Un roquet. Un petit ket qui n'a peur de personne. Un simple soldat subitement promu au rang de colonel. Mogi Bayat (30 ans) est devenu, dans les faits, la figure de proue du Sporting de Charleroi. Son oncle, le président Abbas, a choisi d'envoyer le gamin au front. Bombardé en première ligne, le paratonnerre Mogi prend des coups. Mais il doit aimer ça, car ces gifles, il les cherche. Par des actions spectaculaires. Par des discours assassins. Par une subtile façon de rechercher et de trouver les spotlights.
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Un roquet. Un petit ket qui n'a peur de personne. Un simple soldat subitement promu au rang de colonel. Mogi Bayat (30 ans) est devenu, dans les faits, la figure de proue du Sporting de Charleroi. Son oncle, le président Abbas, a choisi d'envoyer le gamin au front. Bombardé en première ligne, le paratonnerre Mogi prend des coups. Mais il doit aimer ça, car ces gifles, il les cherche. Par des actions spectaculaires. Par des discours assassins. Par une subtile façon de rechercher et de trouver les spotlights. Qui est vraiment le petit insolent du Mambourg ? Une équipe adverse qui porte, à Charleroi, le deuxième ou troisième jeu de maillots du Sporting, c'est devenu presque monnaie courante. Mouscron, Mons et le Lierse sont tombés dans le panneau. Si la tenue de l'adversaire présente une vague ressemblance de couleurs avec celle des Zèbres, Mogi intervient. Une brève visite à l'arbitre, dans son vestiaire, une heure avant le coup d'envoi, et le tour est joué : " Bonjour Monsieur. Vous allez bien ? Bienvenue à Charleroi. Dites donc, les adversaires vont porter ce maillot-là ? Mais vous allez confondre les deux équipes. Si vous voulez, on peut leur prêter des vareuses ". Frustrés par la défaite et un arbitrage qu'ils avaient trouvé scandaleux, des Lierrois ont déchiré ou volé le maillot carolo qu'ils venaient de porter. En constatant les dégâts, Mogi est monté dans le car des visiteurs, toujours sur le parking. Il a alors exigé û et obtenu û une promesse écrite du président lierrois pour que celui-ci rembourse les maillots rendus inutilisables ou disparus. Au prix fort (125 euros par vareuse). Explication de Mogi : " Avec tous les sponsors qu'il y a dessus et donc les frais de flocage, nos maillots valent cher ". Bien vu ! On lui a sans doute coupé la parole avant qu'il n'ajoute que le Sporting avait déjà fait une excellente opération financière (en termes de visibilité) en faisant jouer les deux équipes avec les sponsors carolos... Dans le même genre : Toni Brogno est redevenu un vrai buteur, avec Charleroi, tout en ayant son salaire payé à 80 % par Westerlo û club avec lequel il n'a plus aucune attache contractuelle. Là aussi, Mogi a su faire les yeux doux à la direction campinoise. Tenir un discours du style : -Après tout ce que Toni a fait ici, c'est bien le minimum que vous puissiez faire pour lui. Avec le journal La Nouvelle Gazette, le deuxième pouvoir carolo, il est aussi parvenu à déminer un terrain sur lequel la guerre faisait rage. Son oncle n'avait pas compris toute l'utilité d'avoir de bonnes relations avec ce média. Mogi, lui, a vu clair : si un journaliste entend rire et dire dans son dos, après un match : -Salut, tu lui mets au moins un 8 à Bertrand Laquait ?, il sait que Mogi n'est pas loin. L'homme sait présenter sa marchandise. Souvenez-vous de Michaël Ciani, Mister Nobody à Charleroi jusqu'en janvier 2004. Après trois bons matches de ce défenseur avec les Zèbres, Mogi empoigna son téléphone pour souffler son nom à Raymond Domenech, alors entraîneur des Espoirs français. Ciani fut vite récompensé par une sélection chez les Bleuets, et en fin de saison, il était transféré à Auxerre pour un million d'euros. Alors qu'il n'avait coûté que des cacahuètes au Sporting. Bien vu, encore une fois ! Acheter pour une croûte de pain et revendre au prix fort, c'est l'affaire de Mogi. Aujourd'hui, c'est la revente de Laquait qu'il prépare. Lorsque des spécialistes consultés par notre magazine l'ont élu meilleur gardien du championnat belge, Mogi s'est empressé d'acheter une dizaine d'exemplaire " pour mes contacts en France "... Se débarrasser des gros contrats du passé, c'est aussi son affaire. Des joueurs toujours liés au club comme Alexandre Di Gregorio et Miklos Lendvai ont bien compris que leur présence n'était plus souhaitée. Et ils ont déménagé. Aujourd'hui, Mogi affirme que Charleroi a sans doute la plus petite masse salariale de D1. Avec un noyau qui porte méchamment sa