Il y a du Georges Brassens dans les refrains de la carrière sportive d' Olivier Berquemanne. Les copains, c'est important pour lui. Mons, c'est une ambiance, une chaleur et un esprit qui ont permis à des potes de passer de la D3 à la D1.
...

Il y a du Georges Brassens dans les refrains de la carrière sportive d' Olivier Berquemanne. Les copains, c'est important pour lui. Mons, c'est une ambiance, une chaleur et un esprit qui ont permis à des potes de passer de la D3 à la D1. L'atmosphère reste agréable mais est désormais plus pro, donc plus sérieuse et plus froide dans le vestiaire. "Il faut peut-être passer par là pour ne pas avoir trop de soucis en D1", remarque Olivier Berquemanne avec une petite pointe de regret dans la voix. "Je suis quand même persuadé qu'un joueur comme Dimitri Mercier aurait aussi pu nous rendre service parmi l'élite. Il a 37 ans et la direction a jugé qu'il était trop vieux. Or, il était, plus que d'autres, l'illustration de l'esprit montois. Dommage de s'être séparé de cette figure emblématique". Toujours est-il que les couleurs de l'Albert flottent sans complexe au mât de l'élite. A 32 ans, Olivier Berquemanne découvre cet univers mais n'est pas impressionné par les cracks de la série. "Certains roulent des mécaniques, jouent aux vedettes, mais leur niveau technique ou physique ne m'a pas éberlué",avance le médian défensif de l'avenue du Tir. "On fait un monde de Darko Anic, de Moreira ou de Johan Walem, très sympa, mais je ne retiens que des coups de patte, rien de plus. J'étais chargé de jouer dans leur zone. Je n'ai évidemment pas leur bagage. Moi, mon truc, c'est le boulot, l'engagement, etc. Ces trois meneurs de jeu étaient peut-être dans le creux, à l'image de leur club, mais la différence de niveau entre la D1 et la D2 n'est vraiment pas énorme. Je m'attendais à plus d'écart après tout ce que j'avais lu et entendu. Je connais beaucoup de joueurs de D2 qui, surtout par leur engagement, évolueraient sans problème au niveau le plus élevé. Mais on en parle moins car ils ne sont pas à la mode, pas portés par le prestige de la D1 ". Berquemanne est le dépositaire de cette tradition montoise qui exige de la foi, du travail, de la sueur, de l'enthousiasme. Il n'était pas cité dans la wagon des certitudes en début de saison. Pour beaucoup, il était condamné à vivre une année sur le banc. Tout comme Thaddée Gorniak. La preuve par un détail: une flotte de voitures a été mise à la disposition des joueurs. 22 véhicules pour 24 joueurs: qui a été oublié? Berquemanne et Gorniak. Les clubmen sont toujours les derniers servis, que ce soit à Mons ou ailleurs. Olivier n'en fait pas un plat. Et puis, Berquemanne tiendrait-il la route en D1? Réponse positive pour lui et pour Gorniak. Profitant des blessures de Claude-Arnaud Rivenet et d'Olivier Suray, Berquemanne marqua petit à petit son territoire. A Beveren, il était posté près de l'attaque. Contre Westerlo, il recula sur la droite de l'entre jeu devant Gorniak. Puis, lors de la visite du Standard, il fut uni à Eric Joly au centre de la ligne médiane. Là, c'était le job pour lequel il était devenu un ouvrier qualifié de l'AEC Mons. Il a convaincu Marc Grosjean, qui possède désormais pas mal de belles cartes dans sa ligne médiane. "Je profite du temps présent et je me donne à fond", avance Olivier Berquemanne. "Eric Joly dirige évidemment très bien la manoeuvre et un de ses plus grands mérites est d'être toujours disponible. C'est notre homme libre. Moi, je joue et je me place en fonction de sa position sur le terrain. Je comble les espaces qui sont désertés. C'est un travail de réglage tactique défensif que j'aime beaucoup.En D1, le rythme des entraînements est plus élevé qu'un étage plus bas. Il y ades jours où je suis content de rentrer à la maison pour me reposer. Mais, même si c'est dur, cela en vaut la peine"...Kiné à plein temps Olivier Berquemanne combine un boulot à temps plein et ses ambitions de footballeur. "Je suis kinésithérapeute ", dit-il. "Quand Jean-Claude Verbist a pris la direction du club, il m'a tout de suite dit que mon contrat devait être revu à la hausse. Je n'ai pas peur de le dire: j'avais un fixe de 750 euros par mois. Pas difficile de m'augmenter. Cela a été fait mais ce n'est pas suffisant pour faire bouillir la marmite, assurer les besoins de la famille, payer