D'une surface à l'autre, la route qui passe par le rond central a des airs de boulevard embouteillé. Dans cette atmosphère particulière, où les espaces pour se faufiler sont rares et les nerfs à vif, chacun a sa façon de trouver sa place. Il y a ceux qui enfilent le képi et s'installent au coeur du bouchon, pour fluidifier le trafic grâce à des passes pleines de flair, et ceux qui préfèrent jouer aux auto-tamponneuses, pensant plus à empêcher les autres d'avancer qu'à sortir de l'entonnoir.
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D'une surface à l'autre, la route qui passe par le rond central a des airs de boulevard embouteillé. Dans cette atmosphère particulière, où les espaces pour se faufiler sont rares et les nerfs à vif, chacun a sa façon de trouver sa place. Il y a ceux qui enfilent le képi et s'installent au coeur du bouchon, pour fluidifier le trafic grâce à des passes pleines de flair, et ceux qui préfèrent jouer aux auto-tamponneuses, pensant plus à empêcher les autres d'avancer qu'à sortir de l'entonnoir. Samuel Bastien, lui, est plutôt de ceux qui traversent la chaussée tête baissée, trouvant toujours l'insoupçonnable brèche au coeur de la circulation. Avec des crampons au pied, on appelle ça le sens de l'infiltration. Une qualité particulièrement précieuse au moment de pousser les portes de la surface adverse, ou d'étirer les lignes par un appel de balle vertical. Le football du désormais capitaine des Rouches est un jeu d'espace. Celui que ses mouvements créent, et ceux dans lesquels il peut s'engouffrer grâce à ses courses énergiques, qui avaient éveillé les louanges de Ralf Rangnick, l'inspirateur du football Red Bull, quand Bastien portait encore le maillot mauve en Youth League. Mis en lumière par l'adaptation du triangle axial de Michel Preud'homme, passé d'un triangle à pointe haute lors de sa première saison à une pointe basse ( Gojko Cimirot seul) après le départ de Razvan Marin, le numéro 28 de Sclessin peut alors laisser la création de jeu de côté pour se consacrer à la génération d'occasions, entre frappes à l'entrée de la surface et courses vers le flanc pour créer la surprise dans l'arrière-garde adverse. Deux fois buteur dans le 4-1-4-1 de Philippe Montanier en début de saison, il revient à court de forme dans un nouveau système, quand le Français semble avoir opté pour un 3-4-3. Les courbes de la nouvelle architecture liégeoise conviennent mal aux qualités du milieu de terrain namurois. Dans le duo devant la défense, ses passes deviennent plus importantes que son sens de l'espace. Ses points faibles en lumière, et ses points forts à l'ombre. Car Bastien désorganise mieux l'adversaire qu'il n'organise son équipe. Ses passes prennent rarement la route du jeu, et se retrouver si bas dans la circulation liégeoise l'emmène très vite vers des impasses. Ses courses qui brisent les lignes adverses, carte principale de son jeu, ne peuvent même plus sortir de sa manche, vu que le système implique une occupation constante de l'intervalle par le trio offensif, souvent emmené par un faux neuf. À Montanier de répondre à cette question: en difficulté pour créer le danger dans la surface adverse, le Standard peut-il se permettre de se passer d'un atout décisif neuf fois en 32 matches la saison dernière?