La saison dernière, le FC Brussels possédait son mage en la personne de Robert Waseige, sauveur sportif du club. Cette fois, les Coalisés peuvent tabler sur un autre faiseur de miracles : Albert Cartier. Le coach français, qui avait déjà fait l'unanimité autour de ses compétences en menant les Loups à la septième place l'année dernière, est manifestement bien parti pour réaliser une performance du même acabit au stade Edmond Machtens.
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La saison dernière, le FC Brussels possédait son mage en la personne de Robert Waseige, sauveur sportif du club. Cette fois, les Coalisés peuvent tabler sur un autre faiseur de miracles : Albert Cartier. Le coach français, qui avait déjà fait l'unanimité autour de ses compétences en menant les Loups à la septième place l'année dernière, est manifestement bien parti pour réaliser une performance du même acabit au stade Edmond Machtens. A quelques encablures de la mi-cham- pionnat, les Molenbeekois, sensés se positionner dans la deuxième partie du tableau, se sont hissés entre-temps dans la colonne de gauche. Et à moins d'une ponction sévère lors du mercato, tout porte à croire que pour la première fois les Rouge-Noir-Blanc boucleront l'exercice à une place encore jamais atteinte au cours de leur jeune histoire. S'il en était ainsi, une grande part des mérites reviendrait à leur mentor. Le travail. Un détail m'avait tout particulièrement interpellé dans le chef de l'équipe bruxelloise en 2004-2005 : le nombre incroyablement élevé de défaites concédées par un seul but d'écart, le plus souvent en fin de match. Je m'étais fait la réflexion que si je conscientisais les joueurs sur ce phénomène et que je tentais d'y apporter les correctifs nécessaires, le FC Brussels allait faire inévitablement un pas vers l'avant. Dans un premier temps, ma préoccupation fut donc de travailler la concentration des joueurs. Tout au début, à la faveur d'un exercice de démarquage, j'avais été étonné de constater qu'un des joueurs était allé chercher un ballon sorti de l'aire de jeu en marchant. En deux temps trois mouvements, ce problème-là fut réglé : toute balle hors limites était automatiquement remplacée par une autre introduite sur la pelouse à un autre endroit. De la sorte, les gars étaient obligés de rester en mouvement et, surtout, de se repositionner directement. Afin que tous restent branchés à fond sur leur sujet, j'ai augmenté l'intensité par blocs de quinze minutes. Au bout de six semaines de préparation, mes hommes étaient fins prêts sur ce plan-là. A l'heure d'entrer dans le vif du sujet, je savais que je pouvais avoir tous mes apaisements dans ce domaine. Une impression qui s'est d'ailleurs vérifiée d'emblée, à Beveren. A l'occasion de notre entrée en matière en championnat, nous nous sommes imposés sur la marque de 0-2. L'année passée, l'équipe avait dû patienter jusqu'aux matches retour pour préserver enfin le zéro au marquoir. Une prestation, qu'elle n'avait réussi en tout et pour tout qu'une seule et maigre fois. Dès lors, ces débuts au Freethiel auront immédiatement été marqués du sceau de la satisfaction pour moi. Au Tivoli, j'avais eu l'opportunité de constituer moi-même mon groupe. J'ai ciblé en fonction du football que je voulais déployer et des possibilités du club. Ici, par contre, j'ai hérité d'un noyau, auquel je n'ai pu apporter que l'une ou l'autre retouches en fonction de l'enveloppe financière. D'une entité à l'autre, les différences sont importantes. A La Louvière, je disposais d'un effectif dont l'essentiel des composantes étaient des joueurs explosifs. Il en résultait un football agressif avec des garçons qui chassaient immédiatement pour la re- conquête du ballon. Et ce, quel que fût la position de l'adversaire sur le terrain. Il est parfois arrivé que la paire centrale en défense, formée de Geoffray Toyes et d'Olivier Guilmot, presse à 35 mètres du but adverse. Mais ce n'était pas anormal, compte tenu du profil des joueurs. A Molenbeek, c'est tout à fait différent. Dans mon effectif, je ne possède pas de joueurs comme les précités, voire comme Yannick Vervalle, Michael Klukowski ou Manaseh Ishiaku, capables de jaillir en une fraction de seconde. J'ai des footballeurs moins toniques, pourvus d'autres qualités. Au départ, j'ai voulu procéder comme dans le Centre mais les premiers résultats des matches amicaux m'ont forcé à virer de bord. Contrairement à ce qui se passait chez les Loups, où je pouvais me permettre d'évoluer avec un grand espace entre le dernier défenseur et le gardien, il fallait impérativement réduire cette marge au Brussels où la défense est moins rapide. C'est pourquoi nous avons reculé de dix mètres dans le jeu. Lorsque nous perdons le ballon, le propos n'est pas de harceler l'adversaire mais de se mettre en place. On lâche de la profondeur tout en resserrant les boulons et c'est tout le bloc qui se déplace jusqu'à l'interception du ballon. Nous avons en effet pris 8 sur 12 contre les quatre ténors - Anderlecht, Bruges, Standard et Genk - tout en réalisant deux partages contre ces adversaires de valeur que sont Charleroi, révélation de la saison en 2004-2005, et Zulte Waregem, qui fait figure de bonne surprise cette année. Notre seul véritable faux-pas, nous l'avons effectué face au Cercle Bruges qui nous a battus 1-2. Dès le départ, j'avais signalé que c'était le match piège par excellence. La