Cette 27e phase finale de la CAN ne se présente décidément pas sous les meilleurs auspices. On en avait déjà eu un avant-goût le 13 novembre dernier, au Caire, quand le bus acheminant les joueurs algériens à leur hôtel, situé à peine à un kilomètre de l'aéroport, avait été caillassé par des hooligans locaux.
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Cette 27e phase finale de la CAN ne se présente décidément pas sous les meilleurs auspices. On en avait déjà eu un avant-goût le 13 novembre dernier, au Caire, quand le bus acheminant les joueurs algériens à leur hôtel, situé à peine à un kilomètre de l'aéroport, avait été caillassé par des hooligans locaux. Mais le sommet de l'horreur a évidemment été atteint vendredi passé avec l'attentat terroriste du véhicule transportant les joueurs togolais à la frontière entre le Congo et l'Angola. Un épisode sanglant qui aurait pu être évité si la délégation du Togo avait emprunté la voie des airs, comme on le lui avait recommandé, et non la route, avec les risques d'exposition que l'on sait. Les Eperviers ont fait fi de cette injonction et n'ont plus que leurs yeux pour pleurer aujourd'hui. Car le bilan est des plus lourds, pour eux, avec deux morts : l'entraîneur adjoint Abalo Amelete et le responsable de la presse, Stanislas Ocloo. Sans compter trois blessés, tous parmi les joueurs : le milieu de terrain du FC Nantes, Thomas Dossevi, le défenseur de l'équipe roumaine de Vaslui, Serge Akakpo et, le plus sévèrement atteint, car opéré au dos et à l'abdomen dans une clinique en Afrique du Sud, le gardien réserviste Kodjovi Obilalé, hors de danger maintenant. Par la voix de son ministre des Sports, Goncalves Mucandumba, l'Angola, pays hôte, a d'emblée fait savoir que la compétition allait se dérouler normalement. Des propos qui ne recueillirent toutefois guère l'assentiment de tout le monde, notamment dans le chef des médias algériens qui estimaient, non sans raison, que deux épisodes sanglants à deux mois d'intervalle, c'était beaucoup trop. Et que des mesures drastiques s'imposaient une fois pour toutes. " En Afrique, c'est la léthargie dans ce domaine ", observe Samir Lamari, rédacteur en chef du quotidien algérois Liberté. " Au nom du pouvoir et de l'argent, tous les coups sont permis, au propre comme au figuré. L'Egypte, c'est à la fois le berceau du football africain et l'un des plus beaux palmarès du continent, tant en ce qui concerne les Pharaons que ses grandes équipes de club cairotes comme El Ahli ou le Zamalek. C'est aussi un certain Mustapha Fahmy, secrétaire général de la CAF, la Confédération Africaine de Football. Dans ces conditions, il ne faut pas s'étonner qu'on ne touche pas à tout ce qui a trait directement à ce pays. Ici, en Angola, ce n'est évidemment pas le pouvoir qui prévaut, car les Palancas Negras ne sont pas des terreurs. Non, c'est l'argent le nerf de la guerre. Si le spectacle doit continuer, c'est parce que des sommes colossales ont été investies pour la mise sur pied de l'événement. " L'Angola, il est vrai, n'a pas lésiné sur les moyens pour obtenir l'organisation de la CAN 2010. Soucieuse de permettre à un maximum de pays africains de se doter de stades dignes de ce nom, la candidature conjointe du Gabon ainsi que de la Guinée Equatoriale paraissait avoir le plus de chances d'aboutir lors de l'attribution de la compétition, le 4 septembre 2006. Elle fut en définitive retenue pour 2012 alors que la Libye, où tout reste à faire également sur le plan footballistique, a obtenu pour sa part l'organisation de l'événement deux ans plus tard. A la surprise générale, c'est donc l'Angola qui enleva le morceau pour la version 2010. Pourquoi ? Sans doute sa présence à la Coupe du Monde en Allemagne, trois mois plus tôt, n'y était-elle pas tout à fait étrangère. D'autant plus qu'elle faisait suite, la même année, à sa participation à la CAN en Egypte, ce qui ne s'était plus vérifié pour elle depuis la phase finale au Burkina Faso en 1998. L'Angola avait donc le vent en poupe par rapport à la concurrence footballistique. Un élan qui se remarque aussi dans la vie de tous les jours. Après une guerre civile qui a duré depuis l'indépendance du pays, en 1975, jusqu'en 2002, opposant le pouvoir central marxiste à la guérilla pro-occidentale de l'Unita, tout s'est soudain accéléré. La preuve : en l'espace de huit ans à peine, l'Angola est devenu le troisième producteur de pétrole du continent (derrière le Nigeria et l'Algérie) et le premier producteur de diamants (devant la Sierra Leone). Poumon du pays, sur le plan économique, la capitale Luanda a subi une croissance exponentielle au point d'être la troisième plus grande ville lusophone du monde avec ses 4,5 millions