOGIEUX. J'ESPÈRE QU'ON RETIENDRA LE POSITIF ET PAS UNIQUEMENT LE DERNIER MATCH " (JEAN-FRANÇOIS DE SART)