La boucle est bouclée pour Zizou. Et même un peu plus, sans doute. Car, en son for intérieur, le numéro 10 des Bleus n'avait sans doute espéré qu'une belle sortie, en quarts, contre le Brésil, ces auriverdes face auxquels sa prestigieuse aventure, avec l'équipe de France, avait commencé le 12 juillet 1998, à la faveur d'une première victoire historique des Coqs en phase finale de la Coupe du Monde. L'assist qu'il aura délivré à Thierry Henry, à Francfort, et qui se sera, en définitive, révélé décisif, lui aura valu en fin de compte des rabiots, devant le Portugal d'abord, puis face à l'Italie, souvenirs de deux autres succès conquis respectivement en demi-finale et lors de l'apothéose de l'EURO 2000.
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La boucle est bouclée pour Zizou. Et même un peu plus, sans doute. Car, en son for intérieur, le numéro 10 des Bleus n'avait sans doute espéré qu'une belle sortie, en quarts, contre le Brésil, ces auriverdes face auxquels sa prestigieuse aventure, avec l'équipe de France, avait commencé le 12 juillet 1998, à la faveur d'une première victoire historique des Coqs en phase finale de la Coupe du Monde. L'assist qu'il aura délivré à Thierry Henry, à Francfort, et qui se sera, en définitive, révélé décisif, lui aura valu en fin de compte des rabiots, devant le Portugal d'abord, puis face à l'Italie, souvenirs de deux autres succès conquis respectivement en demi-finale et lors de l'apothéose de l'EURO 2000. Dans la célèbre cuvette rotterdamoise, les troupes de Roger Lemerre avaient dû patienter jusqu'à l'ultime minute du temps réglementaire pour arracher l'égalisation, par le biais de Sylvain Wiltord, avant de porter l'estocade, lors des extra-times, sur un but en or, signé David Trezeguet. A Berlin, malgré une entrée prometteuse des Français, avec un but à la clé inscrit dès les premières péripéties de la rencontre, Fabio Cannavaro et ses équipiers ne se sont jamais affolés, posant calmement leur jeu. Il en a résulté un but égalisateur, à la 20e, par l'entremise de Marco Materazzi. En deuxième mi-temps, les hommes de Raymond Domenech prirent à nouveau un départ en trombe. Cette fois, leur pression dura bien plus longtemps. Via un Franck Ribéry particulièrement en jambes, ils créèrent même les meilleures escarmouches. Mais sans réussir à porter réellement le danger devant le but de Gianluca Buffon. Après des extra-times stériles, l'Italie l'emporta finalement aux pénos : 5-3. Et Zizou ? Cette apothéose n'aurait pu débuter de meilleure manière, car c'est lui qui se chargea de transformer d'emblée le coup de réparation accordé pour une poussée sur Florent Malouda. Le numéro 10 des Bleus fit encore valoir à plusieurs reprises, par après, son habileté. Après la pause, il aurait même pu plier le match sur un coup de tête qui nécessita une jolie claquette de son ancien partenaire à la Juventus, Gianluca Buffon. Malheureusement, il est passé d'une seconde à l'autre du statut de héros à celui de anti-héros. En cause, un stupide coup de tête de Zizou sur Materazzi, logiquement pénalisé d'un carton rouge par l'excellent arbitre argentin Horacio Elizondo. Pour Zinédine Zidane, c'était une fin en mineur mais il aura réussi au-delà des espérances, en Allemagne, en propulsant les siens en finale. En guise d'hommage, comment ne pas revenir sur le Mondial de cet artiste qui aura marqué d'une empreinte indélébile le football de son temps. " Le meilleur joueur des 20 dernières années " comme l'a justement dit Marcello Lippi, son ancien coach chez les bianconeri. Mais celui, aussi, paradoxalement, qui l'aura privé, au stade olympique, d'adieux plus grandioses encore. Pour Zinédine Zidane, la Coupe du Monde avait en réalité débuté le 17 août 2005. Ce jour-là, à l'instar de Lilian Thuram et Claude Makelele, Zizou avait accompli son retour en équipe de France à l'occasion d'une joute amicale contre la Côte d'Ivoire, au Stade de France (3-0). Le 3 septembre, le régisseur du Real Madrid livrait son premier match dans le cadre des éliminatoires face aux Iles Féroé (3-0). Zidane, qui avait soi-disant obéi à une voix dans le cadre de ce retour, n'était