Rares sont les heures qui passent sans que Mehdi Bayat ne doive porter son téléphone à l'oreille. Au bout du fil, la conversation ne se déroule pas toujours en français. " En ayant des origines iraniennes, je suis extrêmement sollicité par des agents iraniens ", explique l'homme fort du Sporting carolo dans les colonnes de L'Écho.
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Rares sont les heures qui passent sans que Mehdi Bayat ne doive porter son téléphone à l'oreille. Au bout du fil, la conversation ne se déroule pas toujours en français. " En ayant des origines iraniennes, je suis extrêmement sollicité par des agents iraniens ", explique l'homme fort du Sporting carolo dans les colonnes de L'Écho. L'administrateur-délégué des Zèbres avait pris l'habitude, au fil des ans, de décliner poliment. Mehdi aime répéter qu'il a appris son métier en disséquant minutieusement les erreurs de son oncle, et c'est dans la catégorie " fiasco " qu'il avait classé l'arrivée, au début des années 2000, de quatre Iraniens débarqués en l'espace de deux mercatos dans le Pays Noir. Avec sept buts et onze passes décisives distribués sur trois saisons, Dariush Yazdani avait été l'unique réussite sportive de cette arrivée massive, constituant un groupe à part qui ne s'était jamais vraiment adapté à la réalité carolo. La mentalité du footballeur iranien était alors pointée du doigt. Une impression qui a suivi Mehdi Bayat pendant longtemps, l'incitant même à décliner les nombreux appels du pied de son père, Nader Bayat, grand amateur de football et spectateur attentif du championnat iranien, où il décèle régulièrement des talents prometteurs. Le patron du Sporting finit par céder devant l'insistance paternelle, et demande à Miro Linari, ami de Felice Mazzù et scout favori des Zèbres, d'observer ce fameux Kaveh Rezaei dont son père parle si souvent. Les rapports, rendus après une analyse détaillée du joueur via des vidéos compilées sur Wyscout, sont plus que positifs : l'Iranien est l'attaquant parfait pour Felice Mazzù, à condition qu'il parvienne à s'adapter au rythme du championnat belge. Dès les matches amicaux de préparation, l'attaquant, pourtant encore incapable de parler un mot de français, semble épouser sans grande difficulté les consignes de son entraîneur. Loin des clichés restés dans les mémoires carolos, imaginant l'Iranien talentueux et nonchalant comme ses prédécesseurs dans le Pays Noir, Kaveh avale les kilomètres comme un soldat sans oublier de finir le travail dans le rectangle. Le portrait de Kaveh Rezaei ressemble à celui que Carlos Queiroz, sélectionneur de la Team Melli, dresse du footballeur-type iranien pour le quotidien espagnol El País : " Ce sont des gens très éduqués, très sympathiques, très dévoués. Ils ont une grande ambition d'apprendre, de se développer et de jouer au football... Si tu leur demandes de passer sept heures sur le terrain deux fois par jour, ils le feront toujours avec le sourire. Ce sont des gens fantastiques en ce qui concerne le travail. " " Depuis que je suis tout petit, mon rêve était de jouer en Europe, pour découvrir quel est mon véritable niveau ", nous expliquait effectivement Kaveh Rezaei voici quelques mois, à l'occasion d'une interview. " Et je ne suis pas le seul dans le cas : en Iran, beaucoup d'autres joueurs n'attendent que ça. " Des mots qui, avant d'arriver dans nos colonnes, avaient certainement déjà atteint les oreilles de Mehdi Bayat. Acquis pour une bouchée de pain, puis coté au-delà des dix millions d'euros par le golden-boy du Pays zébré, Kaveh Rezaei a ouvert une nouvelle filière potentiellement juteuse pour les prestations sportives et les bilans comptables carolos. " On arrive à aller chercher des joueurs que d'autres ne voient pas, et qu'ils viennent ensuite payer quelques millions pour récupérer ", explique Bayat pour décrire la logique de scouting de son club. Encore négligé par une bonne partie de l'Europe, le marché iranien entre totalement dans le business-plan du Mambour. " Les Iraniens sont des gens qui voyagent beaucoup ", explique Rezaei, qui vante