Jan Vertonghen est en train de préparer le match le plus important de sa carrière. Il n'est pas encore tout à fait rétabli de sa blessure à la cheville mais il est optimiste. Tottenham Hotspur a aussi la chance de ne pas être astreint à un long déplacement pour disputer la finale de Ligue des Champions, puisqu'elle se déroule à Madrid. Si Liverpool est parti au vert à Marbella, les Spurs sont restés en Angleterre.
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Jan Vertonghen est en train de préparer le match le plus important de sa carrière. Il n'est pas encore tout à fait rétabli de sa blessure à la cheville mais il est optimiste. Tottenham Hotspur a aussi la chance de ne pas être astreint à un long déplacement pour disputer la finale de Ligue des Champions, puisqu'elle se déroule à Madrid. Si Liverpool est parti au vert à Marbella, les Spurs sont restés en Angleterre. Vertonghen a dégagé du temps pour Sport/Foot Magazine. Il revient sur la saison dans un local situé au-dessus de l'entrée principale de l'impressionnant complexe d'entraînement. " Ma blessure à la cheville en demi-finale a occupé mes pensées et quelque peu occulté la perspective de bientôt disputer la finale de Ligue des Champions, bien que nous préparions ce qui est sans doute le match le plus important de notre vie, avec un groupe de copains qui jouent ensemble depuis longtemps. " Tu réalises quand même que tu vas disputer une finale de Ligue des Champions dans quelques jours ? JAN VERTONGHEN : Je ne sais pas si je suis pleinement conscient de l'enjeu. Il faudra sans doute que je sois à Madrid. Toutefois, mon entourage et les supporters des Spurs m'en parlent beaucoup et c'est quand même le summum d'une carrière de footballeur. J'ai déjà 32 ans et je réalise la plus belle année de ma carrière. Je détiens le record de sélections en Belgique, j'ai disputé la demi-finale de la Coupe du Monde et si tout va bien, je vais y ajouter une finale de Champions League. C'est quand même beau. Tu t'es blessé à la cheville au match retour des demi-finales contre l'Ajax. Comment cela s'est-il passé ? Certains ont dit que tu t'étais blessé en fêtant la victoire. VERTONGHEN : Non. Après environ 35 minutes, j'ai reçu un coup à la cheville dans un duel avec Kasper Dolberg et Toby Alderweireld. Je ne sais pas de qui et je ne me suis pas non plus effondré mais ça a quand même fait mal. J'ai achevé le match à l'adrénaline et grâce à des antidouleurs mais quand j'ai enlevé ma chaussure, ma cheville était très gonflée et je ne pouvais plus m'appuyer sur ce pied. J'ai dû aller au contrôle antidopage et j'étais désespéré. Normalement, il faut entre quatre et six semaines pour se rétablir d'une blessure à la cheville alors que la finale avait lieu trois semaines et demie plus tard. Qu'allais-je faire ? Les kinés m'ont rendu espoir en me rappelant que j'avais quand même joué une heure sur cette cheville. Le scanner passé deux jours plus tard était positif. J'avais un oedème osseux mais l'articulation était en bon état. Tu as également eu de la poisse au match aller en te blessant à la tête dans un duel avec Alderweireld et André Onana. On a parlé de commotion cérébrale et on s'est demandé s'il était raisonnable de remonter sur le terrain. C'était si grave ? VERTONGHEN : J'ai consulté un neurologue indépendant. J'ai également passé des tas de tests ici. Je n'avais pas de commotion cérébrale. Tu as eu d'autres blessures en début de saison mais tu as disputé la plupart des grands matches. Par exemple, après deux mois d'absence, tu as effectué ta rentrée lors du match crucial contre l'Inter Milan. VERTONGHEN : Oui, c'était le premier match après ma blessure aux ischiojambiers. Heureusement que j'ai bien joué. Ce match, que vous avez remporté 1-0 in extremis, fait partie d'une campagne européenne marquée par beaucoup de dénouements de dernière minute. Quel regard portes-tu sur le parcours de Tottenham ? VERTONGHEN : On s'est qualifié de justesse pour la phase par élimination directe. On a mal entamé la campagne. Personnellement, pendant six mois, j'ai eu de nombreuses blessures musculaires. Ensuite, à chaque grand moment de la Ligue des Champions, il s'est produit des événements personnels qui m'ont empêché de savourer pleinement le moment présent. À Barcelone, par exemple, on a réussi un nul 1-1 synonyme de qualification mais je me suis blessé en cours de match et c'est qui me trottait en tête. Puis j'ai