mû que par un seul désir : aider des Tricolores, peu fringants jusque-là, à se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde, et effacer la déception d'une peu reluisante campagne 2002, lorsqu'ils s'étaient fait éliminer d'entrée de jeu suite à des revers contre le Sénégal (1-0) et le Danemark (2-0) entrecoupés par un match nul devant l'Uruguay (0-0). Acquise à l'occasion de France-Chypre, lors de la dernière journée des préliminaires, le 12 octobre 2005 à Saint-Denis (4-0), la qualification, ainsi que la Coupe du Monde, prennent une tout autre dimension encore, dans le chef de Zizou, lorsque le 25 avril dernier, dans les salons du stade Santiago Bernabeau, il annonce sa retraite au terme de la campagne en cours. C'est donc sous la tunique nationale que le numéro 10 de l'équipe de France décide de mettre une dernière fois tout son talent et tout son c£ur au service des Bleus. Son premier match, contre la Suisse, laisse un souvenir mitigé, tant par le score (0-0) que par sa prestation personnelle. Disposée en 4-2-3-1, avec Zizou aux côtés de Sylvain Wiltord et Franck Ribéry, derrière un seul homme de pointe, Thierry Henry, la France et son meneur de jeu donnent une impression poussive. Face à une équipe helvétique bien organisée, les Bleus manquent singulièrement d'idées, de liant et de souffle. D'aucuns mettent d'emblée en exergue l'âge canonique de ses cadres et de la sélection en général qui, avec une trentaine d'années en moyenne, apparaît la plus vieille de la compétition. A côté d'elle, les Ghanéens, avec un average de 25 printemps tout juste, font l'effet d'une bande de gamins. Avec 80 ballons touchés en l'espace de 90 minutes, Zizou effectue un total de 60 passes réussies, pour 4 ratées seulement. Les données chiffrées nous apprennent aussi que 4 fautes ont été commises sur sa personne, pour 2 coups de sifflet contre lui. L'un d'eux a pourtant des conséquences fâcheuses : pour avoir tiré un coup franc trop vite, en fin de partie, le meneur de jeu de l'équipe de France est sanctionné d'un carton jaune bien sévère par l'arbitre Valentin Ivanov, qui allait faire parler de lui lors d'un certain Pays-Bas-Portugal de sinistre mémoire. Compte tenu de l'absence de buts à la Coupe du Monde 2002, la France en est alors à 360 minutes sans goal, ce qui ne manque pas d'étonner compte tenu de la qualité du duo formé de Zizou et Titi. Pourtant, malgré des statistiques navrantes entre eux (aucune passe décisive du premier pour l'autre en 50 rencontres communes), Zidane ne se fait pas faute de chercher son compère, surtout dans les diagonales. Au bout d'une heure de jeu, toutefois, les échanges se font de plus en plus rares et les deux hommes s'éteignent petit à petit. Selon certains collègues français, les Bleus sont cuits avant même d'entrer dans le vif du sujet. Raymond Domenech apporte une modification par rapport à l'équipe de base qu'il a alignée face aux Helvètes : sur le flanc gauche, Florent Malouda remplace Franck Ribéry, qui retrouve donc le statut de joker qui avait été le sien lors des joutes amicales face au Mexique, au Danemark, ainsi qu'à la Chine. Le sélectionneur français maintient toutefois le système en 4-2-3-1 utilisé contre Alexander Frei et les siens, et qui continue à susciter les controverses, vu que dans les matches de préparation, le coach s'était invariablement prononcé en faveur de deux attaquants. Les Asiatiques courent comme des dératés de la première à la dernière minute. Un entrain qui contraste de manière singulière avec l'apathie des Français qui, pourtant, dès la 9e minute de jeu, ont mis fin, par l'entremise de Henry, à une longue disette. Et les Bleus auraient dû logiquement bénéficier d'un deuxième but durant cette première période : une reprise de la tête de Patrick Vieira avait bel et bien franchi la ligne fatidique avant d'être repoussée par le gardien adverse. Tout au long de la deuxième mi-temps, les Français subissent alors la loi de leurs opposants. Minute après minute, les forces semblent lâcher Zizou, qui ne parvient plus à imposer son emprise sur le jeu. Pire, il écope d'un nouveau carton, synonyme de suspension