En football, la confrérie des managers est connue. Reconnue de tous. Ceux qui embrassent cette profession s'inscrivent sur un site Internet dépendant de la FIFA. L'Union Belge, via son organe officiel diffuse régulièrement leurs coordonnées. Ils font partie intégrante du paysage footballistique. Depuis l'introduction de la "Licence", des règles se voulant strictes régissent leurs activités.
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En football, la confrérie des managers est connue. Reconnue de tous. Ceux qui embrassent cette profession s'inscrivent sur un site Internet dépendant de la FIFA. L'Union Belge, via son organe officiel diffuse régulièrement leurs coordonnées. Ils font partie intégrante du paysage footballistique. Depuis l'introduction de la "Licence", des règles se voulant strictes régissent leurs activités.Notre pays est sans doute le plus prolifique au monde en matière d'impresarii sportifs. Avec une forte propension à l'établissement de ces autres pros du ballon rond en province de Liège... Pourquoi? Allez savoir! Mais le fait est établi. Par contre, au niveau du basket, on connaît peu les intermédiaires. Discrétion d'autant plus étonnante que les va-et-vient entre l'Europe et les Etats-Unis ne se comptabilisent plus. Prenons l'exemple récent de TEC Liége. En une grosse dizaine de jours, trois distributeurs s'y succèdent. Après le renvoi de Patterson, Murphy dispute deux rencontres avant de s'échapper et être remplacé par Charles Smith. Une telle rotation n'est possible qu'à condition de s'appuyer sur des gens bien informés. Bien introduits. Bien au courant du marché. Oui, mais de quel marché? "Nous ne nouons aucun contact avec les grandes entités traitant uniquement les contrats des stars de la NBA", dit Giovanni Bozzi. "Ce n'est pas nécessaire. Les USA regorgent d'agents dont l'occupation consiste à pister les équipes universitaires. Nous définissons le profil recherché. Aux recruteurs de dénicher ce que nous voulons. Internet a permis d'affiner les recherches. Avant, vous demandiez un grand noir de 2m05. A l'aéroport débarquait un blanc de 1m96. C'était monnaie courante. Quand le garçon se trouvait là, on l'essayait quand même". Si rien ne presse, il n'est pas rare que les coaches prennent leur courage à deux mains et se mettent à pianoter. Julien Marnegrave, l'entraîneur de Louvain explique : "Comme c'est le cas avec la plupart des nouvelles technologies, les USA utilisent l'informatique depuis belle lurette. Des fiches s'enregistrent par milliers. Complètes. Très détaillées. Pour ma part, il m'arrive de me rendre sur les sites des Confédérations Universitaires. Cela étant, lorsque sonne le moment d'appeler un renfort, forcément son représentant se manifeste. Il n'y aucune illusion à se faire : tous ont un représentant. Sans eux, inutile d'envisager un engagement". Bozzi confirme. Lui aussi s'identifie en lecteur assidu des sites universitaires. Il précise toutefois : "Souvent, je passe un petit coup de fil aux coaches afin d'en savoir plus". Mesure importante. Les chiffres disent ce qu'ils ont envie de dire. On ne la fait plus à Jean Pierre Darding. Responsable sportif de Pepinster depuis des lustres, vieux de la vieille, il souligne : "Vous découvrez un gaillard présentant une moyenne de 22 points par rencontre. Très bien. Encore faut-il savoir sur combien de joutes s'établit ce pourcentage. S'il n'a joué qu'une seule et unique fois, cela ne veut plus dire grand-chose!" Par contre, lorsqu'il y a le feu au lac, hors de question de jouer les Sherlock Holmes du Net. A ce moment, interviennent des gens semblables à Nick Lotsos. Cet ancien joueur a longtemps séjourné en Amérique. Grec d'origine, il a franchi l'Atlantique afin d'y