ainsi la facilité qu'ont ses compatriotes pour s'adapter aux réalités européennes. D'ailleurs, la plupart des clubs qui comptent un Iranien dans leurs rangs sont sur la balle pour mettre la main sur les futurs talents du pays. Sur le marché persan, les principaux concurrents de Charleroi s'appellent Ostende - où évolue Ramin Rezaeian - et l'AZ Alkmaar, qui a remporté le titre de meilleur buteur d' Eredivisie grâce au redoutable Alireza Jahanbakhsh. Vanté par Felice Mazzù, consultant pour la DH pendant le Mondial, le jeu organisé des Iraniens a failli leur offrir une place en huitièmes de finale, dans un groupe où d'aucuns leur prédisaient pourtant trois défaites en autant de rencontres face au Maroc, à l'Espagne et au Portugal. Séduit par le profil de Rezaei, l'entraîneur des Zèbres s'apprête donc à travailler avec deux Iraniens supplémentaires, attirés par le Sporting lors des derniers mois. Durant les play-offs, déjà, Ali Gholizadeh avait trouvé un accord avec la direction carolo, malgré les convoitises de l'AZ et d'Ostende. Venu en Europe pour chercher un point de chute après le Mondial - qu'il n'a pas disputé, devant se contenter du rôle de 24e homme - l'ailier au pied gauche agile était dans les tribunes du stade Constant Vanden Stock, à côté d'un certain Mogi Bayat, pour assister à un Anderlecht-Charleroi. Un match conclu par une victoire des Mauves, mais également marqué par le quatorzième but de la saison de Rezaei, son compatriote. L'accord entre le joueur et le club n'a pas tardé, et Gholizadeh débarque donc à Charleroi contre une somme avoisinant les 300.000 euros. Considéré comme l'un des plus grands espoirs du football iranien, et déjà appelé par Carlos Queiroz avant même son 21e anniversaire, Omid Noorafkan a suivi le mouvement, pour devenir le troisième joueur iranien du noyau zébré. Seuls 250.000 euros d'indemnités de formation ont dû être versés à son club d'Esteghlal, le même que celui où évoluait Kaveh Rezaei avant son arrivée à Charleroi. Mehdi Bayat rêve déjà de mettre en vitrine ses deux nouvelles recrues, espérant les voir épouser la même courbe que son attaquant de pointe au niveau de leur valeur marchande. L'adaptation sera-t-elle aussi simple ? Omid Noorafkan s'est déjà montré très impliqué depuis son arrivée, multipliant les cours de langues pour pouvoir communiquer au mieux avec ses nouveaux coéquipiers et son entraîneur. Felice Mazzù a déclaré, lors de sa première conférence de presse de la saison, s'être entretenu en anglais pendant une demi-heure avec sa nouvelle recrue. Pas sûr qu'il puisse déjà en faire autant avec Ali Gholizadeh. Contrairement à Noorafkan, l'ailier a eu un été très chargé, suivant la sélection iranienne aux quatre coins de la Russie, puisqu'il n'a pas quitté le rassemblement national malgré son absence in-extremis de la liste des 23. Gholizadeh a donc débarqué au Mambour sans parler un mot de français ou d'anglais, rendant la communication des moindres consignes tactiques très complexe. Contre Westerlo, en match amical, la présence-éclair de Mehdi Bayat, entre deux avions, a été salutaire pour assurer la traduction. Même à l'entraînement, l'explication d'un exercice peut prendre une tournure surprenante, surtout quand Kaveh Rezaei, légèrement touché en ce début de saison, est absent de la séance. Si les paroles ne sont pas encore au point, les jambes, elles, répondent présent. Lors du test VMA de début de saison, Noorafkan n'a pas fait tache, se situant plutôt dans la meilleure partie du ventre mou d'un noyau toujours très affûté physiquement. Quant à Gholizadeh, qui n'était pas encore rentré de Russie, il a directement pu prendre part aux matches amicaux à son arrivée dans le Pays Noir grâce à ses excellents paramètres physiques, transmis par le staff de la sélection iranienne à Philippe Simonin, le préparateur physique des Zèbres qui communique avec la Team Melli depuis qu'il fait ronronner le moteur de Kaveh Rezaei. Malheureusement pour les amoureux de l'adaptation-éclair, le football de Felice Mazzù se joue au moins autant avec la tête qu'avec les jambes...