COACH: Stanislav Cherchesov (RUS)

En tant qu'entraîneur de l'équipe hôte, vous vous réjouissez ou vous craignez que la pression soit trop forte ?
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En tant qu'entraîneur de l'équipe hôte, vous vous réjouissez ou vous craignez que la pression soit trop forte ? STANISLAV CHERCHESOV : Franchement ? Je vais essayer d'en profiter un maximum. C'est un défi mais aussi un privilège exceptionnel de diriger la Russie durant son propre championnat du monde. Je regrette seulement d'avoir été confronté à tant de blessures ces derniers mois, ce qui nous contraint à intégrer des nouveaux joueurs, très jeunes, à certains postes. Nous avons affronté quatre grandes nations, l'Argentine, l'Espagne, le Brésil et la France, en préparation car nous voulions nous tester mais ça n'a fait qu'augmenter le scepticisme, puisque nous avons concédé un nul et trois défaites. Nous devons faire avec mais nous avons tout fait pour être affûtés au début du Mondial. Ça a été très difficile de pallier toutes ces blessures ? CHERCHESOV : J'ai surtout dû remanier la défense quand il est devenu clair que les deux défenseurs centraux, Georgi Dzhikiya et Viktor Vasin, allaient rater le tournoi. J'avais une alternative mais Aleksei et Vasili Berezutski, qui viennent de mettre un terme à leur carrière internationale, ne voyaient pas les choses comme moi. Nous allons donc entamer le tournoi avec une occupation de terrain différente. Ce n'est pas évident mais je n'ai pas le choix. L'attaquant Aleksandr Kokorin s'est blessé aux ligaments croisés. Que redoutez-vous le plus : une défense branlante ou une ligne d'attaque qui n'a quasi pas marqué pendant la préparation ? CHERCHESOV : Je ne redoute rien. Les blessures sont inhérentes au football. Nous avons été particulièrement touchés ces derniers mois mais je me fais fort d'aligner une bonne équipe. Je n'ai pas beaucoup vu le groupe de novembre à mars mais nous avons passé 24 jours ensemble avant le début du Mondial. Ça devrait être assez pour effectuer les changements nécessaires avec succès. Quel est l'objectif de la Russie ? CHERCHESOV : Le même que tous les autres. Tenter de passer le premier tour. Un tour final est comme une compétition d'haltérophilie : on ne commence jamais avec le poids le plus lourd. Mon premier objectif est donc d'atteindre les huitièmes de finale. On dit que vous êtes dans le groupe le plus abordable. Vous êtes d'accord ? CHERCHESOV : L'Arabie saoudite, l'Égypte et l'Uruguay ne sont en effet pas comparables à la France, à l'Argentine ou à l'Allemagne mais ce sont de bonnes équipes. Prenez l'Égypte : elle n'a pas de grands noms mais plusieurs joueurs évoluent quand même en enPremier League ( Ahmed Hegazi et Ali Gabr, West Bromwich Albion, et Mohamed Elneny, Arsenal, ndlr), tandis que Mohamed Salah est un avant de niveau mondial. Beaucoup d'équipes la sous-estiment mais pas nous. Pas plus que nous ne sous-estimons l'Arabie saoudite. Tous les pays peuvent créer la surprise dans une Coupe du Monde. Nous aussi. journaliste russe spécialisé en football " Le problème, c'est que personne ne connaît la valeur de cette équipe ni le système qu'elle va utiliser, le sélectionneur ayant réalisé des essais pendant deux ans. Nous manquons de véritables grands footballeurs et la plupart de nos internationaux jouent en Russie. Ils ont donc peu d'expérience internationale. Les meilleurs ne veulent pas émigrer, les tout grands clubs ne voulant pas d'eux : ils gagnent davantage en restant au pays. L'entraîneur n'a pas beaucoup de choix. Sinon, il n'aurait pas supplié un international de 38 ans de revenir alors qu'il avait pris sa retraite. Notez que malgré son âge, Sergey Ignashevich est un des meilleurs. La Russie n'a pas beaucoup de bons défenseurs. Si Nicolas Lombaerts s'était fait naturaliser, il serait sélectionné. Notre noyau ne compte que trois attaquants et un seul d'entre eux est une certitude, Fedor Smolov. L'entrejeu recèle des jeunes talents, à commencer par Aleksandr Golovin, qui est convoité par l'étranger, et Roman Zobnin, du Spartak. Dans le but, Igor Akinfeev reste un as. Suite à un vieux conflit avec l'entraîneur, notre meilleur médian défensif, Igor Denisov, n'est pas repris. En résumé, passer le premier tour serait déjà un succès. La Russie n'y est encore jamais parvenue et beaucoup de gens doutent qu'elle y parvienne. " Une bonne Coupe du Monde pourrait permettre au patron de l'entrejeu du CSKA Moscou de trouver un employeur étranger. Arsenal le convoitait la saison passé mais le CSKA n'a pas voulu le céder. L'offre était arrivée très tard et son montant n'avait pas été jugé suffisant. Aleksandr Golovin (22 ans), issu de Sibérie occidentale, a effectué ses débuts en D1 en mars 2015. Trois mois plus tard, il devenait international. Il a également participé à l'EURO français. C'est le plus grand talent russe actuel. Golovin aime évoluer au centre du jeu tout en étant capable d'occuper toutes les positions de la deuxième ligne. Il possède des qualités défensives et offensives. Il récupère bien le ballon mais est tout aussi capable d'éliminer un homme sur une action individuelle ou d'adresser une passe précise. Il ne se laisse pas intimider et ne craint personne. Mais sa principale qualité est très rare dans le football russe de haut niveau : il réfléchit rapidement. Trois joueurs de la présélection étaient d'origine étrangère. Konstantin Rausch et Roman Neustädter, d'origine allemande, ne figurent finalement pas dans les 23, contrairement à Mario Fernandes. Le défenseur a quitté le Brésil et Grêmio en 2012 pour le CSKA Moscou et a pris la nationalité russe en 2016. Ce sera son premier grand tournoi pour sa patrie d'adoption. Trois joueurs ne sont pas issus de la Premier League russe : le gardien Vladimir Gabulov (Club Bruges) et le médian Denis Cheryshev (Villarreal). La Russie a encore des jumeaux : lors des précédents tournois, il s'agissait de Vasili et Aleksei Berezutski, qui, à 35 ans, jouent toujours au CSKA Moscou. Cette fois, ce sont Aleksei et Anton Miranchuk (22 ans), du Lokomotiv Moscou. C'est le classement FIFA de la Russie, la moins bien lotie du tournoi -devant l'Arabie saoudite, 67e. La Russie était neuvième en 2012.