suivre des études universitaires. Il y a joué au basket. Sa carrière s'est arrêtée brutalement alors qu'il n'a que 24 ans. Rêve brisé par une sale blessure. Le virus de la grosse balle orange bien insinué dans ses veines l'amène à rester dans le milieu. Fort de sa notoriété acquise en Amérique et utilisant à bon escient ses racines européennes, il crée un pont. Aujourd'hui, Nick Lotsos a planté ses pénates sur son sol natal. L'Américano-grec n'en a pas pour autant perdu son efficacité. Il a su faire l'unanimité autour de son nom. Son talent de dénicheur est reconnu. A cela, il ajoute une continuité dans les relations. En clair, il offre un suivi. "Par son entremise, nous avons enrôlé Lenny Brown", apprend Eric Somme. "Lorsque survinrent les incidents que vous connaissez, Lotsos est intervenu. Il s'est entretenu avec Brown. Je crois que son arrivée dans le débat permit de ramener les choses à une plus juste mesure". Outre Nick Lotsos, un autre agent impose sa présence incontournable au niveau belge : Jan Luttenburg, un Hollandais. Il peut se targuer de posséder un calibre de luxe dans son écurie : Eric Struelens! Pourtant, le manager n'a pas proposé les services de notre compatriote au Real Madrid... "Au départ, les contacts se sont établis en direct", se souvient Struelens. "Le Real m'a vu en action à la télévision et sur cassettes vidéo. Lorsque les Madrilènes m'ont appelé, je les ai renvoyés vers Luttenburg. Nous avons calculé une fourchette salariale. Jan a obtenu ce que je voulais". Entre Struelens et son homme de confiance, aucune ombre au tableau : "C'est devenu un ami. Un ami sur qui on compte. Qui pense à tout. Ainsi, j'ai découvert lors de l'accouchement de mon épouse qu'il avait prévu d'inclure dans mon contrat la couverture des frais d'hospitalisation". Luttenburg a aussi négocié le non-retour d'Eric en sélection nationale. C'est toujours lui qui dégotte les contrats publicitaires. "Il ne me demande aucun salaire", poursuit Struelens. "Je crois qu'il s'arrange directement avec la firme. Nous en avons parlé ensemble. Jan m'a dit qu'il était suffisamment heureux des honoraires perçus lors de ma signature au Real. Tout cela m'arrange. Ainsi, je ne dois pas me prendre la tête".En basket, pas de transfert! Ou peu. Quand le sujet est libre, son conseiller perçoit 10% du montant global du contrat. Clair. Net. Les clubs s'acquittent de cette commission tout à fait naturellement.Lorsqu'un élément se trouvant toujours sous contrat souhaite changer d'air, il fait intervenir la loi de 78. Curieusement, alors qu'en football l'utilisateur de cette solution se trouve cloué au banc des accusés, le basket considère, la pratique naturelle. "Cela existe. Réalité sociale et administrative", constate Eric Somme. "Chacun fait ses calculs et passe à la caisse si le jeu en vaut la chandelle. Je trouve cela beaucoup plus sain que de verser des sommes astronomiques en transferts". Il faut savoir que c'est de cette manière qu'Eric Struelens a quitté les Spirous alors qu'il y avait paraphé un contrat de cinq ans. "Je n'ai pas connaissance de véritables scandales", affirme Julien Marnegrave. "Certes, il y en aura toujours pour tenter de fourguer leur produit par n'importe quel moyen. Heureusement, il s'agit d'une minorité. Par contre, quand on bosse avec un Jan Luttenburg, on n'est jamais déçu. Forcément, un garçon qu'il renseigne peut éprouver des difficultés d'adaptation. Ne pas répondre à l'attente. C'est inhérent au sport. Par contre, les qualités techniques existent bien. Luttenburg est très puissant. Il fait office de charnière entre les continents. Sa documentation impressionne à tous les coups. En outre, il n'hésite pas à bouger, à s'investir. Pas question de demeurer