Anderlecht

Depuis mon arrivée en Belgique, en l'an 2000, c'est le même refrain : le Sporting présente invariablement les 11 meilleurs joueurs sur le terrain mais jamais le meilleur 11. Sous cet angle-là, des équipes comme Genk ou le Club Bruges m'ont davantage marqué. Cette saison encore, grâce à la qualité de leurs individualités, les Mauves auraient dû faire cavalier seul pour le titre. C'est invraisemblable qu'à ce stade de la compétition, ils ne comptent pas une demi-douzaine de points d'avance sur leur plus proche poursuivant. Rarement, le RSCA m'a réellement épaté. Face à Lommel, mon premier club en Belgique, il a toujours éprouvé les pires difficultés du monde à s'imposer. Je me souviens d'un 2-2 en Campine, à mes débuts, ainsi que d'un même score au retour, dû à un DieterDekelver en état de grâce. Contre le FC Brussels, les hommes de Frankie Vercauteren ont très rarement été à la fête aussi. Il suffit de se remémorer le match aller, cette année, quand ils n'avaient dû leur salut, in extremis, qu'à un splendide rétro de Mémé Tchité.
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Depuis mon arrivée en Belgique, en l'an 2000, c'est le même refrain : le Sporting présente invariablement les 11 meilleurs joueurs sur le terrain mais jamais le meilleur 11. Sous cet angle-là, des équipes comme Genk ou le Club Bruges m'ont davantage marqué. Cette saison encore, grâce à la qualité de leurs individualités, les Mauves auraient dû faire cavalier seul pour le titre. C'est invraisemblable qu'à ce stade de la compétition, ils ne comptent pas une demi-douzaine de points d'avance sur leur plus proche poursuivant. Rarement, le RSCA m'a réellement épaté. Face à Lommel, mon premier club en Belgique, il a toujours éprouvé les pires difficultés du monde à s'imposer. Je me souviens d'un 2-2 en Campine, à mes débuts, ainsi que d'un même score au retour, dû à un DieterDekelver en état de grâce. Contre le FC Brussels, les hommes de Frankie Vercauteren ont très rarement été à la fête aussi. Il suffit de se remémorer le match aller, cette année, quand ils n'avaient dû leur salut, in extremis, qu'à un splendide rétro de Mémé Tchité. C'est MON club en Belgique, tout comme le Slovan Liberec l'était en Tchéquie. J'en suis à ma quatrième campagne chez les Coalisés. La seule différence, c'est que j'étais un enfant de la ville, là-bas, alors que je n'ai guère d'affinités avec votre capitale. Bruxelles, c'est mon lieu de travail, un point c'est tout. Je ne pourrais y vivre de manière durable. Il a fallu un certain temps avant que le courant passe entre nous. A son arrivée au stade Edmond Machtens, on était à trois pour deux places : Alan Haydock, Mario Espartero et moi. Au départ, je faisais figure d'élément excédentaire. Je ne comprenais pas, en ce sens que je sortais d'une saison canon, au terme de laquelle j'avais inscrit une bonne dizaine de buts. Finalement, j'ai récupéré ma place en même temps qu'on s'est trouvés, le coach et moi-même. Avec Harm van Veldhoven, que j'ai connu à Lommel, Albert Cartier est le meilleur entraîneur que j'aie eu. Il sent le football et est, de plus, un fin psychologue. Le dimanche 1er avril dernier, il a eu la gentillesse de me téléphoner pour me souhaiter un bon anniversaire : - Goeie verjaardag. J'ai d'autant plus apprécié qu'il ne baragouine que quelques mots de néerlandais, alors que moi-même je ne comprends pas un traître mot de français. Nos échanges verbaux sont parfois surréalistes mais nous sommes malgré tout sur la même longueur d'ondes. J'en ai vécu pas mal. En Tchéquie, il en allait là, d'abord, des matches entre le Slovan Liberec et Jablonec, puis entre le Bohemians Prague, que j'ai rallié en 1999, et le Slavia ou le Sparta de la capitale. A l'époque où je défendais les couleurs du FC Chemnitz, en Allemagne, au cours des années 1995-98, la rencontre au sommet nous opposait au Dynamo Dresde. Ici, en Belgique, j'ai connu les matches régionaux contre le Racing Genk et Saint-Trond, puis le derby bruxellois. Ce qui m'a le plus marqué, c'est la demi-finale de la Coupe de Belgique contre Genk, en 2000-01. Nous l'avions emporté, sur l'ensemble des deux