semaine précédente, l'équipe avait réalisé un coup d'éclat en gagnant 0-3 à La Louvière. C'était une rencontre un peu spéciale, non seulement pour moi, qui revenait pour la première fois au Tivoli, mais aussi pour les joueurs qui re- trouvaient leur ancien coach, Emilio Ferrera. Dans ces conditions, on se su- blime toujours. Sept jours plus tard, la situation était inversée. Cette fois, c'était l'entraîneur Harm van Veldhoven qui revenait sur ses terres, ainsi qu'un certain Dieter Dekelver, avide de revanche. Et tous deux ont triomphé : mon collègue en obtenant la victoire et son joueur en paraphant les deux buts. Reste à voir si cette défaite était un accident de parcours, dû au contexte particulier, ou s'il faut creuser plus loin. Qu'on le veuille ou non, les points qu'on a engrangés jusqu'à présent sur notre terrain ont été acquis face à des équipes qui ont toujours joué le jeu. Notre position de repli les a gêné et c'est peut-être pourquoi, à raison, nous nous sommes bâtis une réputation de formation qui contrecarrait habilement l'opposant. Contre Roulers et Saint-Trond, tout laisse supposer que nous devrons dicter nous-mêmes la marche à suivre. C'est une mission un peu plus compliquée, dans la mesure où il est plus difficile de mettre en place une animation offensive que défensive. Ces deux rencontres seront révélatrices de notre évolution. Au-delà du résultat, je veux de toute façon une mise au point par rapport à ce que nous avions montré devant le Cercle. Ce soir-là, nous n'avions pas donné la réplique escomptée. Je ne cesse de répéter aux joueurs que si l'on peut combattre sans jouer, je ne cautionne nullement qu'on joue sans combattre. Dans un cas, c'est OK, dans l'autre, c'est KO. Or, à cette occasion, la volonté de s'arracher avait fait défaut de manière cruelle chez eux. Et c'est une tare que je n'admets pas. Je suis entraîneur mais je suis également un homme. Et je fais face à des joueurs qui sont aussi des êtres humains. A un moment donné, dans l'optique du match contre Zulte Waregem, j'ai senti qu'il y avait un décalage, au niveau des exigences, entre le groupe et moi. Désolé, mais je n'entends pas sacrifier ma vie de famille et passer 14 heures par jour dans un club, si le professionnalisme ne vient que d'un côté. J'ai dit aux joueurs ce jour-là : -Si c'est un amuseur que vous voulez, c'est votre affaire. Mais sachez que ce ne sera pas moi. A mes yeux, il convient de souffrir en semaine pour mériter sa récompense le week-end. En football, tout le monde a envie de gagner. Mais sous-jacente à cette envie-là, il y a aussi l'envie de se préparer à gagner, qui est un travail de longue haleine car il commence dès le premier entraînement de la semaine. Tout le monde n'en était pas conscient dans le groupe et il m'a fallu mettre les points sur les i. Depuis lors, je n'ai plus eu à le faire. Je pense qu'ils ont tous compris le message. On avait un objectif bien défini au départ et c'est vers lui qu'il faut tendre. Loin de moi l'idée de me plaindre. Je préfère me trouver dans la première partie du tableau que dans la deuxième. Et si je suis huitième, il me semble logique de viser la septième place, puis la sixième, et ainsi de suite. Il faut toutefois être réaliste : passer de la 15e à la 11e place, comme demandé, c'est jouable. Mais grimper de la 8e à la 4e, c'est beaucoup plus compliqué. Ce n'est plus le Mont Blanc qu'on gravit, dans ce cas de figure, mais carrément l'Everest. Pour un groupe jeune, pas vraiment pléthorique, envers qui les exigences sont de taille, il me paraît préférable de ne pas courir deux lièvres à la fois. Il faut rester en phase par rapport à nos ambitions et nos moyens. J'ai cru comprendre que plusieurs clubs hollandais, français et turcs faisaient les yeux doux à notre Brésilien. Pour avoir eu un entretien récemment avec le président, je sais qu'il est déterminé à conserver le potentiel de l'effectif, et même l'améliorer. Mais je suis lucide : il y a des offres qu'un club de la dimension du Brussels ne peut refuser. Dans ce cas, il faut trouver la parade et anticiper. C'est dans ce cadre-là d'ailleurs qu'il faut interpréter le test de Yéro Dia, un défenseur libre qui était à La Louvière. Pour remplacer l'infortuné Alex Clément, qui ne jouera malheureusement plus cette saison, il y a en réalité cette option de recrutement ou attendre le rétablissement de Davy Theunis. Je suis pour un engagement. De la sorte, le joueur en revalidation ne sera pas engagé dans une course contre la montre pour revenir. D'autre part, la venue d'un nouveau, jeune, polyvalent, et cadrant à merveille dans la philosophie du club, permettrait de développer d'autres orientations. Comme celle de Steve Colpaert à un poste de demi récupérateur par exemple. C'est à cette place, d'après moi, que se situe son avenir. Le président m'a demandé de réfléchir. C'est peut-être un peu tôt, en ce sens que le premier tour n'est pas encore terminé et qu'un tas de choses peuvent se produire au deuxième, aussi bien sur le plan sportif qu'humain. Ceci dit, chaque fois que j'ai eu une conversation avec Johan Vermeersch, jusqu'à présent, j'en suis sorti plus fort et déterminé. C'est quelqu'un qui sait ce qu'il veut et qui, entre quatre-z-yeux, est tout à fait différent du personnage qui, en public, pousse des gueulantes à tire-larigot. BRUNO GOVERS " COMBATTRE SANS JOUER, C'EST OK. JOUER SANS COMBATTRE, C'EST KO "