d'habitants après Sao Paulo (18 millions) et Rio de Janeiro (6). Le pays, dirigé depuis 1979 par le président José Eduardo dos Santos a un milliard de dollars (670 millions d'euros) dans la construction ou la rénovation des stades, aéroports, hôtels, hôpitaux et voiries. Quatre axes ont ainsi été construits dans la ville pour favoriser l'acheminement des supporters vers le stade flambant neuf de Camama, dans la grande banlieue de la capitale. Celui-ci, ainsi que les enceintes de Cabinda, Benguela et Lubango, ont été édifiées par quelque 10.000 Chinois travaillant pour le Shanghai Urban Construction Group. Une firme qui s'est non seulement investie dans le sportif mais aussi dans le social puisqu'en l'espace de quatre ans, depuis la désignation de l'Angola comme pays organisateur de la CAN, bon nombre de logements sont sortis de terre. Témoin de ce dynamisme, le nombre incalculable de grues dans la capitale. Avec des ouvriers chinois qui ne sont jamais très loin. Tout ça ne se fait pas pour rien, bien sûr. En guise de retour, les Asiatiques sont entre autres prioritaires en matière d'accès aux réserves de brut du pays. Face à cet effort gigantesque, on comprend que l'Angola ait voulu mettre tout en £uvre pour que, malgré les tués et blessés togolais, la compétition soit disputée. Jusqu'au bout, les autorités locales et la Confédération Africaine de Football auront d'ailleurs mis la pression pour que les Eperviers ne se retirent pas de l'épreuve. D'après eux, un retrait de leur part eût été ressenti comme un triomphe par le Front de Libération de l'Enclave de Cabinda (le FLEC), à la base de l'attentant contre le bus des joueurs. Au départ, pourtant, leurs propos auront eu l'effet inverse. Car dans la Vila CAN, domaine spécialement construit pour abriter les diverses sélections appelées à en découdre sur place (le Togo, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et le Ghana, au premier tour de l'épreuve) les stars tels Emmanuel Adebayor (Togo), Didier Drogba (Côte d'Ivoire) et Michael Essien (Ghana) eurent tôt fait de se retrouver autour d'une même table. Mus finalement par une seule envie : renoncer à l'événement, eux aussi, avec leur équipe respective. Au nom du Cameroun, Samuel Eto'o, joint de son côté par gsm, marqua son accord également. Avant de faire volte-face, à l'instar de tous les autres. C'est que Constant Omari, du comité d'organisation de la CAF, tint à leur rappeler les sanctions en cas de non-participation volontaire : une suspension pour les deux prochaines CAN assortie d'une amende de 50.000 dollars. A ce tarif-là, mêmes les Togolais étaient prêts à jouer mais leur gouvernement ne voulut rien entendre, ordonnant un retour au pays. A priori, du moins, le temps d'enterrer ses morts car en ce début de semaine, les tractations étaient toujours en cours pour que le Togo participe quand même à la compétition après avoir fait forfait contre le Ghana lundi.... Pour le COCAN (comité d'organisation de la CAN) et le pays hôte, l'essentiel était cependant préservé puisque les trois autres nations du groupe n'allaient pas se désister. Au même titre que celles réparties dans les autres poules. C'est qu'en Angola, on tient vraiment, via ce premier événement continental à résonance internationale depuis 2002, à un retour sur investissement dont pourrait profiter une population dont 70 % vit sous le seuil de la pauvreté. Pour les visiteurs, la vie est très chère. Dans le cadre ci-joint, on évoque le côté plutôt chérot des hôtels. Mais tout est à l'avenant pour les suiveurs de la CAN, un simple plat coûte au bas mot 2.500 kwanzas, l'équivalent de 25 dollars. Un transport vers le centre-ville se négocie quatre fois plus. Et ceux qui veulent disposer d'une voiture avec chauffeur en sont quittes pour 10 dollars l'heure. Mais on n'espère qu'une chose au pays : que l'Angola franchisse l'un ou l'autre tour. Sans quoi, les stades risquent d'être déserts, représentant un fameux manque à gagner. Et, sous cet angle-là, les Palancas Negras ont accompli un premier faux-pas dès leur match d'ouverture face au Mali. Grâce à leurs individualités Flavio (à deux reprises sur un vigoureux coup de tête), Gilberto et Manucho (chaque fois sur penalty), les joueurs locaux étaient sur du velours (4-0) après 75 minutes de jeu. Mais c'est à ce moment que les vedettes des Aigles, plutôt effacées jusque-là, enclenchèrent la vitesse supérieure avec, à la clé, deux buts de Seydou Keita, un de Frédéric Kanoutéet un dernier de Moustapha Yattabaré dans les arrêts de jeu : match nul ! Au grand dam des 50.000 fans locaux, évidemment car pour leurs équipe tout est à refaire alors qu'à un fifrelin du terme, elle avait pour ainsi dire déjà un pied en quarts de finale...