confrontations, et disputé dans la foulée la finale de l'épreuve au stade Roi Baudouin, contre Westerlo. Un autre derby, pour ainsi dire, que nous avions malheureusement perdu : 1 à 0. C'est vrai que je véhicule les qualités chères à l'entraîneur : abnégation, don de soi. Par là même, je fais office de référence. Il faut s'en faire une raison : d'un point de vue purement footballistique, le Brussels n'a pas les possibilités de traiter d'égal à égal avec les trois quarts des pensionnaires de l'élite. Mais pour ce qui est de la mentalité, on peut être cités en exemple. En tant que capitaine, je veille à afficher cet état d'esprit à chaque instant. D'une part, il y a la langue, que je ne maîtrise malheureusement pas. De l'autre, il y a mes coéquipiers, arrivés lors du récent mercato. A l'occasion du stage de préparation en Turquie, la plupart d'entre eux ont ouvert de grands yeux en voyant leurs nouveaux partenaires s'arracher sur la pelouse. Avec leur propre jeu plus technique, le contraste était franchement saisissant. Au départ, pour les besoins des premiers matches retour, ils étaient manifestement dépassés par les événements. Ils ne comprenaient pas qu'il fallait mettre le pied en toutes circonstances. A présent, ça va mieux. Ils mesurent déjà nettement mieux la réalité du football belge, où il s'agit de se battre pour chaque ballon. J'ai joué avec Tomas en Espoirs, au côté d'autres joueurs qui ont fait, depuis lors, leur chemin au plus haut niveau dans des clubs prestigieux : Patrik Berger, Vladimir Smicer, Vratislav Lokvenc. J'aurais peut-être pu imiter leur exemple si je n'avais pas été victime d'une grave blessure au genou au cours de ma dernière saison à Chemnitz. J'étais, en effet, en pourparlers avancés avec le 1860 Munich à ce moment, qui m'offrait un contrat lucratif. En lieu et place, je suis retourné au pays où j'ai dû me débrouiller avec 100 euros par mois en attendant mon complet rétablissement. Du coup, ma chance était passée. Jusqu'à présent, il y a trois joueurs avec qui je me suis toujours entendu à merveille, à mes côtés, sur un terrain : Michael Ballack au FC Chemnitz, Wim Mennes à Lommel ainsi qu' Alan Haydock au Brussels . Ce n'est pas que je voudrais me pousser du col, mais si Ballack a abouti à Kaiserslautern avant d'accomplir la trajectoire que l'on sait, au Bayern Munich d'abord, puis à Chelsea, c'est peut-être grâce à moi, qui lui ai servi d'acolyte précieux. De mon côté, si j'ai signé une saison d'enfer en 2004-05, je le dois sûrement aussi, en grande partie, à la présence d'Haydock dans mes parages. Tout ce que je souhaite, après les deux opérations qu'il a subies au genou, c'est de pouvoir rejouer de concert avec lui. Il me manque beaucoup, ainsi qu'au Brussels, cela va sans dire. Ce jeune gardien a eu la malchance d'être lancé dans le grand bain sans y être préparé, en 2004. Du coup, il a commis bon nombre d'erreurs de jeunesse qui ont fini par lui coûter sa place. Mais le garçon a du talent, c'est certain. L'année passée, je lui ai conseillé de reculer pour mieux sauter. Il avait la possibilité d'accumuler du temps de jeu à l'Union, par exemple, où Thierry Coppens était en partance. En lieu et place, il a préféré viser plus haut et opter pour l'Antwerp, où il est barré depuis le début de cette campagne. J'ai bien peur qu'il ait fait le mauvais choix. A 22 ans, il faut songer au jeu et non à l'étiquette. Mon fils aîné, Kuba pour les intimes, va avoir neuf ans et joue en Préminimes, au but, à Lommel. Patrick Nys me dit toujours qu'il est plus doué que lui au même âge. Mais il s'empresse de préciser qu'il ne jouait pas encore dans le goal, lui-même, à ce moment-là (il rit). Je verrai bien où le football le mènera. L'essentiel, c'est qu'il s'amuse sur une aire de jeu. Je ne suis pas surpris qu'il ait choisi le poste de gardien. Ne le dites pas à mon copain Daniel Zitka mais son idole, c'est Peter Cech. Du côté de ma mère, il y a par ailleurs une tradition de gardiens de but dans la famille. Mon grand-père, Albert Sopr, a occupé ce poste à Vysehrad et à Ruda Hvezda - l'Etoile Rouge- en D2 avant que la guerre n'entrave hélas sa