griffe : seuls Frank Defays, Mahamoudou Kéré et des jeunes ne sont pas arrivés par son intermédiaire. Résultat de cette politique de la sagesse et de revenus commerciaux qui ont explosé : pour la première fois depuis une éternité, Charleroi va boucler la saison avec un bénéfice. Un dirigeant d'un club de D1 qui ne porte pas Mogi dans son c£ur nous a dit récemment : " Mais pour qui se prend-il ? Il oublie qu'il y a deux ans, il était encore dans la tribune de Niort avec une casquette sur la tête ". Mogi aime bien ce look d'homme de la rue. On l'a souvent vu avec l'une ou l'autre casquette, effectivement. On l'imagine bien partir négocier un contrat publicitaire chez McDo attifé comme cela et vêtu d'un jeans délavé. Histoire de montrer à ses interlocuteurs que le Sporting de Charleroi est un club simple pour des gens et des sponsors simples. Mais il est capable, deux heures plus tard, de se parer d'un costard trois pièces impeccable et d'une cravate conçue par un grand couturier pour aller discuter chez le responsable commercial d'une marque automobile prestigieuse. Mogi peut jouer au caméléon. Les murs des bâtiments de la fédération résonnent encore de quelques colères de Mogi Bayat. A la Ligue Pro, il a pris la place de son oncle, qui en avait marre de parler dans le vide. La voix de Charleroi, c'est désormais Mogi. Dernièrement, il s'y est illustré de façon peu glorieuse en utilisant des formules grossières pour exprimer son ras-le-bol en pleine tourmente du prétendu scandale de corruption. Débarqué dans une salle réservée à des journalistes, pour une conférence de presse d' AiméAnthuenis, il se vit montrer la porte de sortie par le gardien des lieux. La salle était réservée à la presse. Sa réplique à ce gardien, ce n'était pas du Baudelaire... Il s'en est pris aussi à Nicolas Cornu, le porte-parole de l'Union Belge, qui s'était emmêlé les pinceaux en évoquant les suites possibles, pour l'Antwerp, de preuves de corruption carolo. Selon la version officielle : -Monsieur Cornu est payé pour tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler ". Version unplugged : -Connard, de quoi tu te mêles ? Ou quelque chose du genre. L'arbitre Paul Allaerts a aussi pu juger du langage peu châtié de Mogi après un match entre Charleroi et le Lierse, en mars 2003. On ignore ce que lui a dit le dirigeant carolo, mais ça ne devait pas être très agréable à entendre. La famille Bayat décida d'ailleurs, après ces incidents, de récuser Allaerts û avant de faire marche arrière il y a quelques mois. Et les policiers carolos ? Eux aussi ont eu un aperçu du langage que peut utiliser Mogi. Lorsqu'il fut interpellé pour s'être garé en double file dans le centre de Charleroi, il leur expliqua en termes crus sa façon de penser. Avant d'empoigner son GSM en lançant : -Restez là, j'appelle le bourgmestre. Le ton de donneur de leçons qu'utilise parfois Mogi énerve certaines personnes. Un dirigeant de D1 a un jour confié : -Mogi Bayat, c'est la peste les jours pairs et le choléra les jours impairs ". A la manière d'un François Pirette ou d'autres humoristes caustiques, il n'a pas beaucoup de tabous. Un homme comme Robert Waseige en a fait les frais. Morceaux choisis : " Ce n'est pas moi qui ai des problèmes avec Waseige, c'est Waseige qui a des problèmes avec toute l'humanité (...) Waseige est ma plus grande déception du foot belge. Si j'avais été un faible, il aurait réussi à me dégoûter du football (...) Je pourrais encore dire beaucoup d'autres choses sur lui, mais je le respecte parce que son âge est là ". A l'origine du clash entre les deux hommes : une soirée de présentation, par le Sporting, des v£ux à la presse. Waseige n'y avait pas tenu son rang et Mogi le lui avait fait remarquer. Waseige avait répliqué : " Quoi ? C'est un gamin sortant d'humanités qui va me faire la leçon, qui va me dire quand je peux ou quand je ne peux pas boire un verre ?" A partir de cet incident, ce fut la guerre totale entre les deux hommes. D'autres exemples de discours forts et impertinents du manager général des Zèbres : " Les compétences footballistiques et financières de Lucien Gallinella sont proches du néant " (après le départ du duo Enzo Scifo-Gallinella) ; " Les Français de Charleroi apportent plus au football belge que les Français de La Louvière " (avant le derby de janvier dernier) ; " L'Antwerp ne jouera plus jamais dans notre stade, je l'ai promis à nos supporters. Si ce club remonte, le Sporting déclarera forfait contre lui " (suite aux rumeurs de corruption). Mogi