L'homme qui valait dix millions se fait plutôt calme et discret. Entré en douceur dans la salle de presse carolo, il se livre à voix basse, dans un fin mélange de pudeur et de franchise. Comme épris d'une sagesse de saint qu'il s'est imposée. Ou qui s'est imposée à lui. Quelques éclats de rire, quelques regards dans le vide, rien de plus. Dieumerci Ndongala passe sa main dans ses tresses colorées. Lentement. " Ça m'a permis de raconter mon histoire, ça fait du bien ", lâche-t-il à la fin de l'entretien.
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L'homme qui valait dix millions se fait plutôt calme et discret. Entré en douceur dans la salle de presse carolo, il se livre à voix basse, dans un fin mélange de pudeur et de franchise. Comme épris d'une sagesse de saint qu'il s'est imposée. Ou qui s'est imposée à lui. Quelques éclats de rire, quelques regards dans le vide, rien de plus. Dieumerci Ndongala passe sa main dans ses tresses colorées. Lentement. " Ça m'a permis de raconter mon histoire, ça fait du bien ", lâche-t-il à la fin de l'entretien. De la génération Eliaquim Mangala, époque Académie RLD, en passant par son amitié fusionnelle avec Paul-José Mpoku, leur passion pour le rap, son fils Ezekiel, presque mort-né, et son presque retour à Sclessin, il narre ce martyr congolais qui se cache sous une veste de daim mauve. Cet autre qui s'est façonné à Evere et celui qui fait de sa foi chrétienne une force. Parce que, pendant plus d'une heure, " Didi " se soulage de son fardeau. Parce que Dieumerci en a des choses à révéler. Parce que la Ndongalife n'a pas toujours été une bénédiction. Souviens-toi l'été dernier. DIEUMERCI NDONGALA : C'est clair que, quand t'as des sollicitations, dans ta tête, ça joue. Tu te poses des questions... Surtout quand ce sont des grands clubs qui s'intéressent à toi. Tu te dis que ça peut être un pas en avant, sportivement comme financièrement. Ça fait partie du plan de carrière d'aller plus haut. Mais maintenant, c'est fini et je n'y pense plus. Je suis concentré à 100 % sur Charleroi. NDONGALA : Je ne voulais pas absolument partir mais j'ai quand même voulu discuter avec la direction pour connaître leurs intentions. Mehdi (Bayat, ndlr) m'a appelé et m'a clairement dit que le Standard et Genk étaient intéressés. Il ne voulait laisser partir personne, même avant de vendre Kebano et Dewaest. Et puis, ils sont partis et on a eu une réunion où il m'a fait comprendre qu'il voulait que je reste. Il m'a dit qu'il me ferait part des offres en me donnant son point de vue. Je respecte beaucoup la direction de Charleroi, c'est eux qui m'ont permis de jouer en D1. NDONGALA : C'était très clair pour lui : il voulait continuer le projet. Le coach aussi voulait me garder. Il ne m'a pas remonté les bretelles. Il m'a simplement dit de continuer à être honnête envers le club, et que tôt ou tard, quand une opportunité se présentera, il ne me mettra pas des bâtons dans les roues. NDONGALA : Oui. La direction me l'a fait comprendre et le coach aussi. Mehdi m'a même surnommé " Monsieur Dix Millions " (il rit). Ça prouve que je grandis et que le club me donne plus de respect et plus d'importance. Il n'y a que comme ça que je peux progresser. On a un nouveau système qui s'est mis en place (4-4-2) et on est en train de voir avec le coach pour que je me sente à l'aise et que je puisse jouer mon meilleur football. NDONGALA : C'est vrai qu'avec Kebano et Saglik, on était un peu les leaders techniques de l'équipe. Maintenant que Neeskens n'est plus là, j'ai plus de responsabilités et je reçois plus de ballons. On compte sur moi pour débloquer les matches, un peu comme contre Saint-Trond. On savait