J'ai l'impression d'être privilégié. Rien qu'en étant né en Belgique. Si vous grandissez en Albanie ou en Palestine, vous n'avez pas d'avenir. Nous vivons dans un paradis. Il est impossible de trouver mieux. J'ai atterri dans le monde réel plus tard que mes camarades de jeux. Ils étaient plus libres, ils ont effectué leurs premiers pas dans la vie plus tôt alors que j'ai reçu une éducation stricte. Je respectais mes parents et mes professeurs, bien qu'un moment donné, je me sois cru un peu supérieur. J'ai débarqué jeune dans un monde d'adultes, celui du football professionnel. Je n'avais plus de copains de mon âge: je passais mes journées avec des gens plus âgés. Comme je vivais encore chez mes parents, dans un milieu protégé, ils édictaient encore des règles de conduite alors que moi, je voulais mener ma vie comme je l'entendais: dormir quand je le pouvais, travailler quand je le devais et faire la fête dès que c'était possible. A cet âge, la vie est une aventure. Je n'appréhendais pas le football comme un travail. C'était un plaisir quotidien, même si j'étais payé".
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J'ai l'impression d'être privilégié. Rien qu'en étant né en Belgique. Si vous grandissez en Albanie ou en Palestine, vous n'avez pas d'avenir. Nous vivons dans un paradis. Il est impossible de trouver mieux. J'ai atterri dans le monde réel plus tard que mes camarades de jeux. Ils étaient plus libres, ils ont effectué leurs premiers pas dans la vie plus tôt alors que j'ai reçu une éducation stricte. Je respectais mes parents et mes professeurs, bien qu'un moment donné, je me sois cru un peu supérieur. J'ai débarqué jeune dans un monde d'adultes, celui du football professionnel. Je n'avais plus de copains de mon âge: je passais mes journées avec des gens plus âgés. Comme je vivais encore chez mes parents, dans un milieu protégé, ils édictaient encore des règles de conduite alors que moi, je voulais mener ma vie comme je l'entendais: dormir quand je le pouvais, travailler quand je le devais et faire la fête dès que c'était possible. A cet âge, la vie est une aventure. Je n'appréhendais pas le football comme un travail. C'était un plaisir quotidien, même si j'étais payé"."Retrouver mes racines: important""Je n'ai plus de contacts avec les camarades de classe que je fréquentais avant d'être transféré au Club. J'ai tâté de tout: le primaire à Ardooie, puis trois ans à Izegem et ensuite une école à Bruges. Du coup, je n'ai pas tissé de liens aussi étroits que si nous étions restés 12 ans ensemble. Je me souviens de quelques visages, de quelques noms de camarades de première latine. Beaucoup de gens passent toute leur vie dans le même village. Comme mes parents et ma soeur. Ils sont tout aussi heureux que moi mais je suis content d'avoir pu sortir d'Ardooie pour voir le monde grâce au football. Si j'étais devenu professeur, j'aurais eu une vision plus étriquée du monde et de la vie. Enfin, je crois. J'ai conservé les valeurs que ma famille m'a inculquées: le respect, traiter les gens comme je voudrais qu'ils me traitent, sans pour autant être très croyant. J'ai progressivement perdu ma foi, à cause de ce que j'ai vécu. La vie m'a appris qu'on était maître de son destin mais pas de tous les paramètres.Finalement, je me suis retrouvé dans ma région natale. J'aurais pu habiter aux alentours de Bruxelles mais j'ai préféré retrouver mes racines. Retourner à Bruges m'a empli de bonheur. Je n'avais pas le mal du pays mais j'éprouvais le besoin de m'installer quelque part de manière plus durable. Ça ne doit pas être si mal, puisque j'ai réussi à y attirer une fille d'Amsterdam... Il m'a quand même fallu user de toute ma force de persuasion. J'aime habiter près d'une ville. En dix minutes, je me retrouve au milieu de la foule. Mais j'habite dans un quartier calme. Je ne pourrais plus vivre à Ardooie, même si ma jeunesse y a été heureuse"."J'ai laissé un message au GBA""Si je me sens brugeois, flamand ou belge? A 12 ans, j'aurais répondu: citoyen d'Ardooie. Maintenant, je me sens flamand. Sans aller plus loin, sans y lier de connotation extrémiste. Quand je bois un verre à Bruges, je parle en patois. A la maison, nous parlions un dialecte. Et à l'école, j'ai appris le néerlandais véhiculaire. Un ancien professeur m'a dit qu'il était fier que je parle de manière aussi claire. Dans mon métier, c'est nécessaire. Je ne voudrais pas que les gens éprouvent des difficultés à comprendre mon charabia. Tout comme j'estime que je dois m'exprimer en français avec la presse francophone, puisque nous vivons dans un pays bilingue. Bien que ce pays soit en train de s'effilocher, à cause des différences grandissantes entre les deux régions.A mon arrivée à