se vante d'être un des plus jeunes managers de club d'Europe et ajoute qu'il est le seul, en Belgique, à faire ce job bénévolement. Ouais... Il est simplement payé par Sunnyland (la société de son oncle), et Sunnyland et le Sporting de Charleroi, ça ne fait qu'un... Jusqu'il y a quelques mois, il partageait son temps entre Sunnyland France (à Paris) et le club. Aujourd'hui, il travaille full time pour le Sporting. " Jusqu'à 15 heures par jour ", dit-il. Décidément, l'étiquette de nouveau Michel Verschueren risque de lui coller à la peau plus vite qu'il ne le pense ! Vous connaissez le petit Abdallah, un gosse capricieux, fils de riche, qui passe son temps à enquiquiner le monde et à tirer la langue au capitaine Haddock ? Ce sont les aventures de Tintin au pays de l'or noir. Toute ressemblance avec un personnage existant serait purement fortuite, comme ils diraient dans un générique de film... Mogi a déjà pas mal bourlingué. Il est né à Téhéran où son père, frère d'Abbas, dirigeait la plus grande entreprise de produits laitiers du pays. Peu avant la révolution islamique de la fin des années 70, la famille Bayat fila aux Etats-Unis où, à l'âge de 5 ans, Mogi a gagné son " premier combat contre la mort ". Il resta hospitalisé durant près d'un an à cause de graves problèmes pulmonaires. Ses parents émigrèrent ensuite dans le sud de la France : Mogi joua à l'AS Cannes jusqu'à l'âge de 14 ans et décrocha ses diplômes universitaires (marketing et développement industriel) sur la Côte d'Azur. Cap, ensuite, sur Paris pour y gérer la marche quotidienne de Sunnyland France. Aujourd'hui, Mogi (qui possède la double nationalité franco-iranienne) est installé à temps plein à Charleroi, à deux pas du stade. Et il s'est mis à l'apprentissage du patois local, soulignant ainsi son envie d'immersion totale. Ses parents, eux, sont entre-temps retournés s'établir en Iran. Dans les négociations avec des sponsors ou des joueurs, le patron, c'est Mogi. C'est lui qui oriente les discussions. Ça marche, car le maillot des Zèbres est devenu un véritable patchwork. Les packages à l'attention des sponsors, pour les gros matches à domicile, c'est aussi devenu une de ses spécialités. Une entreprise peut obtenir des places à un tarif ridicule, à condition d'en acheter 500, 1.000, voire plus encore. Charleroi est ainsi parvenu à attirer deux fois près de 20.000 spectateurs, depuis le début de cette saison (contre le Standard et Mons). Le cap des 6.000 abonnés a aussi été franchi durant l'hiver. Business is business ! Cette réussite commerciale est aussi spectaculaire que le succès de Mogi sur le plan des transferts peu coûteux. Encore une preuve que Mogi est intraitable dans les affaires : nous l'avons récemment surpris en discussion avec Dominique Leone, le président de Mons. Il demandait à Leone si la licence de l'attaquant camerounais Jeremie Njock était enfin en ordre. Réponse : " Non, on attend ". Et, réplique immédiate de Mogi : " Quoi ? Ce n'est pas encore en ordre mais vous le payez déjà ? Chez nous, pas de licence, pas de salaire ". Il y eut aussi l'incident avec Mustapha Sama, en début de saison. Le défenseur africain fut licencié sur-le-champ après être venu réclamer des primes de victoires pour des matches qu'il avait ratés sur blessure. Mogi affirma que Sama l'avait frappé, et le C4 fut immédiat. Un colosse qui s'en prend à un ket, ça devrait laisser de graves séquelles physiques. Mais on ne nous a pas signalé d'entrée, ce jour-là, aux urgences de l'hôpital planté face au Mambourg... Une autre explication tient peut-être mieux la route : le Sporting était suffisamment fourni en défenseurs centraux et ça devenait sans doute intéressant de se défaire d'un contrat inutile. Mogi Bayat a promis d'attaquer tous azimuts dès que son club aura été blanchi des accusations de corruption lancées par l'Antwerp. Il existe déjà une demande en dommages et intérêts vis-à-vis du club anversois, mais d'autres devraient suivre (visant notamment certains journaux et des gens qui ont témoigné contre Charleroi). La direction carolo a prévenu : quiconque s'en prendra au club devra en supporter les conséquences devant la justice. On retrouve bien là le caractère teigneux du manager général qui a déclaré : " Que mes ennemis se fassent une raison ; je suis au Mambourg pour très longtemps ". Pierre Danvoye" Que mes ennemis se fassent une raison : JE SUIS AU MAMBOURG POUR TRÈS LONGTEMPS " Un coup de fil à Domenech et 1 MILLION D'EUROS POUR UN CIANI inconnu trois mois plus tôt