pour le troisième match de groupe, contre le Togo, suite à une faute davantage due à son état de fatigue qu'à sa volonté. Mais le plus grave est encore à venir, sous la forme d'une égalisation coréenne, à une bonne dizaine de minutes du terme, signée Ji-Sung Park. Soucieux de tenter le tout pour le tout, le coach des Tricolores opte alors, à une poignée de secondes du coup de sifflet final, de remplacer le maître à jouer des Bleus par David Trezeguet. La suite, c'est une rentrée aux vestiaires de Zidane sans le moindre regard pour son coach et vice-versa. Une situation qui n'est pas sans rappeler celle que le principal intéressé avait vécue huit ans plus tôt déjà, lors du Mondial français. Pour s'être essuyé les crampons sur le thorax d'un Saoudien, Zizou avait également été prié de quitter prématurément le terrain, à la fureur d' Aimé Jacquet qui, sur le coup, ne lui avait pas pardonné son attitude. Les morceaux avaient été recollés par la suite, dans l'euphorie d'un succès. Dans ce cas-ci, reste à voir s'il en ira de même. Car il est de notoriété publique, dans le camp français, que la relation entre Zizou et Domenech est purement professionnelle mais que, pour le reste, les deux hommes n'ont pas le moindre atome crochu. En guise de prélude à cette rencontre, l'équipe de France, sans Zizou, a rempli son contrat en l'emportant par deux buts d'écart face au Togo. Le hasard, qui fait souvent bien les choses, veut que le capitaine des Bleus ait soufflé ses 34 bougies ce jour-là. Au sein de l'effectif français, chacun voulait mettre un point d'honneur pour lui offrir un beau cadeau. Et le plus chouette, c'était évidemment une accession aux huitièmes de finale, avec la perspective de rencontrer l'Espagne. Pour Zizou, ce match ressemble à nul autre. Car l'Espagne, c'est sa terre d'adoption depuis cinq ans et, selon toute vraisemblance, le pays où il coulera une retraite dorée. L'Espagne, c'est aussi les retrouvailles avec ses ex-coéquipiers du Real Madrid, Iker Casillas, Michel Salgado, Sergio Ramos ainsi que Raul. Véritable faux ami, ce dernier qui n'hésite pas, dans le cadre de la guéguerre des nerfs, à jeter de l'huile sur le feu en déclarant qu'il était navré, au même titre que ses partenaires, de signer l'arrêt de mort de Zizou. Une absence de bon goût relayée à profusion par la presse ibérique. Et notamment par le quotidien sportif Marca, qui n'hésite pas à afficher en une : - Vamos a jubilar a Zidane (on va pensionner Zidane). Sympa, franchement, pour quelqu'un qui a tant donné, l'espace de cinq ans, aux Merengue et qui, le 7 mai dernier, à la faveur de sa dernière prestation au stade Santiago Bernabeu, devant Villarreal, avait eu droit à une ovation debout interminable de la part de 80.000 socios. A l'époque, As, autre journal sportif, avait eu davantage de bon goût en titrant : - Zizou era el Regal de Madrid ( Zizou était le cadeau de Madrid). Fustigé par ce rendez-vous spécial, le numéro 10 des Bleus rentre une copie dite parfaite. Lui qui ahanait encore en fin de match, aussi bien contre la Suisse que face aux Coréens, termine en boulet de canon. D'abord en déposant un ballon, synonyme de 2-1, sur la tête de Patrick Vieira, puis en fixant lui-même le score définitif sur un contre où il réussit à la fois à mettre sur le mauvais pied Carles Puyol et Casillas. C'est une revanche sur ceux qui l'ont enterré trop tôt et après deux années sans gloire avec le Real. Car après avoir tout raflé avec ce club au cours de ses deux premières saisons, entre 2001 et 2003, il n'avait plus réussi à étoffer son palmarès. Ce qui valait bien une éclatante revanche. Après Raul, c'est un deuxième Galactique qui se dresse sur la route de Zizou sous la forme de Ronaldo. Un Ronnie en verve qui, avec 15 buts en trois phases finales de Coupe du Monde, peut désormais se targuer d'en être le meilleur réalisateur de tous les temps. L'attaquant du Real n'est pas le seul à avoir fait parler de lui dans ce Mondial. Kaka aussi a eu sa part d'éloges, tout comme Robinho, même si celui-ci a dû se contenter souvent d'un rôle de substitut. En dépit de la présence d'une pluie d'autres stars comme