Anderlecht, j'ai appris qu'on me considérait comme un Flamand. La presse francophone vous colle immédiatement une étiquette. Pourtant, j'ai fait de mon mieux pour répondre à chacun de la même façon, sans nourrir de préjugés à l'égard des non-Flamands. Je regrette qu'on vous colle malgré tout une étiquette. Je ne classe pas les gens en fonction de leurs origines. Ainsi, j'entretiens d'excellentes relations avec Philippe Albert. Je m'intéresse à l'être humain. Durant la saison 87-88, j'ai mesuré avec Bruges le bonheur de partager succès et amitié. C'est le message que je laisse au GBA: essayez de bien vous entendre, sur le terrain et en dehors. En Angleterre, nouer de véritables liens était difficile, à cause du niveau sportif et de caractères qui étaient trop différents du mien. Ce sentiment a persisté toute l'année, malgré mes bonnes intentions. A part les entraînements, il y avait juste la Christmas Party. Les joueurs tenaient à leur vie privée à l'égard de la presse et ne se rendaient pas souvent visite. Pour voir un coéquipier, il fallait aller voir un match de football au pub. Je m'entendais mieux avec Waddle et Des Walker, qui avaient joué sur le Continent. Les autres restaient dans leur univers anglais. Ça ne m'a pas causé de vrais problèmes. J'ai essayé de nouer des contacts. En allant au golf, au pub, en cherchant les gens. Je ne suis pas d'un tempérament solitaire. Je me demande combien de temps je tiendrais sur une île déserte! Si j'aime être connu? La première fois que vous voyez votre tête dans le journal, vous êtes heureux. Mais ça vous passe vite. J'ai appris à être reconnu partout. Je l'accepte, je ne m'en trouve pas plus mal. Je suis connu grâce au football, sans le vouloir. J'imagine que dans quelques années, on me reconnaîtra plus difficilement. Si je prends cinq kilos et que ma photo ne passe plus dans le journal pendant un an, je m'attends à des réactions du style: -Je vous ai déjà vu quelque part, mais qui êtes-vous donc?Je ne joue pas la comédie. En 19 ans, mon image a évolué. Du jeune Brugeois insouciant et joyeux, je suis devenu un footballeur qui assumait ses responsabilités à Anderlecht, à la limite de l'arrogance. A l'étranger, j'ai replongé dans l'anonymat. On me trouve de nouveau plus sympathique en fin de carrière.Je suis souvent surpris de l'importance qu'on accorde à ce que je dis. Parce que j'étais un joueur important à Anderlecht, les gens pensent que ce que je dis est important. Il m'arrive de dire des choses banales qui prennent une tout autre dimension. Ça m'effraie"."Je plongerai... s'il y a assez d'eau""Je ne sais pas encore ce que je vais faire. J'ai l'intention de rester dans le milieu du football. J'ai adressé un signal clair. Je connais le métier. J'aime le changement mais je ne suis pas sûr de réussir en dehors du foot. Je ne vais pas plonger dans une piscine en espérant qu'il y ait assez d'eau! Je préfère m'assurer qu'il y a bien deux mètres d'eau et que je sais nager avant de m'y risquer. Constater pendant le plongeon que j'aurais mieux fait de m'abstenir serait douloureux...J'aime le monde du football. Je ne vais pas crier, de façon cynique, que c'est un milieu étriqué que je veux fuir. J'y ai toujours trouvé ma voie. Il n'est ni meilleur ni pire que celui des médecins ou des boulangers. J'ai fait mon premier voyage grâce au football, à 15 ans. Je me suis rendu au tournoi de Nice avec les Scolaires nationaux. Je n'avais encore jamais pris l'avion. Nomalement, depuis l'âge de 12 ans, je passais mes vacances d'été à cueillir du tabac chez des paysans, en compagnie de ma soeur, pour gagner un peu d'argent. Le football m'a ouvert les portes du monde. Il m'a tout donné. Sans lui, je n'aurais pas vécu dans un tel luxe, je n'aurais pas découvert le monde, je n'aurais sans doute pas rencontré ma femme. C'est pour ça que je suis si positif.Je suis de toute façon d'un naturel optimiste. J'essaie d'appréhender le bon côté des choses sans m'aveugler. J'aime bien vivre. Non pas que j'envisage de passer quelques années à la maison et de me consacrer au golf. Pendant les vacances, au bout de trois semaines, j'avais envie de rejouer au football. Ma vie va changer. Le rythme quotidien du footballeur va me manquer: les entraînements, la vie en commun dans le vestiaire. Mon corps est abîmé mais je m'en sors quand même bien. Je suis un sportif, j'aime jouer. Pour gagner. Il faut faire de son mieux, se livrer à fond, s'engager. C'est ce qui est gai. Je ne suis pas un fanatique. Je veux gagner, mais si je n'y arrive pas, je ne rends pas la vie des autres infernale".Geert Foutré"Grâce au foot, j'ai découvert le luxe, le monde... et ma femme""Je ne suis pas sûr de réussir en dehors du foot""Je suis connu sans le vouloir"