Torses nus et en pleine effervescence, dix-quinze jeunes tentent de faire résonner un " Aux armes " en l'honneur de la RUW Ciney. Sur cette vidéo de mai 2012, il fait beau au stade Lambert : les gradins sont plutôt bien garnis, les supporters sont heureux. Et même si leur équipe est en train de partager spectaculairement l'enjeu avec Walhain (4-4), ils s'en fichent car leur équipe est championne de Promotion D et va ainsi retrouver une Division 3 dans laquelle elle n'a plus mis les pieds depuis plus de 60 ans.
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Torses nus et en pleine effervescence, dix-quinze jeunes tentent de faire résonner un " Aux armes " en l'honneur de la RUW Ciney. Sur cette vidéo de mai 2012, il fait beau au stade Lambert : les gradins sont plutôt bien garnis, les supporters sont heureux. Et même si leur équipe est en train de partager spectaculairement l'enjeu avec Walhain (4-4), ils s'en fichent car leur équipe est championne de Promotion D et va ainsi retrouver une Division 3 dans laquelle elle n'a plus mis les pieds depuis plus de 60 ans. 30 mois plus tard, les Cinaciens ont survécu à leurs deux premières saisons au troisième échelon national, échouant à la 11e puis à la 10e place. Mieux encore, cette saison, les Bleu et Blanc sont tout simplement les dauphins du championnat et se disputent une hypothétique place de leader avec Cappellen, qu'ils ont battu mi-novembre. " On n'a volé aucun de nos points, assure le coach, RochGérard. Jamais un entraîneur n'est revenu catastrophé après une défaite contre nous. Il y a aussi un état d'esprit excellent dans notre groupe, un peu de chance, on a un LaurentDethier en état de grâce (22 buts après 16 matches, ndlr), l'amalgame de tout cela explique notre réussite actuelle. " Solide défenseur du Charleroi version nineties, Roch Gérard est passé entraîneur un peu par hasard au début de la trentaine. " Quand j'étais joueur à Aische, à six ou sept matches de la fin, l'entraîneur a jeté l'éponge. Au départ je devais juste faire un intermède, mais les joueurs m'ont proposé de continuer à les coacher et ça ne s'est jamais arrêté. " Entraîneur reconnu de D3, il est à la tête d'Heppignies-Lambusart quand des soucis extra-sportifs assombrissent son passage dans le Hainaut. " J'étais à bout de souffle, donc quand Ciney est venu frapper à la porte, je n'ai pas trop réfléchi à virer de bord. " Pourtant, le défi sportif est de taille car Ciney n'a que 9 points à la moitié du championnat... Sur place, la sauce prend entre le promu et l'ex-Carolo, le club se sauve deux années de suite et se retrouve cet été avec une équipe presque inchangée pour débuter l'exercice. " Avec un an de D3 en plus dans les jambes, je pensais qu'on pouvait jouer les 8-9 premières places sans trop de souci. Mais de là à arriver à un bilan sportif et mathématique comme celui d'aujourd'hui, c'est au-delà de mes espérances. " " Le stade Lambert a 45 ans, et il n'a jamais été transformé jusqu'il y a quelques mois ", reconnaît le président LucDandoy. Résultat : il n'est pas vraiment dans les normes dites modernes des clubs de divisions nationales. " Avec un budget de 300 000 euros octroyés par la ville, on a dû mettre 70 000 euros pour refaire le toit de la buvette parce qu'il pleuvait dedans... Il fallait changer l'électricité, le chauffage et les sanitaires parce que plus rien n'était conforme. " Le reste n'a donc pas bougé. À côté d'une buvette très traditionnelle voire vieillotte, et des gradins dans le plus pur style des anciennes estrades grecques se trouve ainsi une tribune de bois presque séculaire. " C'est là qu'on se rassemble depuis la création de notre groupe, place Cyril, membre des Ultra Blues 11, les torses nus. Je me rappelle à l'époque quand on sautait dessus, on culpabilisait des fois parce qu'on avait peur que ça craque en deux. " Cependant tout tient encore, et ce " chaudron " comme l'appelle Roch Gérard, a encore accueilli près de 2000 personnes face au leader Cappellen. Dans les divisions inférieures, il n'est pas rare de retrouver un ancien baroudeur de D1 qui traîne à droite à gauche. Il suffit de songer aux promotionnaires GrégoryChrist (Tamines) ou WesleySonck (Appelterre-Eichem). À Ciney par contre, si l'arrivée de PatrickDimbala (ex Alost) a bien été envisagée, il n'y a pas vraiment d'anciennes gloires. Le personnage le plus atypique n'est autre que JonathanCoquelle qui trimballe sa touffe et sa frimousse de poupon dans les travées du stade Lambert depuis maintenant deux saisons. À 28 ans, cet ancien jeune du centre de formation du PSG a déjà pas mal navigué avant d'amerrir