"Je n'ai pas fait le tour du monde pour m'asseoir sur le banc. Je veux la place de Vladan Kujovic ", déclarait Mathew Ryan sur la chaîne australienne SBS, en juillet, peu après avoir signé un contrat de trois ans au Club. Qu'avait prouvé ce gamin de 21 ans pour afficher de telles prétentions ? Il avait été titulaire trois ans aux Central Coast Mariners, en A-League.
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"Je n'ai pas fait le tour du monde pour m'asseoir sur le banc. Je veux la place de Vladan Kujovic ", déclarait Mathew Ryan sur la chaîne australienne SBS, en juillet, peu après avoir signé un contrat de trois ans au Club. Qu'avait prouvé ce gamin de 21 ans pour afficher de telles prétentions ? Il avait été titulaire trois ans aux Central Coast Mariners, en A-League. Philippe Clement, l'entraîneur-adjoint, précise : " Mathew voulait devenir le numéro un mais il ne planait pas. La hiérarchie n'était pas fixée mais la blessure de Vladan a servi Ryan, qui a alors progressé très vite. " Positif, le gardien est aussi le premier à reconnaître ses erreurs. " Il a déjà joué sous pression pendant trois ans et ça se voit à son coaching, par exemple. Il dirige sa défense mais sans passer son temps à gesticuler. C'est un professionnel accompli. " 13 mars 2011. Mathew Ryan, âgé de 18 ans, dispute sa première grande finale contre les Brisbane Roars, sous le maillot des Central Coast Mariners. Il cherche du regard sa mère, parmi les 50.000 spectateurs massés dans le Suncorp Stadium. Il lui doit tout. Après son divorce, Carol a élevé seule Mathew et sa soeur Megan. Elle a préservé son fils des tentations, a payé ses cotisations, l'a conduit aux matches et aux entraînements, elle l'a soutenu dans les moments difficiles. Car Mathew avait un problème : il était petit. S'il était titulaire au Plumpton/Oakhurst Soccer Club, il était boudé par les grands clubs. " Ma mère me consolait en me demandant si je voulais être le meilleur maintenant ou dans dix ans. Elle me répétait que j'allais finir par grandir. Elle m'a aidé à me concentrer sur mes atouts et à travailler. " Ce jour-là, il veut la remercier pour ces sacrifices. " Ma mère m'a soutenu, elle m'a inculqué des valeurs. " Les Mariners s'inclinent aux tirs au but mais Ryan reçoit la médaille Joe Marston, le trophée qui récompense le meilleur joueur de la finale. " C'est une maigre consolation, j'aurais préféré gagner le match. " Son entraîneur, Graham Arnold, confiait : " Il s'est excusé de n'avoir intercepté aucun penalty. Cela en dit long sur son caractère. " Initialement, Jess Vanstrattan, un ancien gardien de Vérone et de la Juventus, était le portier attitré mais Ryan a saisi sa chance lorsqu'il s'est blessé, lors de la troisième journée. Il a commencé par une gaffe sur le terrain de Sydney mais l'entraîneur ne l'a pas écarté : " Les jeunes commettent des erreurs. " Ryan a alors préservé ses filets treize matches de suite et eu une large part dans la qualification des Mariners pour la finale. Il reçoit le Young Footballer of the Year Award. " Je dois me pincer tous les matins : je ne m'attendais pas à jouer cette saison. J'en profite pour remercier mes entraîneurs. " Il parle de John Crawley, l'entraîneur des gardiens, qui l'a repéré à treize ans à la Westfields Sports High School pour le transférer à Blacktown City, un club formateur, puis aux Mariners. " Il m'a offert ma chance. " En décembre 2011, un peu plus d'un an après ses débuts, Crawley analyse son poulain pour Football Australia : " Il est bon sur les ballons aériens. Il compense sa taille moyenne par sa détente et son timing. Il est particulièrement efficace homme contre homme. Il s'appuie sur ses réflexes. Il distribue bien le jeu. Son tir de 50 à 60 mètres est très précis. En quoi peut-il progresser ? Je pense qu'il a déjà tout. " Philippe Clement : " Selon moi, un bon gardien arrête les ballons et les capte, si possible. Ryan le fait. Il ose sortir sur les balles hautes et il participe bien au jeu. C'est déjà pas mal. Je n'ai pas vu beaucoup de meilleurs gardiens en 22 ans de métier. Il est avide d'apprendre. À la fin de l'entraînement, il s'astreint à des séances de tirs au but, par exemple. C'est un battant, un fanatique même. " Mathew Ryan affirme n'être qu'un banal garçon de Plumpton, un village de 8.000 âmes situé à 50 kilomètres de Sydney. Il y a joué, pédalé, pratiqué le football. " J'ai commencé en attaque puis un voisin m'a demandé d'essayer de jouer dans les buts. " Il se distingue aussi en tennis, le sport de sa mère, mais il préfère le football. " La plupart de mes amis y jouaient. En plus, comme j'étais mauvais perdant, je cassais beaucoup de raquettes. " " Son passé tennistique est important ", intervient Joost Desender, préparateur physique du Club Bruges. " Les enfants qui ne s'adonnent qu'à un sport développent moins leurs aptitudes motrices et souffrent plus vite de blessures : ils n'ont pas acquis de stabilité ni d'équilibre. On peut débuter tard en football, même à onze ans, pour autant qu'on ait pratiqué d'autres sports avant. C'est leur multiplicité qui permet d'apprendre aisément de nouvelles techniques plus tard. Si le jeu au pied de Ryan est bon, c'est parce qu'il a été stimulé très tôt. Un shoot, c'est une combinaison d'équilibre - tenir sur une jambe - et de précision. " Autre facteur crucial, la formation dont a bénéficié Ryan à la Westfields Sports High School. " Il y régnait une culture du sport de haut niveau ", explique le gardien. Joost Desender confirme : " Grandir dans un tel climat a un impact sur votre style de vie et votre mentalité. Ryan se sent responsable de sa progression. Il est un produit typique de la culture australienne, qui forme des athlètes selon le modèle Long-Term Athlete Development. Il a été formé pendant quinze ans, en recevant les stimuli nécessaires à chaque étape de son développement. C'est grâce à ça qu'il est le meilleur du groupe dans les tests de saut. " Au terme de sa deuxième saison, Ryan est encore élu Jeune Joueur de l'Année et remporte le Golden Glove du meilleur gardien. Tottenham et West Brom le convient à un stage. Lors de son deuxième entraînement à Tottenham, il se blesse à l'épaule et retourne en Australie, sans contrat. " Je n'étais pas déçu. Viser la Premier League à cet âge aurait été de la folie. " La troisième année, Lille, Hull City et les Glasgow Rangers le convoitent mais Ryan veut honorer son contrat aux Mariners, qui foncent vers leur deuxième grande finale. Bernie Ibini-Isei, l'avant nigérian dont il partage l'appartement, effectue un stage d'une semaine à Bruges. Il déborde d'enthousiasme. Ryan répond : " D'abord le championnat. " 21 avril 2013. Les Mariners gagnent la finale 2-0 contre les Western Sydney Wanderers. " Une belle façon de clôturer mon mandat ici. " Paul Okon et Frank Farina parviennent enfin à le convaincre et Ryan signe à Bruges pour à peine 125.000 euros. Une belle affaire !?PAR CHRIS TETAERT - PHOTO: IMAGEGLOBE" En 22 ans de carrière, je n'ai pas vu beaucoup de meilleurs gardiens. " Philippe Clement