Mon trou perdu

Sascha Kotysch (29) : " Mes amis et moi ne devions pas aller bien loin pour attraper des souris. Derrière chez moi, il y avait des champs. Bischheim, au sud-ouest de l'Allemagne, est un trou perdu : on n'y dénombre que 600 habitants. La ville la plus proche, c'est Kirchheimbolanden, qui ne compte que 10.000 habitants. Mais c'est bien situé : on est vite à Mannheim, Francfort, Mayence ou Kaiserslautern, où j'ai entamé ma carrière professionnelle.
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Sascha Kotysch (29) : " Mes amis et moi ne devions pas aller bien loin pour attraper des souris. Derrière chez moi, il y avait des champs. Bischheim, au sud-ouest de l'Allemagne, est un trou perdu : on n'y dénombre que 600 habitants. La ville la plus proche, c'est Kirchheimbolanden, qui ne compte que 10.000 habitants. Mais c'est bien situé : on est vite à Mannheim, Francfort, Mayence ou Kaiserslautern, où j'ai entamé ma carrière professionnelle. A Bischheim, il ne passe qu'une voiture par heure. La vie y est tranquille. Je ne pense pourtant pas que je retournerai y habiter. Je me plais énormément à Saint-Trond, la mentalité me convient. Les Trudonnaires travaillent dur et je suis le genre de joueur qui joue au caractère. Mais les gens d'ici savent aussi profiter de la vie. En Allemagne, on ne pense qu'au travail : les Allemands tiennent à leur réputation de sérieux. " " Comme prévu, Angela Merkel (du parti démocrate chrétien CDU, ndlr) a récemment remporté les élections. Mais l'extrême droite est entrée au parlement et ça fait peur. Ce n'est certainement pas une solution. L'extrême droite est surtout populaire en ex-Allemagne de l'Est, où le taux de chômage est important. C'est à cause de cela que les clubs de la région, comme le Dynamo Dresde et Hansa Rostock, ont beaucoup de hooligans. Ce sont souvent des sans-emploi qui cherchent à attirer l'attention. Ces gens affirment aussi que les étrangers prennent leur travail tandis qu'au moment de la crise des réfugiés, Merkel a dit : " Nous allons accepter les migrants ". Je trouve que c'est bien qu'un pays puisse aider les réfugiés mais il faut qu'il en ait les moyens. Peut-être l'Allemagne n'était-elle pas assez forte pour les accueillir tous. Mais Merkel devait s'exprimer en ce sens, sans quoi le monde entier allait faire référence à l'Allemagne du passé. Cela nous pend toujours sous le nez, on l'a vu lors de la crise économique en Grèce, où les journaux locaux ont représenté Merkel en nazi. " Notre passé " En Belgique, on ne m'a jamais traité de nazi. Parfois, pour rigoler, les gens disent : Attention, c'est un Allemand. Je souris mais, à vrai dire, je ne trouve pas ça drôle. Les Allemands de ma génération ne sont pas responsables du passé. Entre nous, nous n'en parlons plus. Bien entendu, nous en avons entendu parler à l'école mais quand on n'a pas vécu cela, il est difficile d'imaginer comment c'était vraiment. C'est pourquoi je suis content d'avoir connu l'oncle de ma mère, qui avait rencontré personnellement Adolf Hitler. Aujourd'hui, il est facile de dire qu'il aurait fallu être contre Hitler mais il m'a dit que ce n'était pas aussi simple : ou on était pour, ou on devait fuir avec sa famille. Il m'a raconté qu'il avait été fait prisonnier en Russie, qu'il avait parfois espéré que le type à côté de lui meurt pour pouvoir lui prendre ses bas et avoir moins froid. Quand on entend des choses pareilles, on se dit que le monde dans lequel nous vivons actuellement n'est pas si mauvais que cela. " " Tout petit, déjà, j'ai vu des cassettes vidéo de lui qui appartenaient à mon père : Franz Beckenbauer savait tout faire : défendre, monter rapidement, délivrer des passes. Aujourd'hui encore, aucun joueur allemand n'a un tel statut. Beckenbauer a mauvaise presse parce qu'il aurait acheté des voix afin que l'Allemagne puisse organiser la Coupe du monde 2006 mais 95 % des Allemands pensent que Der Kaiser n'aurait pas été capable de faire une chose pareille. " " A Saint-Trond, c'est la Chaussée d'Amour (la Nationale qui mène à Liège, avec tous ses bordels, ndlr). Bien entendu, il y a des rues comme ça en Allemagne aussi mais elles sont reléguées au fin fond de la ville. C'est mieux car comment expliquer cela à un enfant quand on passe par là ? Saint-Trond est une ville jolie, très fleurie. Pourtant, la première chose dont tout le monde parle, c'est la Chaussée d'Amour. Dommage. " KRISTOF DE RYCK