la maison que nous avons fait construire pas loin du stade, etc. Il était impératif que je continue à bosser. Le club est intervenu auprès de la Ville afin que je puisse adapter mes horaires. Je suis satisfait mais il m'arrive de jongler avec mon agenda, de voir des patients entre deux entraînements, etc. On n'a pas le temps de gamberger à ce rythme-là. On ne rumine pas, on ne se grise pas après un match car, le lendemain, il faut penser aux patients ". Il y a désormais osmose entre les anciens et les nouveaux à Mons. Au départ, on aurait pu croire que les héros de D2 seraient balayés par l'armada de nouveaux joueurs. Marc Grosjean a trouvé les bons alliages. "Je suis content de la réaction du noyau de la saison passée", avance Olivier Berquemanne. "C'est la preuve qu'il y avait de la qualité et du coeur en D2." Oli est fier des copains d'alors... Avant de recevoir la visite de l'Antwerp, Mons avait intéressé les spectateurs par la qualité de son jeu. Un problème cependant: les Dragons n'avaient inscrit que quatre buts en cinq matches, dont trois des pieds d''Eric Joly. Là, il s'agira de remettre l'ouvrage sur l'établi. "Pourtant, là aussi, je crois que nous sommes dans le bon", prétend Olivier Berquemanne. "A Gand, par exemple, nous avons obtenu beaucoup de ballons très chauds dans le rectangle adverse. Avec un zeste de chance, nous aurions pu tuer le match et éviter le retour, puis le succès des Buffalos. Nous devons encore apprendre le réalisme. Mais on tient déjà la route, c'est certain..."Les copains d'alors Un constat que le Dragon n'aurait pas osé dresser en D3. Mons a longtemps été le prototype de club de cette série. Aucun cercle n'y a passé autant de temps. L'ancien président, Maurice Lafosse, secoue le cocotier, trouve des moyens financiers, met de l'ordre, réduit la dette, engage Thierry Pister en tant que joueur-entraîneur, puis comme coach, et met le feu à la fusée montoise. Au début, Pister ne croit pas trop à Berquemanne qui avait été opéré deux fois au genou en quelques mois. Thierry Pister estime probablement qu'Olivier était plus apte à joueur au Bosquetia de Frameries ou au Standard de Pâturages. La direction n'est pas d'accord: Berquemanne reste à l'AEC. Il joue ensuite un rôle important dans la montée en D2, puis en D1. Thierry Pister ne tarde pas à reconnaître qu'il s'était trompé à propos de Berquemanne. "Maurice Lafosse et Thierry Pister ont lancé la spirale du succès", dit le médian montois. "Lafosse nous a donné plus de moyens et Thierry Pister avait la rage. Il avait aussi le courage de ses opinions et il est finalement tombé en restant fidèle à Lafosse quand le vent a tourné à Mons. Ce sont des problèmes de direction, pas de joueurs. Nous avons continué à travailler, que soit avec Michel Wintacq ou Marc Grosjean". Maurice Lafosse avait mis d'anciennes vedettes de D1 à la disposition de Thierry Pister dès la D3: Dirk Rosez, Piet Verschelde, Dominique Lemoine, etc. Dirk Rosez joua notamment un rôle décisif lors du test match de la montée en D2 face à Heusden-Zolder. "Il ne faut pas exagérer: il fut bon ce jour-là mais Rosez, par ailleurs très marrant, n'était pas un très grand travailleur", avance Berquemanne. "Lemoine avait une aura incroyable mais il n'était finalement pas plus fort que les gars qui étaient au club depuis toujours. Si nous sommes arrivés en D1, c'est d'abord grâce à ceux qui ont toujours été au charbon." A 32 ans, Olivier Berquemanne a encore un contrat de deux ans. "J'espère aller au terme de cet accord", dit-il. "A 34 ans, ce sera plus dur. Mais cela fera quand même de bons souvenirs". Mons revit autour de ses Dragons. Les installations sont sympathiquement rafraîchies mais il y a encore pas mal de pain sur la planche. C'est important pour un coin qui ne roule pas sur l'or, même si de plus en plus d'entreprises s'installent sur l'axe Bruxelles-Paris et dans les zonings hennuyers. Un signe d'espoir accentué par la réussite de l'AEC? "Si cela peut doper le moral de la région, on aura déjà réussi,", affirme Berquemanne. "On peut imiter notre réussite dans d'autres domaines. Il suffit parfois de s'éloigner de trois ou quatre kilomètres du centre de Mons pour constater que tout le monde n' a pas la vie facile". Pierre Bilic"On avait fait un monde de Moreira, Walem ou Anic: je ne retiens que des coups de patte"