dû passer au contrôle antidopage, ce qui m'a privé de la fête dans le vestiaire. Par contre, le match à domicile contre Dortmund a été une vraie fête pour moi. Puis il y a eu City et le VAR. J'ai immédiatement compris : maintenant, c'est l'Ajax. J'ai pensé davantage à ce duel qu'à la célébration de la qualification. Puis contre l'Ajax, j'ai reçu un coup à la tête. J'ai quand même joué le deuxième match, suivi d'un nouveau contrôle. Ma campagne de Ligue des Champions a donc été plutôt vague. Ça a été pénible d'éliminer ton ancien club, l'Ajax, dans les arrêts de jeu ? VERTONGHEN : Oui. C'était très étrange. Je connais beaucoup de gens à Amsterdam. Je suis toujours en contact avec Daley Blind, par exemple, et il n'est pas agréable de faire de la peine à des gens qu'on connaît aussi bien. Je suis heureux que l'Ajax ait été champion juste après mais cette saison lui laissera quand même un goût amer, malgré le doublé et les demi-finales de Ligue des Champions. En fait, si quelqu'un leur avait prédit pareille saison, personne ne l'aurait cru. Ça aurait été dingue d'être éliminé par le club que tu as quitté il y a sept ans pour la Premier League ? VERTONGHEN : Bah... Depuis que j'ai quitté la Belgique, j'ai été battu par Anderlecht en 2015, 2-1, dans la phase de poules d'Europa League, et La Gantoise nous a éliminé en seizièmes de finale d'Europa League en 2017. Ce sont des choses qui arrivent. Mais je viens de voir un Ajax très différent de celui que j'ai quitté. Être éliminé par cet Ajax-là n'aurait pas été humiliant. Tu as poursuivi ta progression sportive en Angleterre. Quelle est ta meilleure saison jusqu'à présent ? VERTONGHEN : J'ai le sentiment que l'année passée à Tottenham a été ma meilleur saison. J'ai été régulier, j'ai presque tout joué et j'ai été épargné par les blessures. J'étais bien dans ma peau. J'ai poursuivi sur ma lancée au Mondial mais ensuite, j'ai souffert de blessures. Je ne sais pas si elles sont dues à la Coupe du Monde mais je constate que beaucoup d'internationaux ont souffert de problèmes musculaires cette année. Ça fait malheureusement partie du métier. Ceci dit, je pense avoir été très proche de mon meilleur niveau cette saison. Ton ami Mousa Dembélé est parti. Tottenham a perdu un joueur de son calibre mais n'a engagé personne. Ça en dit long sur vos prestations. VERTONGHEN : Oui. Pour moi, Mousa fait partie des cinq meilleurs médians de la dernière décennie en Premier League. Je le pense vraiment, je ne le dis pas parce que c'est mon ami. Vous pouvez poser la question à n'importe qui dans le vestiaire. Évidemment, il y a Paul Scholes, David Silva... Mais Mousa pourrait jouer sans problème dans n'importe quel club du monde. Je trouve qu'on ne lui a jamais accordé le crédit qu'il méritait. Indépendamment de ses qualités sportives, son départ a dû te faire de la peine, sur le plan personnel. VERTONGHEN : Oui, il me manque beaucoup. On a joué ensemble dès l'âge de douze ans. Je suis ensuite parti à l'Ajax mais chaque fois que je revenais en équipe nationale, on se rapprochait. Il était souvent à Amsterdam, où j'habitais. On était simplement copains à cette époque mais il est devenu mon meilleur ami quand il a emménagé près de chez moi, dans le quartier d'IJburg. On est tous les deux liés à Amsterdam et à Anvers mais on a d'autres points communs. Par exemple, on a les mêmes amis. Deux d'entre eux défendent vos intérêts professionnels : Yama Sharifi et Tom De Mul de l'A-Group. En quoi leur approche diffère-t-elle de celle des autres agents ? VERTONGHEN : Ils possèdent tous deux une large expérience du milieu. Ils ont subi des contrecoups et connu le succès. Ils sont encore jeunes et capables de bien appréhender certaines situations. Peu de gens parviennent à se mettre dans la peau d'un footballeur mais ils possèdent cette expérience et peuvent en faire profiter les joueurs, y compris les jeunes. Il y a tellement d'argent dans le football que les intérêts en jeu sont colossaux. Peu de footballeurs ont de vrais amis dans le milieu mais Tom, Yama et Mousa en sont, à mes yeux. Je suis heureux que nous soyons si proches et j'espère que nous le resterons toute notre vie. Vincent Kompany est aussi ton ami. Tu es surpris qu'il devienne joueur-entraîneur d'Anderlecht ? VERTONGHEN : Oui, très surpris. Je n'arrête pas d'y penser car ça m'a stupéfié. C'est vraiment incroyable. Je suis le premier supporter de Vincent Kompany, de l'homme