qu'à l'extérieur ça serait difficile et qu'il fallait un coup d'éclat. C'est ce qui s'est passé avec l'assist que j'ai donné à Perbet, même si après, j'ai été exclu, malheureusement. NDONGALA : En fait, avec le Standard, je pouvais rester... Mais chez les jeunes. Ça ne m'intéressait plus, d'autant plus que la direction avait changée (Duchâtelet est arrivé, ndlr). J'avais besoin d'une expérience professionnelle, de jouer avec des adultes pour pouvoir situer mon niveau. J'avais des contacts avec plusieurs clubs mais ça ne s'est pas fait. C'est comme ça que je me suis retrouvé au Luxembourg (à la Jeunesse Esch, ndlr). Je n'avais pas envie de rester sans club et être cramé. Quand on me parle du Standard, j'y repense. Je me dis que si j'ai l'occasion d'y retourner par la grande porte et d'exploser tout le bazar là-bas, ça peut être bien aussi. Mais je suis très heureux à Charleroi. Sportivement, on a fait presque pareil qu'eux l'année passée. Et aujourd'hui, on est devant eux au classement. Historiquement, c'est un plus grand club et financièrement, ça aurait été mieux pour moi, mais je n'ai pas de regrets. NDONGALA : J'ai une famille de musiciens. Mon cousin était un rappeur très connu en Belgique (Romano Daking, décédé en 2014, ndlr) et mon frère est guitariste. J'ai grandi avec la musique, pas uniquement le rap mais aussi la chanson française. Et puis, j'ai commencé à écrire. J'ai fait deux-trois sons avec mon cousin, j'en ai même préparé un avec Paul-José Mpoku. Mais je ne compte pas faire carrière là-dedans, je m'y consacre plutôt à mes heures perdues. J'ai même été plusieurs fois sur scène. Ça m'amuse, j'aime bien jouer avec le public. Je suis quelqu'un de la scène (il sourit). Tant que ça ne dérange personne, je le fais. Surtout que mon rap à moi n'est pas méchant, ce n'est pas du rap hardcore. C'est un rap conscient pour donner des bons conseils aux gens, expliquer ce que j'ai vécu en le transmettant en chanson, qu'on peut y arriver en venant de loin. C'est toujours pour faire passer un message positif. NDONGALA : Oui. Après les play-offs 2 (en 2014, ndlr), j'ai eu un coup de mou et c'est aussi dû à ça. C'est la première fois que je perdais quelqu'un de très proche. Il m'a fallu du temps pour digérer. Maintenant, j'essaye de me servir de cette force-là pour me battre. Il n'y a pas que ça, j'ai eu une naissance compliquée. Je devais mourir. J'ai eu la même expérience il y a quatre mois avec mon fils. Le club était au courant. On lui prédisait le pire, comme moi. Il y avait 90 % de chances pour qu'il ne survive pas. Il avait un problème au coeur. J'ai gardé la foi, j'ai prié et j'ai fait confiance à Dieu. OK, les médecins disent un truc mais, pour moi, c'est Dieu qui aura le dernier mot. Et aujourd'hui, mon enfant est en bonne santé. C'est une preuve que Dieu existe. NDONGALA : C'était pour dire qu'avec Dieu, tout peut arriver du jour au lendemain. T'as pas besoin d'attendre le mercato pour qu'il t'amène quelque chose. Ici, on attend souvent le mercato pour savoir ce qui va se passer. Avec Dieu, tous les jours sont une bénédiction. Rien que dans le fait d'être en vie. NDONGALA : Les quartiers m'ont forgé un caractère et un mental. Je jouais dans la rue et uniquement avec des plus grands que moi. Je devais toujours être bon. Si je ne l'étais pas, les plus grands m'engueulaient, ils me frappaient... Même si j'étais dans les buts (il rit). C'est pareil dans le rap, tu dois toujours te donner au maximum pour évoluer. NDONGALA : J'écoute du rap hardcore mais je suis un père de famille, je ne vais pas écouter ça devant mes enfants. J'écoute mon cousin Romano ou Gandhi (rappeur bruxellois, ndlr), qui dit des