Un an après avoir décroché sa cinquième couronne mondiale face à l'Allemagne, le Brésil a étrenné son titre de champion du monde à l'occasion de la Coupe des Confédérations, une épreuve officiellement régie par la FIFA depuis 1997. Bien des choses ont changé, depuis la consécration de Yokohama. D'abord, les pentacampeaoes ne se présentaient pas au complet : des stars comme Ronaldo, RobertoCarlos et Rivaldo manquaient à l'appel. Les deux premiers étaient toujours en lutte pour le titre de champion d'Espagne avec le Real Madrid, tandis que le troisième, souvent relégué au rang de réserviste à l'AC Milan, n'avait pas été convoqué. Dans ce contexte, la nouvelle star de l'équipe était Ronaldinho, le régional de l'étape en quelque sorte puisqu'il évoluait cette saison au Paris Saint-Germain.
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Un an après avoir décroché sa cinquième couronne mondiale face à l'Allemagne, le Brésil a étrenné son titre de champion du monde à l'occasion de la Coupe des Confédérations, une épreuve officiellement régie par la FIFA depuis 1997. Bien des choses ont changé, depuis la consécration de Yokohama. D'abord, les pentacampeaoes ne se présentaient pas au complet : des stars comme Ronaldo, RobertoCarlos et Rivaldo manquaient à l'appel. Les deux premiers étaient toujours en lutte pour le titre de champion d'Espagne avec le Real Madrid, tandis que le troisième, souvent relégué au rang de réserviste à l'AC Milan, n'avait pas été convoqué. Dans ce contexte, la nouvelle star de l'équipe était Ronaldinho, le régional de l'étape en quelque sorte puisqu'il évoluait cette saison au Paris Saint-Germain. Le sélectionneur aussi a changé. LuizFelipeScolari, très controversé au départ pour ses prises de position tranchées et son jeu défensif mais qui est malgré tout arrivé à ses fins en matière de résultats, est désormais à la tête du Portugal. Il a laissé sa place sur le banc brésilien à CarlosAlbertoParreira, qui avait été champion du monde en 1994 aux Etats-Unis. Nous avions eu l'occasion de le rencontrer il y a un peu plus de douze mois à Sao Paulo. Il était à l'époque l'entraîneur des Corinthians et n'imaginait sans doute pas redevenir un jour le sélectionneur de la seleçao, " l'un des jobs les plus prestigieux dans le monde du football mais aussi l'un des plus ardus car on est sans arrêt la cible des critiques ", selon lui. Nous avions évoqué avec lui la personnalité de MarioZagallo, un homme qu'il apprécie énormément et qui venait de tirer sa révérence. C'est lui qui était à la tête de la fameuse équipe brésilienne championne du monde en 1970, illuminée par la magie de Pelé. " Le Brésil devrait ériger un monument en hommage à Mario Zagallo ", avait déclaré Carlos Alberto Parreira. " Au lieu de cela, on le critique ". Le nouveau sélectionneur n'a pas oublié son maître au moment de constituer son staff : Mario Zagallo est aujourd'hui le directeur technique du Brésil. La première innovation tactique du duo a été de revenir au quatre arrière en ligne, alors que Luiz Felipe Scolari utilisait le plus souvent trois défenseurs centraux et deux flancs qui arpentaient le couloir. Contre le Cameroun, jeudi dernier, le Brésil était disposé dans une sorte de 4-5-1, qui se convertissait en 4-3-3 en possession du ballon, Ronaldinho et Ricardinho prêtant alors main forte au seul attaquant de pointe, Adriano. Ce système n'a pas encore fait ses preuves au niveau des résultats, jusqu'à présent. En novembre 2002, les pentacampeaos avaient certes remporté une courte victoire contre la Corée du Sud, mais ensuite, ils avaient dû se contenter de deux partages blancs contre la Chine et le Mexique, et de deux défaites contre le Paraguay et le Portugal. Et si, en préparation à la Coupe des Confédérations, ils avaient livré un match très encourageant contre le Nigeria, ils sont retombés dans leurs travers face aux Lions Indomptables qui se sont imposés 0-1 grâce à un superbe but inscrit par SamuelEto'o à cinq minutes de la fin. " En première mi-temps, nous