Jeudi 15 novembre. Près de deux heures après la victoire des Diables face à l'Islande (2-0), Vincent Kompany débarque en compagnie de Dedryck Boyata dans un bar de la capitale et confie, en guise de clin d'oeil, à quelques amis sur place : " contrôler désormais Anderlecht ". Une formule volontairement provocante mais qui s'explique par le rôle joué par son entourage lors de la reprise de son club formateur. Explications
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Jeudi 15 novembre. Près de deux heures après la victoire des Diables face à l'Islande (2-0), Vincent Kompany débarque en compagnie de Dedryck Boyata dans un bar de la capitale et confie, en guise de clin d'oeil, à quelques amis sur place : " contrôler désormais Anderlecht ". Une formule volontairement provocante mais qui s'explique par le rôle joué par son entourage lors de la reprise de son club formateur. Explications La rencontre a lieu à l'Etihad Stadium de Manchester City dans la loge de Vince The Prince. Ce jour-là, Marc Coucke et Michael Verschueren échangent pour la première fois et sympathisent. La société Eleven Management, avec à sa tête Jacques Lichtenstein (agent historique de Kompany) et Peter Verplancke, est à l'initiative de cette sortie outre-Manche qui mettra en relation deux personnages amenés, quatre ans plus tard, à dicter la ligne de conduite du club le plus titré de Belgique. Entre ces deux entrepreneurs aux fortunes toutefois incomparables, le courant passe à merveille. Sportivement parlant, Marc Coucke n'est encore que le président fantasque du petit club d'Ostende alors que Michael Verschueren est un homme de l'ombre du RSCA. Après cette virée mancunienne, les échanges entre les deux hommes sont pourtant inexistants ou presque, même si l'on croise Verschueren Jr taper la mesure sur le " hit " Couckenback lors d'une fête d'après-match du club côtier, tombeur de l'ogre anderlechtois. Eleven Management va à nouveau réunir les deux hommes, cette fois pour quelque chose de bien plus grand. Suite aux informations concernant le rachat d'Anderlecht glanées par son fils, Scott (dont le grand-père n'est autre que Philippe Colin, ancien secrétaire général du RSCA), Jacques Lichtenstein contacte Marc Coucke, tandis que Peter Verplancke fait de même avec son ami, Michael Verschueren. Le quatuor se réunit en octobre 2017 et prépare dans la plus grande discrétion l'un des moments historiques du football belge. Deux mois plus tard, le 22 décembre 2017, lors de la conférence de presse qui intronise Marc Coucke en tant que nouveau président, après le règne de près d'un demi-siècle de la famille Vanden Stock, c'est le père, Michel Verschueren qui s'invite au coeur de l'assemblée. Michael observe, lui, à bonne distance, Herman Van Holsbeeck se perdre en conjectures devant un parterre de journalistes. Le futur ex-directeur général des Mauves connaît une fin d'année 2017 difficile, lui qui espérait voir des " amis " reprendre le club. C'est tout l'inverse qui se produit. Depuis la semaine dernière, le nom de Michael Verschueren est réapparu avec insistance. Les quotidiens La Dernière Heure et Het Nieuwsblad l'ont annoncé comme le nouveau patron sportif du club avec comme conséquence, le déclassement de Luc Devroe. L'ex-directeur technique de Bruges et d'Ostende semble être la dernière victime toute désignée des errements de ce début de saison. Avec 32 transferts estivaux (16 départs et 16 arrivées), Anderlecht a connu le mercato le plus fou de son histoire, symbole d'instabilité et de fracture brutale avec le passé. Bras droit de Coucke à la Côte, Devroe n'a pas changé de mode de fonctionnement depuis son arrivée dans la capitale. " Je travaille toujours comme il y a vingt ans ", clamait Devroe à la fin de sa période ostendaise. " Je possède un bon réseau et je collabore avec des gens en qui j'ai confiance. " Avec, en première ligne, Didier Frenay (à qui l'on doit les transferts de AntonioMilic, LandryDimata, EliasCobbaut, ThomasDidillon, AristoteNkaka) ou le directeur sportif albanais de la Lazio de Rome, Igli Tare, (depuis les passages d' AdamMarusic et de JordanLukaku du KVO vers le club romain). Après son licenciement au Club Bruges, en janvier 2011, l'homme s'était refait une santé du côté de Roulers, avant de faire grandir le club ostendais. " J'étais fait pour un club familial, pas pour une multinationale. On m'a souvent reproché de tout vouloir faire tout seul. Je comprends. Je suis un peu solitaire, je suis un self-made man ", clamait-il. Un homme qui connaît son métier et les affres du business, lui qui vendait déjà des appartements à la mer à l'âge de 14 ans. Depuis son arrivée à Anderlecht, ce loup solitaire n'a pas cru bon de changer son fusil d'épaule. Voyages, rendez-vous, l'homme réglait tout tout seul ou presque. Hormis son bras droit, Johan Plancke et son supérieur, Marc Coucke, rares sont ceux à Neerpede qui sont mis au courant de son emploi du temps. La cellule scouting se sentait particulièrement impuissante et abandonnée. Une tendance qui ne date pas d'hier puisque sous Herman Van Holsbeeck et le règne des agents maisons, Mogi Bayat ou Christophe Henrotay, les rapports de scouting ne pesaient pas très lourd dans la balance. À titre d'exemple, Milic et Knowledge Musona avaient été jugés insuffisants par la cellule scouting. Ces deux signatures furent la preuve de l'inutilité d'une cellule totalement découragée. Malgré les largesses accordées à Didier Frenay en termes de commissions, qui rappellent les méthodes de l'ère Van Holsbeeck, Coucke a longtemps soutenu