via le Bocq à Ciney. " Après le PSG et Sedan, je me suis retrouvé sans club et c'est là qu'on m'a parlé pour la première fois de la Belgique ", se souvient-il. " Un gars m'appelle et me propose Virton, en D3. Mais là d'abord, c'était non : la Belgique... en D3... Je ne pouvais pas. " C'était en 2009, et finalement le Français signera quand même dans le sud du pays où il va découvrir un tout autre univers, mais un univers qui lui plaît. " Arrivé en Belgique, les mecs m'amènent en kermesse où je dis "C'est quoi ton truc ?" Mais depuis, j'en ai fait plusieurs, et c'est super ! J'ai des potes français qui sont venus à Virton, ils ont kiffé hein. " Après avoir flirté avec un club de D2 grecque, Coquelle transite par Verviers avant d'aboutir à Ciney, qu'il avoue ne pas avoir pu situer sur une carte la première fois. " Je ne connaissais même pas la bière " rigole-t-il. Depuis lors, Jo est une des coqueluches du club, il s'occupe d'ailleurs d'une équipe de jeunes. " Au bord du terrain, tout le monde se connaît. On est devant les chalets, on commande notre petite bière ou notre péket (genièvre wallon, ndlr) puis on parle des soirées qu'on va faire... C'est un peu comme le rendez-vous du dimanche matin à l'église pour les croyants. " Cyril résume parfaitement l'ambiance villageoise qui caractérise le club cinacien. Les supporters se sont même déjà retrouvés à six pour encourager leur équipe en déplacement. " On faisait aller chacun notre drapeau, on chantait tout le match et on craquait quatre fumigènes à l'entrée des joueurs ", s'émerveille encore cet Ultra Blue qui, comme beaucoup de supporters, s'est lié d'amitié avec les gars de l'équipe première. Tout le monde fait ainsi la bise aux joueurs, les fans discutent avec eux avant les rencontres. " Il y a cette proximité qui fait que Ciney est peut-être le club de village qui joue en division nationale " dit-il. " Ce n'est pas péjoratif de dire ça ", précise tout de suite Roch Gérard. " Ce n'est pas toujours évident d'avoir un noyau de bon niveau avec des joueurs de la région qui connaissent bien les supporters. " Et en effet, en dehors de Coquelle et de cinq-six joueurs de Charleroi ou Liège, tout le reste vient des environs, et certains ont même été formés au club, dans l'école des jeunes. Celle-ci possède actuellement 350 jeunes, et sa réputation a depuis longtemps dépassé les frontières de la commune. " Nos équipes de jeunes font des journées complètes d'échange avec celles de Bruges, d'Anderlecht et du Standard ", se félicite le président Luc Dandoy. Au niveau de la qualité de l'équipe première et des jeunes, à part Virton et le Standard, je pense qu'on est dans le top en Wallonie. " Contrairement au stade Lambert, les jeunes possèdent des infrastructures de renom... malheureusement déjà trop petites pour faire évoluer au mieux des jeunes qui viennent parfois de Liège pour se former dans le Condroz. Mais, pour avancer, il faut de l'argent et le refrain est toujours le même dans ces cas-là : la crise. " C'est le seul point orange du club selon moi ", soupire Luc Dandoy. La situation économique fait que deux-trois de nos gros partenaires font défaut de paiement et nous avons donc dû les assigner au tribunal. Mais comme ils sont en faillite, nous garderons ce déficit de trésorerie. " L'argent. Le nerf qui pourrait mettre en péril une éventuelle promotion sportive si les Bleu et Blanc conservaient leur cadence jusqu'à la fin de la saison. Luc Dandoy : " Si le club doit réellement déposer une garantie bancaire de 250 000 euros pour y avoir accès, c'est totalement impossible pour nous. Maintenant si ce n'est pas le cas et qu'on peut travailler sur la même base de défraiements, pourquoi pas ? " À Ciney, on oscille vraiment entre le rêve de se retrouver dans la cour des grands et la crainte que ça foire et que le club chute en P1 en moins de deux. Les joueurs, quant à eux, sont drillés par un gars qui connaît bien le niveau et Roch Gérard n'est pas du genre à jouer aux utopistes. " Dans le vestiaire, on n'en discute même pas parce que pour le moment on sait que c'est inabordable pour le club. Il y a un fossé énorme entre les deux divisions et y arriver maintenant serait bien trop précipité. " Alors, on reste sur des ambitions plus modérées et adaptées au club. " Je vois difficilement Cappellen louper la première place, donc j'ai dit à mes joueurs qu'il fallait rester le plus longtemps possible derrière eux et essayer d'accrocher le tour final. " Histoire de pouvoir encore faire péter quelques fois le péket dans les chalets du vieux stade Lambert ! PAR EMILIEN HOFMAN - PHOTOS: GROUNDHOPPING.BE