avons dominé en possession de ballon, mais nous manquions de vitesse et de force de pénétration ", reconnaissait Carlos Alberto Parreira. " Après la pause, nous avons essayé de sortir davantage, mais sans parvenir à concrétiser. Le Cameroun a bien défendu : Adriano a été muselé et nos arrières latéraux n'ont pas pu monter comme ils l'auraient voulu. Progressivement, notre adversaire a pris confiance et en fin de compte, on peut considérer que sa victoire est méritée ". WinfriedSchäfer, l'entraîneur allemand des Camerounais, ne disait pas autre chose : " J'avais bien observé le match contre le Nigeria et j'en avais conclu qu'en coupant les ailes aux Brésiliens, nous aurions une chance. J'ai donc placé Idrissou à gauche pour empêché les montées de Belletti et j'ai disposé Geremi à droite pour contrarier Kleber de la même manière ". Tactiquement, Winfried Schäfer a donc gagné la partie. " La différence entre le match du Nigeria et celui du Cameroun ? Dans la premier, nous avons pu développer notre jeu ; dans le second, pas ", expliquait Ronaldinho, une nouvelle fois battu au Stade de France après avoir perdu la finale de la Coupe de France contre Auxerre, un mois plus tôt. Carlos Alberto Parreira a beau affirmer que le Cameroun possède une belle équipe, expérimentée et avec des joueurs de qualité : un vrai champion du monde aurait dû être capable de s'imposer. Il est vrai que, si le réservoir brésilien est vaste, certaines absences se sont sentir. Kleber, que le sélectionneur avait été chercher dans son ancien club des Corinthians, n'est pas Roberto Carlos à l'arrière gauche. Et Adriano, en pointe, n'est pas aussi percutant que Ronaldo. La veille, le Japon avait donné le coup d'envoi de la Coupe des Confédérations en battant la Nouvelle-Zélande 3-0 : deux buts de ShunsukeNakamura, qui allait encore marquer deux jours plus tard contre la France, et un du capitaine HidetoshiNakata. Là aussi, une touche brésilienne était perceptible. Depuis la Coupe du Monde, l'entraîneur français PhilippeTroussier a laissé la place à un certain ArturAntunesCoimbra, mieux connu sous son surnom de Zico : un autre monument du football-samba. A l'époque de sa splendeur, il était surnommé le PeléBlanc. C'est lui qui succéda au Roi avec le maillot frappé du numéro 10sur les épaules. Il a participé à trois Coupes du Monde : 1978, 1982 et 1986. Malheureusement, il n'en a remporté aucune. Il le regrette : " Si nous avions gagné l'une de ces épreuves, on jouerait différemment au football dans le monde aujourd'hui ", affirme-t-il. " En effet, à l'époque, le futebol brésilien était encore une forme d'art. Le jeu était basé sur le geste technique et les combinaisons. Hélas, comme ce style de jeu a débouché sur trois échecs successifs, certains en ont déduit que la seleçao devait modifier sa manière de jouer si elle voulait renouer avec le succès. Cela a eu des répercussions sur tout le football mondial. Les entraîneurs, aux quatre coins de la planète, se laissent toujours influencer par le style de jeu pratiqué par l'équipe championne du monde ". Aujourd'hui, Zico a 50 ans. Il milite dans le football japonais depuis douze années. Il était venu terminer sa carrière au Pays du Soleil Levant et était ensuite devenu le directeur technique de Kashima Antlers, un club avec lequel il remporta la J-League à quatre reprises. Les Japonais le considèrent désormais comme un des leurs. Il fut bien sûr un observateur attentif de la dernière Coupe du Monde, au cours de laquelle les petitshommesbleus se mesurèrent aux Diables Rouges dès la rencontre inaugurale. Selon lui, le Japon aurait dû atteindre la... finale de l'épreuve, ni plus ni moins. " Mais pour cela, les joueurs auraient dû pouvoir transformer le stress découlant de l'avantage du terrain en énergie positive. Or, j'ai l'impression que le fait de jouer à domicile les a plutôt paralysés. Cela s'est vu en huitièmes de finale contre la Turquie. Les Turcs étaient prenables ce jour-là, car ils devaient composer avec plusieurs blessures et