le bilan de son ami, Luc Devroe. L'élimination européenne aura toutefois été fatale. À l'heure du Footbelgate et des arrangements entre dirigeants et agents, Coucke a continué à défendre moralement son fidèle bras droit, reconnaissant une certaine incompétence mais non pas de la malhonnêteté. Aujourd'hui, Devroe semble être le coupable idéal après ce début de saison compliqué. Et pourtant, est-il le seul responsable de ce mercato ? Lui qui a permis d'attirer Dimata et Cobbaut, tous deux en partance pour le Club Bruges, et qui s'était opposé au montant délirant de 8 millions d'euros pour Sanneh ou aux 3 millions de salaire brut annuel lors de la prolongation de contrat d' Adrien Trebel... Hein Vanhaezebrouck, qui a toujours eu un rôle important dans la politique des transferts, que ce soit à Courtrai, Gand ou à Anderlecht, et Marc Coucke ont certainement leur part de responsabilité. À Ostende, Devroe, déjà, avait dû accepter à contrecoeur les transferts " bling-bling " de son président lors des arrivées de Yassine El Ghanassy, NicolasLombaerts, ou Silvio Proto. La prolongation de Trebel s'inscrit également en ce sens. Ces dernières semaines, Devroe s'est terré dans un certain mutisme. Les critiques et calicots des supporters à son encontre l'ont particulièrement touché. L'homme souffre aussi d'un déficit d'image, que ce soit en interne ou devant la presse. Michael Verschueren est un tout autre personnage, bien plus charismatique et sociable, habitué, par son rôle depuis des années à l'ECA (Association des Clubs Européens-groupe de réflexion et de lobbying), à fraterniser avec des figures célèbres ou influentes du foot international, à l'image d' Edwin van der Sar ou EdWoodward (CEO de Manchester United). Et pourtant, à 48 ans, le fils de Mister Michel est un inconnu du grand public malgré son passif au sein de la maison mauve. Inconsciemment ou non, il est depuis son plus jeune âge confronté au business du foot puisqu'il voyait dirigeants et joueurs débarquer dans la maison familiale. Mais ce n'est qu'en 2010 que cet entrepreneur, licencié en économétrie, a officiellement mis un pied dans le football en devenant actionnaire d'Anderlecht à hauteur de 10 %, après s'être frotté avec succès au monde des affaires. En 2009, déjà, le paternel s'était opposé à l'arrivée de Wouter Vandenhaute (patron de Woestijnvis) au sein du conseil d'administration car cela aurait freiné l'éclosion de son fils. Michael Verschueren a très tôt eu de grandes ambitions pour le RSCA. Il y a quelques années, il était présenté comme le futur bras droit d' Alexandre Van Damme (Boss d'AB-Inbev et actionnaire du club), si ce dernier décidait de sortir du bois, ce qui n'a jamais eu lieu. Lors d'une interview à Sport/Foot Magazine, en novembre 2015, seule véritable sortie médiatique, Verschueren Junior assurait pourtant ne pas avoir l'intention de succéder à Herman Van Holsbeeck. " Il suffit de jeter un oeil sur les statistiques : dans toute l'histoire du club, personne n'a jamais fait mieux. " En coulisses, toutefois, les relations étaient bien plus conflictuelles. Michael Verschueren a été le seul à pointer devant le Conseil d'administration les énormes commissions accordées aux agents, notamment lors du transfert d' Aleksander Mitrovic vers Newcastle en 2015. Mais le soutien indéfectible du président Vanden Stock à son directeur général n'autorisait aucune remise en question de la politique des transferts. Enferré dans son rôle à l'ECA, Van Holsbeeck souriait même de la placardisation de son opposant déclaré. Personnage central de la reprise, Michael Verschueren est aujourd'hui le véritable bras droit du président Coucke. Après un voyage à Kiev afin d'assister à la finale de la Ligue des champions, les deux businessmen ont continué à se rapprocher. Aujourd'hui, Michael Verschueren doit définir une vision à long terme pour le club. L'ambition de ce nouvel homme fort est de de sortir du carcan belgo-belge, et du petit monde des agents qui l'accompagne, afin de donner au RSCA une dimension internationale. À l'image de son paternel, l'un des précurseurs dans les années 80 des business-seats au niveau européen (contraste saisissant avec un stade Constant Vande Stock devenu obsolète), Verschueren fils veut redonner un coup de fouet à un club à la traîne en termes d'infrastructures et de résultats sportifs. L'intéressé se défend toutefois d'être un expert du ballon rond. " Je ne pourrais par exemple pas vous dire qui sont les meilleurs Portugais U19... ", confiait-il à Sport/Foot Magazine. L'ambition de Michael Verschueren est de constituer une sorte de comité des sages afin d'établir la politique des transferts. Au sein de celui-ci, on retrouverait sans surprise, Marc Coucke et Michael Verschueren, le responsable de la cellule scouting mais aussi un nouveau directeur sportif venu de l'étranger. Aujourd'hui, l'ambition est de trouver la perle rare pour dicter la nouvelle politique sportive du club, une sorte de " Leonardo " du temps où le Brésilien officiait comme directeur sportif du PSG. Un profil qui doit satisfaire certains critères comme avoir un passé important en tant que joueur, une aura au niveau international, parler parfaitement l'anglais, etc. De quoi chambouler les bonnes vieilles recettes auxquelles on nous a très longtemps habituées. Aujourd'hui, Verschueren planche déjà sur le mercato estival (celui hivernal arrivant bien trop tôt). Le choix du nouveau patron sportif sera évidemment déterminant et devrait être le symbole du véritable nouveau visage et d'une nouvelle identité.