bonnes choses. Aussi Tito Prince (rappeur parisien et pote de Mpoku, ndlr). Souvent le rap est dénigré par la société mais il montre, avec Youssoupha, qu'il y a des rappeurs qui manient un très bon français et qui n'insultent pas les mamans. Je suis chrétien et je ne suis pas un voyou, j'ai bien été éduqué par mes parents. NDONGALA : C'est simplement le diminutif de mon prénom. " DMC " au rap, " Didi " au foot (il rit). Comme ça, on sait dissocier les deux. Il y aussi " Ndongalife ", un hashtag que j'ai créé. C'est tout ce qui regroupe ma vie. J'ai commencé à en faire une marque et dans la musique, ça pourrait être un label. En Belgique, on a beaucoup de talents mais on ne les met pas assez en avant, pas comme en France. On a Stromae mais on n'a pas de Maître Gims belge, par exemple. NDONGALA : (Il sourit) Je l'écoute beaucoup. Je peux même l'écouter avant de monter sur le terrain, dans la voiture. Mais, dans le vestiaire, j'écoute plutôt du rap ou de la musique chrétienne. NDONGALA : Je prie tout le temps donc pas vraiment. Mais je ne peux pas monter sur le terrain sans prier. Après, je prie surtout pour demander à Dieu de me préserver des blessures et que toute l'équipe se porte bien. Je ne prie pas pour gagner un match, simplement pour commencer et finir le match en bonne santé. NDONGALA : J'étais dégoûté, je dormais toute la journée. Quand tu sors du Standard, c'est le jour et la nuit. Je n'avais pas de motivation, je me disais : 'Qu'est-ce que je fous ici ?' Je ne travaillais pas. Je me suis beaucoup disputé avec le coach, Sébastien Grandjean. Il était à fond derrière mais moi, j'avais quasi envie d'arrêter le foot. Je pensais que ça allait être très compliqué de sortir du Luxembourg parce qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui viennent voir. Alors on a fait un pari avec le coach. Il voulait que je travaille. Moi, je ne voulais pas ! Juste pour que je me rende compte de mes qualités et de la chance que j'avais de, peut-être, pouvoir faire carrière, il m'a dit qu'il me trouverait un travail et que j'allais gagner beaucoup d'argent. Il m'a dit : 'Tu vas bosser six mois et tu vas voir ce que ça fait de se lever à 5 heures du matin'. NDONGALA : J'ai signé le contrat de travail et je l'ai fait (il sourit). J'étais gardien d'un garage privé, je devais surveiller les caméras de surveillance. C'était vraiment trop, trop dur... (il répète) ça m'a permis de réaliser que j'avais les moyens de faire quelque chose dans le foot. Quand j'avais fini, j'avais à peine le temps de manger et me reposer que je devais aller m'entraîner. J'ai réalisé que ceux qui bossent, ils triment et que ce n'est pas facile. J'avais 20 ans et je me suis dit que, si je me donnais à fond, je pouvais taper dans l'oeil de certains recruteurs. C'est là que j'ai pris conscience. Après ça, j'ai commencé à faire du travail supplémentaire, avec des préparateurs à côté. J'ai compris que même si t'es multimillionnaire, tu dois vouloir plus. NDONGALA : Je fais beaucoup de centres par match. Des fois, ça rentre, des fois, ça ne rentre pas. On a eu des difficultés à marquer en début de saison. Si on les avait mises au fond, je serais peut-être à cinq ou six assists aujourd'hui. Ça ne dépend pas que de moi. Mais c'est clair que cette année, j'ai vraiment envie de gonfler mes stats. Et je sais que je suis capable d'en faire beaucoup plus. PAR NICOLAS TAIANA - PHOTOS BELGAIMAGE/ CHRISTOPHE KETELS" J'ai eu une naissance compliquée. Je devais mourir. Mon fils a connu la même expérience il y a quatre mois. " DIEUMERCI NDONGALA " Avec Dieu, t'as pas besoin d'attendre le mercato. Tout peut arriver du jour au lendemain. " DIEUMERCI NDONGALA