suspensions dans le chef de joueurs importants. Le Japon n'a pas pu supporter cette étiquette de favori qu'on lui avait accolée, étant donné les circonstances. Même à dix minutes de la fin, alors qu'il était mené 0-1, il n'a jamais donné l'impression de vouloir se transformer en une équipe offensive et de jouer son va-tout afin de renverser le cours des événements. Il s'est contenté d'attendre l'issue fatale. C'est dommage, car après, le Japon serait tombé sur le Sénégal : une autre formation à sa portée. Les Coréens, qui étaient co-organisateurs, se trouvaient dans la situation inverse. Face à l'Italie, ils étaient les outsiders, mais ils ont su se montrer audacieux et en ont été récompensés. Au bout du compte, ils ont été les révélations de la Coupe du Monde. Pourquoi le Japon n'a-t-il pas été capable de réussir ce qu'a réussi la Corée ?" D'une éventuelle fatigue, dans le chef de Japonais qui auraient tout donné lors du premier tour, Zico ne fait jamais mention. Au contraire, il ne comprend pas pourquoi Philippe Troussier a apporté des modifications à l'équipe appelée à affronter la Turquie en huitièmes de finale. Zico : " Je ne veux pas critiquer mon prédécesseur. Chaque entraîneur a ses méthodes. Celui qui gagne a raison, celui qui perd a tort. Mais je constate des différences entre les entraîneurs européens et brésiliens. Un entraîneur européen a souvent tendance à effectuer des rotations au sein de son effectif. Personnellement, j'ai plutôt tendance à réitérer ma confiance au onze qui m'a donné satisfaction. La plupart de mes compatriotes agissent de la même façon. Regardez le Brésil l'an passé : la force offensive était basée sur les trois R (Ronaldo, Ronaldinho, Rivaldo). Le début de Coupe du Monde fut laborieux pour les Brésiliens, mais l'équipe n'a subi que peu de modifications et elle a progressivement grandi au fil de l'épreuve, pour atteindre le sommet de sa forme au moment des demi-finales et de la finale. C'est logique : plus les mêmes joueurs évoluent ensemble, plus l'harmonie se crée au sein de l'équipe. Evidemment, si l'équipe que l'on a composée au départ subit des défaites, il faut lui apporter des retouches. Mais sinon, je ne vois pas de raison pour changer ". Cette théorie a été mise en pratique vendredi contre la France : alors que JacquesSantini avait modifié son équipe à 90 % (seul OlivierDacourt avait été reconduit), Zico a aligné les 11 joueurs qui avaient battu la Nouvelle-Zélande lors du match d'ouverture. " Pour un entraîneur européen, tous les motifs sont bons pour changer l'équipe ", poursuit-il. " Joueur à l'Udinese, on s'était entraînés toute la semaine avec un certain onze, mais le jour du match, le coach a modifié la composition de son équipe parce que l'adversaire n'allait pas évoluer dans le dispositif prévu. Cela ne se fait pas au Brésil, car cela ruine tout le travail effectué en préparation. Il ne faut pas s'adapter à l'adversaire, mais imposer ses propres forces. Personnellement, j'ai aussi tendance à ne pas trop tenir compte de l'état de forme affiché par mes joueurs dans leur club. Si un joueur m'a donné satisfaction en équipe nationale, et que je constate ensuite qu'il subit un creux lorsqu'il retourne dans son club, je le rappelle malgré tout. Car le contexte est différent et il s'agit de constituer le bon amalgame ". Au niveau de l'approche tactique, Zico constate aussi des différences entre Philippe Troussier et lui : " Mon prédécesseur donnait la priorité au système. Il définissait le dispositif tactique et choisissait ensuite les joueurs capables de l'appliquer. Personnellement, j'agis de façon inverse. J'estime que chaque joueur possède des caractéristiques qui lui sont propres et j'essaye de trouver le système susceptible de mettre ces caractéristiques en valeur ". Le Japon, qui a laissé bonne impression lors des premiers matches de la Coupe des Confédérations, n'entend pas louper le rendez-vous germanique. Il veut faire honneur à son statut de nation montante du football asiatique et mondial.