Forces en présence
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Forces en présencePrès de 70% de joueurs étrangers dans l'effectif: aucun club de l'élite ne fait mieux que le club de Daknam. Même pas son voisin waeslandien Beveren, qui s'appuie pourtant sur 15 Ivoiriens issus de l'ancienne Académie de Sol Béni chère à Jean-Marc Guillou. A Lokeren, la présence africaine est bien réelle aussi avec pas moins de dix éléments issus du continent noir: les Ivoiriens Mamadou Coulibali, Patrice Zéré et Lezou Doba, les Guinéens Ibrahima Conte, Abdoul Karim Sylla et Sambegou Bangoura, les Congolais Papy Kimoto et Camille Muzinga, le Camerounais Jean-Pierre Ingom et le Burkinabé Patrick Zoundi. En nombre d'importance viennent ensuite les Islandais, qui sont quatre: Runar Kristinsson, Arnar Vidarsson, Arnar Gretarsson et le dernier transfuge Marel Baldvinsson. La saga des footballeurs de ce pays devrait d'ailleurs se poursuivre l'été prochain car les coalisés flandriens lorgnent actuellement leurs compatriotes Petur Marteinsson et Tryggvi Gudmundsson, actifs tous deux à Stabaek, en Norvège. La colonie étrangère est, en outre, complétée par le Slovène Mladen Dabanovic, le Bosniaque Suvad Katana auxquels s'ajoutait encore le médian tchèque Roman Vonasek en début de saison. L'Afrique et l'Est de l'Europe ont toujours constitué les principaux pôles d'attraction pour les Jaune- Blanc-Noir. On se rappellera qu'ils furent les premiers, aux prémices des années '80, à exploiter la filière nigériane avec Stephen Keshi, Samson Siasia et John Etim-Esin, entre autres. Auparavant, sous la houlette du manager Aloïs Derycker, ils s'étaient signalés en faisant converger vers la Flandre orientale des noms aussi ronflants que ceux des Polonais Wlodimierz Lubanski et Gregorz Lato ou encore les réputés Tchécoslovaques Karol Dobias et Joszef Vacenovsky. En revanche, l'attrait des Islandais est manifestement neuf chez eux puisque, dans le passé, seul Arnor Gudjohnsen, père d' Eidur (Chelsea) fit carrière à Daknam. "La génération nordique actuelle est pour nous, au niveau qualité-prix, ce que les recrues polonaises représentaient à l'époque du président Etienne Rogiers", dit le président actuel, Roger Lambrecht. "Pour moins de dix millions par an, nous sommes parvenus à attirer chez nous des éléments que l'on nous envie partout ailleurs, même à Anderlecht et Genk. Tant que nous aurons une longueur d'avance sur eux en matière de feeling, les plus beaux espoirs nous seront toujours permis". IntégrationChacun s'accorde à dire que, sur le terrain, le mix est particulièrement réussi entre la composante islandaise de l'équipe, porteuse aussi bien de génie dans le chef de Runar Kristinsson que de rigueur chez ses trois compères, et son alter ego africaine, synonyme à la fois de ferveur et de technicité. A Daknam, chacun tire manifestement profit des qualités des autres. On n'en veut pour preuve que l'identité de la ligne arrière, composée ces dernières semaines de quatre Africains: Ibrahima Conte, Lezou Doba, Patrice Zéré et Mamadou Coulibali. Un joli pied de nez, assurément, à l'adresse de ceux (comme l'entraîneur brugeois Trond Sollied à propos de Nzelo Lembi, par exemple), qui estiment que les joueurs de couleur cultivent par trop le goût du risque pour se voir attribuer une mission à haute responsabilité dans la défense. "Au contact des autres, le bagage de la plupart des joueurs s'est enrichi", observe Fi Laureys, cheville ouvrière du club depuis plus de 30 ans, et qui veille tout particulièrement au bien-être de l'impressionnante colonie étrangère du club. "Quand on voit Runar Kristinsson réussir une prouesse technique ou Lezou Doba mettre sous l'éteignoir, grâce à sa détermination, un avant adverse, il y a de quoi être fier", dit-il. "Aussi loin que je me souvienne, la cohabitation a toujours été une réussite chez nous. Même si certains avaient un caractère bien trempé, comme le Danois Preben Elkjaer Larsen ou le Hollandais René Van der Gijp. Mais tous ses talents et caractères disparates se sont toujours fondus avec bonheur dans le creuset de la collectivité. Le club, et moi-même en particulier, avons bien sûr toujours veillé à ce que tous ces garçons puissent se concentrer exclusivement sur leur métier en prenant à notre charge les petits soucis et tracas de la vie quotidienne. Mais la plupart de ces joueurs ont payé de leur personne aussi durant tout ce temps. Je m'en voudrais de ne pas citer l'exemple de Daniel Zitka qui meublait ses heures creuses en suivant des cours de néerlandais. Et ce qui vaut pour lui était d'application aussi pour une foultitude d'autres joueurs. En réalité, seul Jan Koller n'est jamais parvenu à maîtriser l'une de nos langues nationales. Mais il ne faut pas en déduire qu'il n'était pas intégré. Aujourd'hui encore, dès qu'il en a l'occasion, il revient à Daknam pour saluer tout le monde. Or il est quand même parti depuis plus de trois ans. Ce détail en dit long sur les liens qui unissent le club et les joueurs et qui se perpétuent de génération en génération. La preuve: Wlodek Lubanski s'est établi à Lokeren et Joszef Vacenovsky et Karol Dobias ont longtemps été nos scouts attitrés en Tchéquie et en Slovaquie, avant la flambée des prix dans ces nations. Voilà encore une autre forme d'échange dont chacun aura profité pendant des années". Poids sur le terrainLes Africains et les Islandais se tiennent vraiment de très près en matière d'apport sur le terrain, puisque Sambegou Bangoura (auteur de 15 buts jusqu'à présent) est talonné par Arnar Gretarsson (14) tandis que derrière le troisième artificier du club, Davy De Beule (11) Papy Kimoto partage la quatrième marche à égalité avec Runar Kristinsson (8). Il n'y a qu'en défense que la différence est nettement plus marquée puisque depuis qu'Arnar Vidarsson a délaissé la place de back gauche au profit de Mamadou Coulibali, pour monter d'un cran, l'arrière-garde des Coalisés se compose exclusivement de joueurs africains, commandés il est vrai par le gardien slovène Mladen Dabanovic, qui se sent lui-même comme un poisson dans l'eau au sein de cet ensemble à nul autre pareil. VestiaireLa complicité entre les composantes du noyau ne se vérifie pas seulement sur le terrain à Daknam. Elle est perceptible aussi dans la vie de tous les jours. "Notre capitaine, Arnar Vidarsson, est le véritable ciment de l'unité du groupe", souligne le coach-adjoint, Rudy Cossey. "Il a l'avantage de connaître cinq langues -l'islandais, le néerlandais, l'anglais, l'allemand et le français- et constitue donc un interlocuteur idéal en toutes circonstances. Relais du staff technique, il est aussi le guide de tous sur le terrain puisqu'il n'hésite jamais à passer d'un idiome à l'autre pour haranguer ou diriger ses partenaires. Lokeren est l'exemple qu'une tour de Babel n'empêche nullement une bonne compréhension et une bonne entente entre les lignes. A condition, bien évidemment, que chacun y mette du sien. Et, sous cet angle-là, il n'y a pas grand-chose à redire chez nous. D'un côté, les Islandais sont des grands professionnels dont le sérieux a déteint sur les Africains. La preuve: alors que ceux-ci ne brillaient pas toujours par leur ponctualité, ils n'écopent plus guère d'amendes aujourd'hui en raison d'une arrivée tardive à l'entraînement. Nos joueurs de couleur savent gré également, à leurs homologues islandais, de songer à leurs familles en Afrique en leur procurant à intervalles très réguliers des vêtements usagés. L'échange ne se fait pas uniquement dans un seul sens: les Islandais, plutôt discrets au départ, se sont indéniablement épanouis au contact des autres, beaucoup plus extravertis et expansifs. Chacun y a trouvé son compte et c'est ce qui explique pourquoi l'équipe, malgré ses éléments d'origines diverses, forme un bloc compact sur le terrain". Vidarsson parle cinq langues!