carrière, jadis. Ibrahim, c'était - et c'est d'ailleurs toujours - la classe à l'état pur. Après quelques journées de travail en commun, je me doutais déjà qu'il ne s'éterniserait pas au Brussels. J'ai quand même été surpris de sa destination : le Willem II Tilburg me paraît un club bien modeste en regard de ses possibilités. Je ne sais pas ce qui retient les grands clubs, à son propos, car il a une facilité sans pareille. Peut-être est-ce son manque de constance. Car quand tout devient trop facile, Ibou a souvent tendance à se déconcentrer ou à prendre des risques inconsidérés. Son frère, Sydney, est d'une autre trempe. Il n'a pas l'aisance de son aîné, balle au pied, mais il affiche toujours une rigueur exemplaire. Elle peut, qui sait, le mener à un destin plus prestigieux encore. Cette ville a été mon point de chute en Belgique, en l'an 2000 et, depuis, j'y suis resté fidèle. Avec ses pinèdes et autres espaces verts, la cité campinoise n'est pas sans me rappeler Liberec, les montagnes en toile de fond en moins. Je vis avec elle depuis 15 ans et je luis dois beaucoup. En premier lieu, elle a contribué à m'assagir. Car, dans mon jeune temps, je courais non seulement le football mais aussi les fêtes. Sans elle, je n'aurais probablement jamais obtenu mon bon de sortie pour Chemnitz. Là-bas, elle me fut d'un précieux secours au moment de ma blessure au genou. De mon côté, je lui ai rendu la pareille, à la même époque, lorsque nous avons eu le malheur de perdre ce qui aurait dû être notre premier enfant. Monika s'est toujours sacrifiée pour moi et pour ma carrière. Je lui en serai à jamais reconnaissant. Pat, c'est réellement mon pote. Il y a pas mal de similitudes entre nous : d'abord, nous sommes les deux papys de l'équipe, lui au but et moi dans le champ. Ensuite, nous avons tous les deux les genoux en compote, mais cela ne nous a jamais empêchés de jouer. Et, finalement, nous partageons la même mentalité de vainqueur ou de mauvais perdant, c'est selon. Si tout le monde avait la même rage que nous, la jeune classe surtout, il y a longtemps que nous serions sauvés. Certains, en tout cas, feraient bien de s'inspirer de notre exemple. Mon petit dernier, qui a trois ans. Il est aux antipodes de son frère, qui est le calme en personne. Lui, c'est monsieur 100.000 volts. Il faut le surveiller constamment car il fait les 400 coups. Je suis davantage fourbu après une heure avec lui qu'après un match. A son âge, il ne joue pas encore au football. Mais je promets déjà beaucoup de plaisir à son futur entraîneur. Je ne sais pas comment il s'y prendra pour canaliser toute son énergie. Ce n'est évidemment pas à un Tchèque, comme moi, qu'il faut apprendre ce qu'est la bière. Le mot pils vient d'ailleurs de la ville de Plzen chez nous. Il n'empêche que j'ai été surpris par le nombre incroyable de variétés de bières qui existent en Belgique. Mes préférences vont à la Kriek. Mais pas la Belle- Vue, brassée jadis par la famille Vanden Stock. Pour des raisons bien évidentes, je préfère la Lindemans. Ou la Mort Subite ( il rit). C'est quoi l'intelligence, pour un footballeur ? C'est savoir ce qu'on est capable de faire sur un terrain. Moi, je sais que je ne dois pas essayer de dribbler quatre adversaires dans un mouchoir de poche, car c'est au-dessus de mes moyens. Il est inutile aussi que je tente de prendre un adversaire de vitesse, car la rapidité n'est pas mon point port. Mais en matière d'ardeur et de positionnement, je n'ai de leçons à recevoir de personne. Au contraire, je peux en donner. J'ai hérité du prénom de mon père. Depuis que je fréquente des francophones, j'ai appris sa signification particulière dans votre langue. Personnellement, je ne suis pas riche. Mais par rapport à mes compatriotes, je n'ai sûrement pas à me plaindre du point. Même si le football nourrit également de mieux en mieux son homme en Tchéquie actuellement. Ce que gagne un KarelPoborsky, beaucoup en rêvent au pays. C'est la partie la moins riche mais aussi la plus belle de l'ancienne Tchécoslovaquie. Et je ne parle pas seulement des paysages mais aussi des filles, qui sont réellement superbes ( il rit). En périodes