et du footballeur. Je le trouve formidable et on a d'excellents rapports. On fait partie de la même génération et on passe beaucoup de temps ensemble quand on est en équipe nationale. Tu savais qu'il allait quitter Manchester City ? VERTONGHEN : Non, je ne le savais pas même si ça ne m'a pas vraiment surpris. Je pensais qu'il avait reçu de bonnes offres de clubs d'autres pays. Je ne pouvais pas l'imaginer dans un autre club de Premier League mais son transfert à Anderlecht est une surprise totale. Je savais qu'il avait cette ambition mais je n'imaginais pas que c'était immédiat. Je suppose que l'idée est venue progressivement. Il reste sur une superbe année avec City et il connaît son état physique. Un poste se libérait à Anderlecht, auquel les nouveaux dirigeants veulent insuffler un nouvel élan. C'est très bien de la part de Marc Coucke, Michael Verschueren et Frank Arnesen d'avoir pensé à lui. Et c'est bien que Vincent ose relever le défi car j'ai toujours pensé qu'il était trop grand pour la Belgique. Mais voilà, c'est son club et Bruxelles est pour lui ce qu'est Amsterdam pour moi, sans doute même plus puisqu'il y est né et qu'il a commencé à jouer à Anderlecht à six ans. Sa famille est bruxelloise, son père est même bourgmestre d'une des communes. C'est donc un ensemble. Tu lui as déjà parlé depuis ? VERTONGHEN : Oui. Il m'a dit que c'était une chance formidable pour lui. Je deviens donc un grand supporter d'Anderlecht. ( Rires) Ma famille n'est pourtant pas fan d'Anderlecht et avant, je supportais le Club Bruges. Je charriais toujours mes oncles, supporters d'Anderlecht. Mais maintenant, je vais prendre place dans la tribune ! Je suis simplement fan de Kompany. Je pense qu'il va poursuivre sa carrière en équipe nationale. Tu te vois devenir entraîneur ? VERTONGHEN : Franchement, je n'en ai pas l'ambition, certainement pas maintenant. L'année prochaine, je me trouverai dans la situation de Kompany. Il me reste un an de contrat. J'ai déjà dit à mon amie, en rigolant : " Je pourrais imiter Kompany. " Mais il y songe depuis longtemps. Il n'a pas subitement pensé qu'il voulait devenir entraîneur. Mauricio Pochettino a dit que tu pourrais jouer jusqu'à 40 ans... VERTONGHEN : À condition de ne pas prendre trop de coups sur la tête ! ( Rires) Mais oui, je me sens très bien mentalement, même si je dépends de mon corps. Je ne sais pas encore ce que je ferai l'année prochaine. Ça dépend des options qui se présenteront. Tu pourrais suivre Mousa en Chine ? VERTONGHEN : Je n'y pense certainement pas pour l'instant. Mousa est un aventurier. Je sais qu'il est allé en Chine pour les bonnes raisons. C'est financièrement très intéressant mais je suis persuadé qu'il y serait allé pour le quart du dixième, pour le plaisir de découvrir une nouvelle culture. Pour moi, le choix aurait été strictement financier et j'aurais trouvé un contrat de trois ans trop long. J'aurais dû sacrifier une trop longue période de ma vie. Tu as l'intention de lui rendre visite là-bas ? VERTONGHEN : Si on avait été éliminé de la Ligue des Champions, j'y serais allé la semaine passée ! Je ne m'attendais pas à ce qu'on soit éliminé mais une demande de visa prend des semaines. La demande était donc en cours mais j'ai interrompu la procédure quand on s'est qualifié. Qu'as-tu envie de faire après ta carrière active ? VERTONGHEN : Je m'occupe beaucoup de ma fondation. On veut offrir plus d'espaces de jeux aux jeunes enfants hospitalisés. La fondation a un an. On espère inaugurer bientôt la première aire de jeux à l'hôpital Reine Mathilde d'Anvers, selon les principes de la Ronald McDonald Huis d'Amsterdam. On y allait chaque année avec l'Ajax et c'est ce qui m'a inspiré. J'ai toujours beaucoup joué dehors et j'ai toujours adoré les enfants. Comme je voulais rendre quelque chose à la société, je me suis logiquement tourné vers ce qui me tenait à coeur. J'espère offrir à des enfants hospitalisés la chance de jouer dehors et pas seulement de s'occuper avec leur iPad dans leur lit. On essaye de leur proposer quelque chose qui n'est pas prioritaire puisqu'ils sont là pour être soignés, mais on veut les sortir un moment de l'univers hospitalier. Au terme de ma carrière, je compte investir davantage de temps dans cette fondation. Une dernière question : Pochettino a-t-il déjà expliqué comment il comptait s'y prendre contre Liverpool ? VERTONGHEN : Ah... Je ne peux rien trahir de ses plans. ( Rires)