dans un fauteuil confortable, derrière un gros bureau luxueux. On le voit partout. Un homme de terrain en somme!" Voilà pour les States. Depuis l'ouverture des frontières à l'Est, un nouveau marché s'ouvre. Quelques-uns s'y engouffrent. Dont Pepinster. Les Verviétois n'ont pas hésité à lancer les filets en Croatie. "Terrain inexploitable pour ceux ne possèdant aucune ramification", clame Jean-Pierre Darding. "Notre avantage réside dans l'aura dont jouit notre coach. Bavzevic connaît la Croatie mieux que sa poche". Giovanni Bozzi tempère l'enthousiasme de son ancien partenaire Pépin : "Les meilleurs sont pistés très tôt. On les trouve en Italie, en Espagne ou en NBA". D'une certaine manière, Jean-Pierre Darding corrobore en constatant : "Nous recevons des publications émises par les bureaux américains. Ces journaux reprennent pas mal d'éléments issus de l'ex-Yougoslavie et des nations de l'ex-URSS. Les recruteurs voyagent. D'autres sociétés implantées en Italie se spécialisent dans la prospection de jeunes de très grande taille. Elles ne demandent aucune commission. Le but est de former ces géants. Ce n'est qu'après, à la revente, qu'elles réaliseront des affaires. La seule condition est de trouver un emploi aux parents afin de pouvoir affilier leur enfant, mineur d'âge". La Gantoise n'a pas pratiqué autrement afin de s'offrir le talentueux égyptien Hossam en foot. L'histoire repasse les plats! Seule la balle change. Jean-Pierre Darding, se veut moins fleur bleue que ses collègues : "L'élévation du niveau de notre championnat suscite des convoitises. Pour ma part, je n'aime pas les magouilles. Or il s'en produit. Raison pour laquelle je refuse de me lier à un bureau de management. Je travaille avec tout le monde. J'ai un faible pour les jeunes. Les débutants font montre de davantage d'idéalisme".Parmi les jeunes figure le duo Jacques Stas- Frédéric Waseige, épaulé par... Giovanni Bozzi. La déontologie permet-elle à des gens, salariés dans un club, d'entretenir une activité susceptible de les placer devant un conflit d'intérêt? Eric Somme, le principal intéressé, n'y voit rien à redire. Pour sa part, Jacques Stas informe : "Pas le moindre membre des Spirous n'est sous contrat avec nous. La fédération de basket n'imposant aucun contrat type, je trouve normal de venir en aide à quelqu'un plongé en pleine interrogation". Ayant entraîné des équipes d'âge, Jacques Stas s'est trouvé face à des gamins quémandant son assistance au moment de franchir le cap. D'où l'idée de mettre en place un centre de management. Le seul connu au sein de notre royaume. Stas : "Avant l'arrêt Bosman, tout cela ne servait pas à grand-chose. Maintenant, nous apportons le poids de notre expérience à l'accompagnement. A l'heure du choix, c'est important de pouvoir consulter un connaisseur. De surcroît, nous nous chargeons de la comptabilité. Nous gérons les déclarations d'impôts, pas toujours simple à remplir suivant les cas. Nous contractons une épargne pension dont bénéficieront nos poulains. Enfin, nous leur assurons un encadrement médical. Notre prochain but est de pouvoir leur fournir un fonds du style de celui qu'Assubel met à la disposition des footballeurs". Le rôle de Frédéric Waseige s'est avéré déterminant lors du lancement de l'activité. "Etant en pleine carrière, je ne pouvais pas me multiplier", se souvient Jacques Stas. "Fred adore le basket. Et disposait de certains temps libre". Compétiteur de haut niveau, licencié en sciences économiques et passionné par la Bourse, Jacques Stas apparaît en homme tout indiqué pour assumer cette délicate mission. Sera-t-il le premier manager belge à fonctionner de manière totalement professionnelle? L'avenir nous le dira.Daniel Renard.