de vacances, j'opte toujours soit pour la Turquie, soit pour la Slovaquie. La chaîne du Grand Tatras est magnifique pour les amateurs de ski, comme moi. Chaque hiver, je m'astreins régulièrement à 50 kilomètres de ski de fond là-bas. C'est ce qui explique sans doute pourquoi, à la reprise des entraînements, je respire toujours la grande forme. En été, c'est au canyoning que je m'adonne là-bas. Les cours d'eau y sont splendides. Par la force des choses, c'est mon pays. Mais si j'étais né 50 kilomètres plus au nord, je serais allemand ou polonais à l'heure actuelle. Pour parvenir en Slovaquie, par contre, il me faut effectuer près de six fois cette distance. Comme quoi, tout est relatif. Pour moi, la Tchécoslovaquie aurait fort bien pu rester unie. Je n'étais sûrement pas demandeur en matière de séparation. Diviser, c'est s'appauvrir. La Slovaquie l'a vérifié sur le plan footballistique car elle est à la traîne par rapport à la Tchéquie, qui a accumulé les bonnes performances au cours des dix dernières années. A la place de certains, en Belgique, je réfléchirais avant de prôner une scission. Car plus on est petit, plus on est vulnérable. Dans la pratique, c'est toujours la grande surface qui absorbe l'épicier du coin et non le contraire. Je ne me souviens pas l'avoir rencontré en championnat de Tchéquie autrefois. Mais Tomas, qui a 4 ans de moins que moi, est l'un de ceux qui ont le mieux réussi hors frontières. Hambourg, la Fiorentina : ce sont des références qui peuvent compter. Il est arrivé à force de travail, au même titre que Jan Koller. Honnêtement, je ne pensais pas que Jantje réussirait une aussi belle carrière. Le président me cite souvent en exemple et cela me fait chaud au c£ur. Il paraît qu'il se reconnaît en moi, dans la mesure où lui aussi, sur un terrain de football, ne s'avouait jamais vaincu. D'aucuns disent qu'il exagère parfois, dans ses déclarations ou dans son comportement. Moi, il ne me gêne pas du tout. C'est quelqu'un qui se sent concerné et qui aime son club comme nul autre. Tout le monde ne peut pas en dire autant. Flamands et Wallons devraient être unis mais on est loin du compte. Franchement, j'ai du mal à comprendre les Belges. Vous vivez dans un véritable pays de cocagne et Bruxelles est la capitale de l'Europe. En principe, vous devriez avoir tout pour être heureux mais vous ne cessez de vous chercher des misères. L'exemple le plus édifiant, à ce propos, ce fut la désignation de coupables après le récent Portugal-Belgique. D'un côté, les journaux néerlandophones visaient le Wallon DanielVanBuyten et, de l'autre, les quotidiens francophones s'en prenaient au Flamand Stijn Stijnen. Quand on voit ce que Big Dan vient de réaliser avec le Bayern Munich, en plantant les deux buts des siens à l'AC Milan, il y a de quoi rigoler. Aucune équipe n'en comptabilise autant que nous cette saison. En soi, un point vaut mieux que rien. Mais nous sommes à la traîne aujourd'hui. Par moments, il s'en est pourtant fallu de peu pour que la victoire nous sourie. Je songe à notre premier match après la trêve, à Mons, ou à notre récent partage contre La Gantoise. Nous aurions mérité quatre points de plus dans ces circonstances. Je me suis mis à l'apprentissage de l'anglais car j'estime que c'est un... must ( il rit). Pour le reste, je parle tchèque, slovaque, allemand et néerlandais. Pour le français, j'ai besoin de Patrick Wachel comme traducteur car je ne comprends pas un traître mot de cette langue. A part quelques jurons... Même si nous ne sommes pas originaires de la même région, en Tchéquie, et que tout sépare nos clubs respectifs aussi, le gardien anderlechtois et moi entretenons des rapports des plus cordiaux. Je ne dis pas qu'on se téléphone tous les jours mais on garde quand même le contact. Daniel et moi, de même que nos deux familles, avons d'ailleurs déjà passé des vacances ensemble, en Slovaquie. A un moment donné, j'ai même eu l'occasion de le pousser dans un ravin. C'eût toujours été ça de pris sur notre rival mauve et blanc. Mais, entre compatriotes, ce genre de choses ne se fait évidemment pas ( il rit). par bruno govers - photos : reporters