Ronaldinho entre autres, ce n'en est pas moins l'étoile de Zizou qui scintille le plus dans le ciel de Francfort. Aux dires de tous les observateurs qui l'ont suivi à la trace ces dix dernières années, jamais le capitaine des Bleus n'a livré un match aussi accompli. Sur 65 touches de balle, pas moins de 59 ont une issue heureuse, avec des lobs au-dessus de Ronaldo et Zé Roberto notamment, ou ces râteaux dont il a le secret. Mais l'assist dont tout le monde parle est celui qu'il délivre à Thierry Henry, le tout premier de leur trajectoire commune et qui vaut à la France de l'emporter finalement par le plus petit écart. Désigné Homme du Match, le capitaine des Bleus n'a pas le choix : il doit se présenter en salle de presse pour la remise de son prix, une chope en étain. Il est passé minuit lorsqu'il s'exécute, contraint et forcé, mais ne reste pas une minute de plus, au grand dam des plumitifs. D'après le responsable de la FIFA, appelé à lui céder son bien, Zizou a d'autres obligations. La vérité, c'est qu'il n'a pas envie de s'épancher. Depuis le début de la compétition, il ne s'est exposé qu'à une seule reprise au feu nourri des questions ; à l'avant-veille du match d'ouverture, contre la Suisse, et cette fois-là déjà, il n'avait pas été des plus prolixes. A la question de savoir comment il se sentait à l'approche de son ultime tournoi, il avait tout simplement répondu : " Bien ". Pas un mot de plus. Le reste, à peu de choses près, s'était limité à des monosyllabes aussi. Zizou n'avait pas apprécié les commentaires de ceux qui le disaient à bout, usé. Pour expliquer sa volonté de mettre un terme à sa carrière, un an avant l'échéance prévue, il avait dit deux mois plus tôt : " J'arrive en bout de course, mon corps me lâche. Je souffre trop pour continuer encore ". Un dernier Galactique s'oppose à Zizou : Luis Figo, qui subit en définitive un sort identique à celui de ses compères. Dans ce cas-ci aussi, le Portugais doit boire le calice jusqu'à la lie car c'est le capitaine des Bleus lui-même qui sonne l'hallali pour les siens en convertissant un penalty accordé pour une faute de Ricardo Carvalho sur Henry. Figo, Ronaldo, Raul et David Beckham congédiés, des stars du Real il ne reste donc que lui pour l'apothéose de l'épreuve. Mais autant il avait brillé face à l'Espagne et au Brésil, autant il fait peur. Son visage s'est émacié et en deuxième période, au moment où les Portugais s'installent dans le camp français, Zizou est aux abonnés absents alors qu'il était monté en puissance lors des tours précédents. Si les Lusitaniens avaient marqué durant cette période, tout porte à croire que l'équipe de France n'aurait pas trouvé les ressources pour renverser la vapeur. Dans le camp hexagonal, tout le monde s'en remet à Robert Duverne, le préparateur physique de l'Olympique Lyonnais, détaché pour la première fois auprès des Bleus. Du 22 au 26 mai, à Tignes, en Savoie, l'homme a peaufiné la condition de l'effectif et certains grognards ont retrouvé leurs jambes de 20 ans. C'est le cas de Vieira, décrié au début mais revenu au grand galop par la suite, comme en témoignent ses buts contre le Togo, l'Espagne et ses prestations dantesques contre le Brésil et le Portugal. Idem pour Claude Makélélé, plus saignant que jamais, ou pour Lilian Thuram, le défenseur central le plus fiable du tournoi au même titre que Fabio Cannavaro. Pour Zizou, il convient d'être plus réservé. Sa sudation est de plus en plus abondante et ses jambes de plus en plus lourdes. La question que tout le monde se posait, dès lors, était de savoir si ce septième et dernier match de la campagne des Bleus - le sixième pour Zizou, absent contre le Togo - ne serait pas de trop. D'autant plus que, par rapport à la Squadra, les Bleus auront eu un jour de récupération en moins. Interrogé à ce propos, 48 heures avant l'événement, Willy Sagnol se voulait rassurant : " On ira jusqu'au bout de nos forces et même plus. Non seulement pour nous mais aussi pour Zizou. Car il faut tout mettre en £uvre pour lui ménager une sortie à la hauteur de son talent ". BRUNO GOVERS, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE