CHAPITRE 1 : LE BUG DE L'AN 2000

Laurent Haulotte : Quand je suis arrivé à RTL fin 1994, je me suis présenté comme journaliste sportif. C'est à peine si on ne m'a pas ri au nez. En fait, on m'a répondu : bon, écoute, ça tu oublies, nous, le sport, on ne fait pas. Sauf que cinq ans après, on avait la Ligue des Champions...
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Laurent Haulotte : Quand je suis arrivé à RTL fin 1994, je me suis présenté comme journaliste sportif. C'est à peine si on ne m'a pas ri au nez. En fait, on m'a répondu : bon, écoute, ça tu oublies, nous, le sport, on ne fait pas. Sauf que cinq ans après, on avait la Ligue des Champions... Stéphane Rosenblatt : Clairement, le sport, à l'époque, c'était le parent pauvre de la chaîne. Jamais, à RTL, on n'avait imaginé devenir propriétaire des droits de la Champions League. Et ce n'était en aucun cas le fruit d'une stratégie à long terme. Plutôt une décision purement opportuniste au départ. Parce qu'il y avait, à RTL, une vision très prudente vis-à-vis du sport. Et un monopole de fait de la RTBF. Michel Lecomte : Ce qui est dur à avaler, près de 20 ans plus tard, c'est que même en négociant à la baisse, on pouvait la garder. J'étais autour de la table ce jour-là, mais je n'ai pas eu voix au chapitre. Notre direction a été totalement absente. Mon chef, André Lembrée, était malade et notre administrateur général de l'époque s'est montré peu inspiré, ou plutôt mal conseillé par sa cheffe de cabinet... C'est peu de le dire. En fin de conversation, le négociateur de Team qu'on raccompagnait avec ma collègue Cécile Gonfroid, productrice au sport, m'a dit, vexé par si peu d'égards : quoi qu'il arrive, quelle que soit l'offre de RTL où je vais maintenant, ils auront les droits. On en a perdu des négociations - c'est le jeu - mais jamais dans des circonstances pareilles. Serge Vermeiren : Le soir même du jour où c'est devenu public, j'étais au Heysel pour un match des Diables ( Belgique-Croatie, samedi 2 septembre 2000, ndlr). Toute la presse belge était bouche bée. Les gens venaient chez moi : mais comment allez-vous faire ? Et c'est vrai qu'on sortait de nulle part. À l'époque, il n'y avait eu qu'un seul programme foot sur RTL, c'était Euro Foot, un magazine sur le foot belge. Pourtant, étonnamment, RTL s'est mis en tête de miser sur les forces internes. Marc Delire : Il le niera peut-être aujourd'hui, mais, moi, j'ai quand même eu des discussions très concrètes avec Eddy De Wilde, patron de l'info et des programmes à RTL. Il était même venu chez moi, sur la terrasse de mon penthouse pour discuter. On a été jusqu'à parler de faire un binôme avec Jean-Michel Zecca et moi. Jean-Michel Zecca : Je faisais encore des caméras cachées avec François Damiens à l'époque. Lui était assistant de production, il n'était pas encore arrivé à l'antenne. Un jour, Eddy De Wilde m'appelle. Je vois encore la scène. J'étais place Flagey, il me dit : tu vas faire les plateaux ! Sauf que moi, le foot, à part le Sporting Charleroi... Mais tout le monde savait que quand Eddy vous proposait quelque chose, vous ne pouviez pas vraiment dire non. Donc j'ai dit oui... Vermeiren : Zecca à la présentation, c'est du RTL en plein. La polyvalence extrême. On entre par le sport, on ressort par le divertissement et entre les deux, on fait de la politique. Haulotte : D'ailleurs, moi, j'étais au 19 h, mais comme j'étais aussi un des rares à avoir un passé de journaliste sportif à l'occasion de mes passages au Soir et à la RTBF, Eddy De Wilde m'a demandé si je pouvais combiner le journal avec le commentaire des matchs d'Anderlecht. On est à quinze jours du déplacement à Manchester à ce moment-là. Et rien n'est prêt, forcément... Vermeiren : C'est nous qui avons essuyé les plâtres en premier avec Pierre Migisha. Un mardi 12 septembre pour Sporting Lisbonne - Real Madrid avec Mbo Mpenza. Avec une seule consigne : viser un large public avec un style différent... On voulait d'entrée mettre notre griffe. Delire : Les commentaires, c'était quelque chose. Honnêtement, c'était une catastrophe, ils en faisaient des tonnes. C'est ce qui a, je crois, participé au fait qu'ils ont cravaché pour avoir une légitimité par la suite. Migisha : J'ai parfois trouvé certaines critiques, notamment d'autres journalistes, malhonnêtes et irrespectueuses. Nous n'étions quand même pas des pingouins ni des vendeurs de gaufres. On connaissait le foot. On faisait des erreurs, mais nous étions des passionnés. Haulotte : Moi, je commente Anderlecht le lendemain. Et pour le coup, je le reconnais moi-même, j'étais beaucoup trop expressif. Presque hystérique. Alors qu'ils venaient de prendre le bouillon ( 5-1 à Old Trafford, ndlr). Quelqu'un me l'a fait réécouter récemment, pour se moquer de moi. Je n'arrêtais pas de crier. Mais j'assume tout ! C'était en 2000 et aujourd'hui tout le monde fait ça. Vous écoutez un match sur RMC ou je ne sais où, c'est la folie. Je ne vais pas dire qu'on était précurseurs, ce n'est pas ça, mais on a été portés par l'émotion. Zecca : Il y avait une adrénaline incroyable pour la première en plateau. Mais à y repenser, oui, on a fait ça un peu vite. Un simple exemple, le plateau et ce terrain de subbuteo. Le kitsch en plein ! Et l'époque ne justifie pas tout. Pourtant, les invités se battaient pour venir. On avait tout le monde. Raymond Goethals, Robert Waseige et j'en passe.... Rosenblatt : C'est parce qu'il y avait cette vision très sérieuse, très élitiste du sport sur le service public qu'on a cherché à se démarquer. S'en est suivi une réflexion au moment d'opérer un choix à RTL sur la façon de mettre ça en scène chez nous. La première consistait à chercher cette même expertise et la crédibilité de la RTBF. Peut-être en allant recruter en dehors certains journalistes. La seconde, celle prônée par Eddy De Wilde, se voulait plus de l' infotainment du sport. Essayer d'offrir une vision plus populaire, plus people. Une politique éditoriale qui mènera au choix de Zecca pour la présentation en plateau, pour son côté décalé. Zecca : J'étais très pote avec Marc Delire, avec qui je faisais les 400 coups à l'époque. Mais quand il a vu la première, il m'a dit que j'étais un grand malade. Il y avait le plateau, mais il y avait mon style aussi. Je portais un costume 52 là où je taillais du 46. Des collègues me demandaient d'où je sortais mes costumes. C'était risible. Haulotte : Depuis 1983, RTL, avait bâti son succès en info sur l'idée de " l'autre vérité ". Et avait cette volonté de faire les choses autrement. On a voulu faire pareil avec le sport. De là naîtra l'idée de ce qu'on appelait en effet " le tapis de subbuteo " avec des gens autour qui applaudissaient, avec le but derrière Jean-Michel, avec des commentaires qu'on voulait plus sympas, plus dynamiques. Migisha : Eddy De Wilde voulait en faire un spectacle. Ce n'est pas qu'il voulait s'adresser à la ménagère de Marcinelle, mais presque. Zecca : La vérité, c'est que, quel que soit le présentateur, on s'est toujours fait dézinguer. Moi-même je me suis fait insulter de tous les noms. On était moqués face à la sacro-sainte RTBF. Encore aujourd'hui, c'est le cas. Luc Maton : Même plus tard, il y a toujours eu cette comparaison avec la RTBF. On avait beau travailler pour asseoir notre légitimité. On nous parlait toujours des Frank Baudoncq, des Marc Delire... Migisha : La vérité, c'est sans doute qu'on manquait d'expérience. Moi, au moment où je débute, ce que je fais de mieux, c'est imiter Arsène Vaillant et Roger Laboureur dans ma salle de bain. Et là, d'un coup, je me retrouve parachuté à commenter la Ligue des Champions alors que j'ai pour seule expérience de commentateur un RWDM - PSV en amical trois ans plus tôt avec Marie-France Muschang. " Un Noir et une femme " se moquaient alors les forums... Mais en 2000, c'était pire, parce qu'on était critiqués par la profession ! Delire : Il faut dire que ça a été très dur pour nous, à la RTBF, d'assister aux premières. Personnellement, c'était mon monde qui s'effondrait. J'étais un jeune journaliste débordant d'ambition, ça a été un trauma terrible. Puis le pire, c'est qu'ils ont eu un bol de cul (sic) avec les résultats d'Anderlecht...On était vert ! Lecomte : D'autant qu'on sortait de 9 ans de Ligue des Champions sur la RTBF. Et qu'on avait pris un petit point avec le Lierse... Haulotte : La chance qu'on a eue, clairement, c'est le parcours d'Anderlecht cette année-là. Et le plus fou, c'est que personne ne l'avait vu venir. Certainement pas après Manchester. Dans la foulée, ça devient la folie. En mars 2001, pour Anderlecht-Real, le premier quart d'heure, on a fait 950.000 téléspectateurs. Plus de 50 % de parts de marché ! Rosenblatt : Ça a aidé à relativiser les critiques dont nous étions l'objet, évidemment ! Même si, il faut l'avouer, on a dû ramer longtemps pour casser les stéréotypes. Et c'est vrai qu'à certains égards, on a parfois un peu tendu le bâton pour se faire battre. Haulotte : Il y avait aussi peut-être un problème d'identification à un moment. Le 11 septembre 2001, je suis à Moscou pour un match d'Anderlecht et donc moi quelque part, en tant que présentateur du 19 h, je loupe le 11 septembre. Vermeiren : Polyvalence qui avait aussi ses forces. En mars 2004, je suis à Madrid pour la C1. Le lendemain, à 7 h, j'ai ma direction au téléphone qui me demande de me rendre en urgence dans le centre parce qu'il y a eu un attentat dans le métro à Atocha. Je crois que je devais être le premier journaliste étranger sur place. Haulotte : Sauf que ça demandait beaucoup d'énergie. En 2003, au moment de la riposte américaine en Irak, j'ai enchaîné mon journal avec la présentation en plateau de la Ligue des Champions. Dans la foulée, on me demande de rester sur place parce que ça bouge en Irak. J'ai passé la nuit au maquillage pour finalement prendre l'antenne à 5 h du mat'. À ce moment-là, j'ai dit stop. Et c'est là que j'ai cette idée assez étrange d'aller chercher Georges Grün comme présentateur. Zecca : Moi-même à l'époque où je me faisais allumer, j'avais souvent entendu dire qu'il fallait un grand joueur pour animer ce genre de soirée. Un peu à l'image de Gary Lineker en Angleterre. Georges Grün : Je venais de Canal + à l'époque. La transition entre le consultant championnat belge sur Canal à présentateur de la Ligue des Champions sur RTL a été dure. Hyper compliquée même pour être honnête. Je suis tombé de haut parce que je pensais aussi que j'aurais plus d'occasions de me préparer en studio. Je crois qu'il n'y en a eu que deux ou trois pendant l'été. Très vite, on m'a dit : c'est bon, tu es prêt ! Haulotte : J'étais en régie pour sa première, c'était terrible. Georges, je le défends toujours aujourd'hui, mais je regrette de l'avoir balancé à l'antenne sans aucune préparation. Un peu à la RTL... Grün : Je me souviens de ce premier match. Un Belgique-Pays-Bas d'août 2003. Une catastrophe. Le sommet du stress. On avait fabriqué un plateau dans les vestiaires, on recevait plein d'invités. D'anciens Diables, le ministre des Sports, etc. Et je devais regarder le match sur un écran alors que j'étais au stade. Et comme je n'étais pas doué pour l'impro, ben ça a vite tourné au ridicule. Haulotte : Notre chance, avec le recul, c'est que cela se passe en 2003 et que les réseaux sociaux n'existaient pas. Les critiques, ça n'a jamais été que trois éditoriaux dans la presse. Et qui pour les lire ? Migisha : On était mal mis avec Georges parce que pour Laurent, Serge, Luc et moi, c'était notre héros de Mexico. Georges Grün quoi ! ! Le problème, c'est que ce n'était pas Gary Lineker. Ça a fait 3-4 années de dégâts. À l'époque, il suffisait d'aller dans n'importe quel stade de Belgique pour entendre les critiques. À Liège, à Charleroi, à Anderlecht... Sur ce coup-là, RTL s'est sans doute obstiné trop longtemps. Haulotte : Les retours étaient hyper durs et ça, je le regrette parce que c'est lui qui les a pris alors que c'était de ma faute. Moi, en effet, j'avais vu Gary Lineker et je trouvais ça incroyable. Mais ce que je n'avais pas du tout capté, c'est que lui avait suivi un mois de formation intensive à la BBC avant d'être parachuté à l'antenne. Grün : Ils me disaient tous : fais comme Lineker. Le problème, c'est que je ne parlais pas anglais. D'accord, je comprenais l'idée, mais lui avait le profil type. Et puis il était bien entouré aussi. Dans une ambiance bon enfant. Il n'y avait pas ça à l'époque à RTL. Le ton était différent en Angleterre. Je regardais les émissions, je ne comprenais pas tout, mais je voyais des invités qui se lâchaient. Les joueurs belges sont plus coincés. Maton : Georges, c'est un gentleman avec l'accent brusseleir. Je l'adore. Mais c'est vrai qu'à la présentation, c'était surtout un défenseur qui en avait plein les pieds. Il devait gérer l'oreillette, l'image, l'organisateur, le timing, donner le rythme. C'était trop pour lui. Grün : J'ai pas mal souffert pendant cette période. C'était surtout que ça me bouffait énormément d'énergie. Ça a été jusqu'au point où je me sentais mal avant les émissions. Stéphane Pauwels : Déjà à l'époque, j'entendais : Grün, il est mauvais. Je ne suis pas d'accord. Moi, je l'appréciais. Mais évidemment ce qui me plaisait, c'est quand il revenait sur ses expériences de joueur. Quand il m'explique qu'un jour, il a muselé Maradona, ça, c'est énorme ! Et c'est ce que je crois que les gens veulent entendre. Bien sûr, il est meilleur en match qu'en plateau. Mais Ginola aussi est parti de loin en France avant de devenir un super présentateur. Haulotte : En 2012, pour des raisons budgétaires, on abandonne certaines choses, mais on a toujours considéré que la Champions League, c'était la pierre angulaire de notre offre sportive. Maton : C'est là que Laurent Haulotte m'a demandé d'assurer le commentaire en plateau pour assurer une certaine continuité. J'étais avec des sauvages : Olivier Renard et Philippe Léonard. Ils étaient complètement décalés, mais il y avait une ambiance géniale. Et je peux vous dire qu'avec eux, les troisièmes mi-temps étaient arrosées. Je vois encore Philippe arriver à 15 h avec son sac de foot. Je crois qu'il va me montrer ses nouvelles chaussures, sauf que non, il avait pris ses provisions pour l'après-soirée ( rires). Philippe Léonard : Non, moi je ne prenais pas mes tartines, hein, il y avait ce qu'il fallait à RTL. Peut-être Olivier, il faut le lui demander ? Mais vous savez, boire un coup après l'émission, cela se faisait partout. Olivier Renard : Attention, on n'était pas des ivrognes non plus. Mais c'est vrai qu'un jour, avec Philippe, on avait proposé de ramener du bon vin italien pour remercier le personnel. Mais ce n'est pas le pire qu'on a fait, ceci dit. Un jour, on avait lancé un porno sur la tablette tactique de Luc pendant qu'il devait dire au revoir à l'antenne. Mémorable ! Maton : En fait, le plus compliqué avec eux, c'était le mardi. Parce qu'il y avait le mercredi derrière et qu'il fallait assumer. Je suis très nostalgique de cette époque, on a vécu de beaux moments. Pauwels : Contrairement à ce qu'on croit, Luc ne s'est pas barré à cause de Stéphane Pauwels, mais parce qu'il trouvait RTL trop classique. Il voulait faire du magazine. Et il pensait, sans doute à tort, qu'on allait me dérouler le tapis rouge. Et puis il y a eu cette histoire d'une interview malheureuse qu'il a donnée et qui lui a fait plus de tort qu'à moi. Maton : Je me suis fait piéger par un journaliste de Sudpresse qui était venu chez moi pour une interview. Après 1h30 de blabla, je finis par dire un truc sur Pauwels. Pauwels : Ça correspond avec les débuts de Café Brazil. Maton : Oui, c'est ça. Et avec mon franc-parler habituel, je finis par lâcher quelque chose que je n'aurais pas dû dire. C'est une époque où Stéphane cristallisait beaucoup de choses à RTL. Ce qui fait que dans la foulée, j'ai été privé de participation à la page Coupe du monde du Journal. Un choix logique, j'avais fauté. Et six mois plus tard, je quittais le navire. Pauwels : Depuis, les relations se sont apaisées avec Luc. On a même été voir Paris-Roubaix ensemble l'an dernier, c'est un ami. Maton : Ma dernière, c'était horrible. Jamais, je n'aurai le courage de revoir les images. J'étais comme un légume à ébullition, en dessous de tout. Le pire, c'est que j'ai regretté ce choix de partir sur Télésambre. Un regret terrible. Migisha : Moi aussi, j'ai regretté mon départ en politique en 2009. Surtout la manière dont ça s'est passé. Je commentais le samedi un Bosnie-Belgique. Le jeudi, je voyais Joëlle Milquet. Et le vendredi elle m'appelait pour avoir une réponse parce qu'elle voulait donner l'exclu à la DH dans le journal du lendemain. J'étais sur le parking du Delhaize d'Auderghem et j'ai dû prendre une décision en deux minutes. Le soir même, je suis passé en coup de vent vider mon casier à RTL. Sans dire au revoir à personne. Je n'aurais pas assumé de revenir le lendemain après la conférence de presse. Haulotte : À titre personnel, ça a été difficile, parce que pour moi, c'est toujours regrettable quand un journaliste quitte sa passion. Autant, il y en a pour qui on sent qu'il y a quelque chose de viscéral là-dessous, autant là, c'était simplement une réaction opportuniste à un moment donné. Migisha : Ce n'était pas de l'opportunisme, j'avais envie de faire bouger les choses. Mais Charles Piqué avait raison quand il m'a dit que j'aurais eu plus d'impact en restant dans les médias. Rosenblatt : Dans la foulée du départ de Luc, en décembre 2014, Stéphane Pauwels reprend l'antenne en février 2015. On sait déjà qu'il polarise, mais on décide d'assumer. Et je pense, avec le recul, que ça reste un investissement positif pour la chaîne. À la base, je ne le prenais pas pour faire le sniper foot, mais bien pour sa personnalité et ses indéniables qualités de contact. Et d'empathie vis-à-vis du public. Pauwels : D'ailleurs, initialement, je ne vais pas sur RTL pour le foot, mais pour faire de l'humain. Et parce que j'en avais assez de ne pas être considéré à ma juste valeur sur la RTBF. Là-bas, je n'étais même pas invité au barbecue de fin d'année avec l'ensemble de la rédaction sportive. J'avais 37 ans et je voulais faire d'autres choses. À la RTBF, on m'a simplement proposé d'aller dans un cube une fois par an. Dans le même temps, RTL acceptait que je lance Les Orages de la vie... Rosenblatt : Stéphane a beaucoup de défauts, mais de très belles qualités. Et on ne peut pas dire qu'il ne connaît pas le foot. C'est d'ailleurs lui qui nous a ramené quantité de chroniqueurs. Parfois très bons. Pauwels : Je n'avais pas spécialement envie de m'entourer des gens en place, à l'époque. Je ne voulais pas non plus tomber dans la facilité. À l'époque, quand on n'avait personne, on appelait toujours Yannick Ferrera. Il était sur Proximus, il était chez nous, il était partout. J'ai dit stop. Je trouvais aussi qu'un Olivier Renard ou un Éric Deflandre n'apportaient pas grand-chose. C'est pour ça que j'ai ramené Mbaye Leye parce que je connaissais sa verve et son charisme. Haulotte : C'est vrai qu'on a parfois été chercher des gens dans le passé qui étaient encore joueurs ou qui venaient d'arrêter. Et qui, du coup, vivaient sur leur acquis. Ou des entraîneurs en recherche de postes. Là où, quelqu'un comme Mbaye, par exemple, ça se voyait qu'il avait envie de faire de la télé. Un Philippe Vande Walle aussi. Pauwels : Ils n'ont pas toujours été si enthousiastes. Leye, ils ne le connaissaient même pas à RTL quand je leur propose. Alors que le gars était international sénégalais et avait déjà planté 100 buts en Pro League. Et Philippe, les gens disaient : c'est un raciste. Alors que s'il y en a bien un qui n'est pas raciste, c'est lui. Vous savez qu'il parle le dialecte sénégalais avec Mbaye ? Vande Walle : Il exagère. Je comprends le wolof, je ne le parle pas. Ça remonte à l'époque où j'habitais avec le regretté Mamadou Tew à Bruges. Pauwels : Ma force, comme présentateur, c'était de savoir faire exister mes chroniqueurs. Parfois, je me faisais passer pour plus bête que je n'étais. Je posais des questions idiotes à Mbaye Leye pour le mettre en valeur. Je voulais qu'il m'explique le jeu sans ballon... En fait, je me mettais en situation d'infériorité volontairement. J'ai aussi amené Anne Ruwet. Parce que je voulais une femme, mais pas une tartiflette. Les débuts n'ont pas été simples, je n'arrêtais pas de lui dire de ne pas écrire ses fiches. Ruwet : C'est facile à dire quand vous avez peut-être 100 ou 200 émissions derrière vous, mais moi je débutais. Évidemment que j'écrivais mes fiches. Déjà que j'étais une femme, on ne me pardonnait pas grand-chose, mais du coup, il était hors de question pour moi de faire une boulette à l'antenne. J'étais hyper préparée. Pauwels : Quand je suis arrivé, je trouvais le conducteur de l'émission trop figé. J'ai toujours voulu me distancier de ça, être plus dans l'impro. Et puis, franchement, est-ce qu'on a besoin de Bernard Pivot pour parler foot ? Est-ce qu'on demande à Walter Baseggio d'avoir fait science po ? Je ne crois pas. Emiliano Bonfigli : C'est vrai que Walter avait certains tics de langage au début. Je ne sais plus quel mot il utilisait pour dire verticalité, mais ce n'était pas français. On lui a fait remarquer gentiment. Ne dis pas ça, ce n'est pas français. C'est facile à dire si c'est fait avec respect. Mais en vrai, j'ai l'impression qu'on aime bien taper sur RTL. Pourtant, Marc Wilmots sur la RTBF à l'époque, ça ne volait pas toujours très haut non plus. Walter Baseggio : Mon premier match, c'était une demi-finale d'Europa League entre la Juve et Benfica avec Marc Delire. Marc avait été très sympa avec moi, mais il m'avait quand même dit de faire attention à mon vocabulaire. Il me reprochait de commencer toutes mes phrases par " je pense que ". Par la suite, j'ai pris l'habitude d'écrire sur un bout de papier devant moi : " ne pas dire : je pense que ". Et j'essayais de tenir le plus longtemps possible ! Philippe Vande Walle : Moi aussi, je suis conscient que je fais des fautes, mais on m'a dit que le téléspectateur se reconnaissait en moi aussi pour ça. Je crois que les gens aiment mon franc parler. C'est ce qui fait que la mayonnaise a assez vite pris. Et puis bon, je suis néerlandophone. Je sais que j'utilise parfois des expressions un peu scabreuses. Par exemple, un jour à l'antenne, j'ai dit " c'est clair comme de l'eau de pompe ". Clairement, là, je ne savais pas qu'on disait : " c'est clair comme de l'eau de roche ". Léonard : On a sans doute été moins compréhensif avec moi. Après, j'admets que ce n'est pas parce qu'on a été un grand joueur, qu'on est un grand consultant. Moi, j'étais trop discret, trop timide. Je n'osais pas couper la parole. Après un an, Serge Vermeiren m'a signifié qu'il n'avait plus besoin de moi. Vermeiren : On peut toujours faire mieux, mais il faut se dire que ces gars-là ne sont pas formés à ça. De mes années d'éditeur, j'ai toujours essayé de dialoguer beaucoup. Avec Philippe Léonard ou Olivier Renard par exemple. Pareil avec Walter. Mais il faut trouver l'équilibre subtil entre la spontanéité et le fait de jongler avec les codes de la télé. Haulotte : À RTL, on a appris à vivre avec un microcosme de 247 personnes sur Twitter qui, pour moi, est totalement insignifiant. Et je me contrefous de ce que ces gens disent. Nous, on ne fait pas la dictée du Balfroid, ce n'est pas ça l'émission. Après, j'admets qu'en tant que diffuseur, on a une responsabilité vis-à-vis de l'usage de la langue française. Et qu'il y a peut-être eu, il y a deux ou trois ans, dans un casting qui n'existe plus aujourd'hui quelques vrais problèmes. À un moment, j'ai d'ailleurs dit : là, les gars, c'est plus possible. Mais je crois que la manière dont on s'exprime en télé, c'est un problème plus global qui ne concerne pas que le sport. Et certainement pas que RTL. Pauwels : De toute façon, quand tu fais du volume en télé, tu as la moitié au moins qui vient d'un milieu compliqué. Et qui s'en fout pas mal d'avoir des fautes à l'antenne. Ce qui n'empêche que j'ai plusieurs fois demandé à Laurent qu'on encadre nos consultants qui avaient des lacunes, qu'on organise des débriefs. Ils ont parfois eu lieu, mais n'étaient pas constructifs. Quand j'avais le malheur de donner un 5 sur 10 à Serge Vermeiren, il me râlait dessus. Eux, c'était plutôt l'école du " tout va bien, tout va bien ". La méthode Coué. Quitte à se couper de la réalité. Mais c'est une constante en Belgique : on a du mal à entendre la critique.