L'été s'est emparé de Pont, charmant village situé près de Malmédy. La canicule s'est glissée dans un paysage idyllique, digne des plus beaux tableaux. Pour arriver chez Christian Piot, il faut passer devant une magnifique chapelle du 17e siècle. C'est la vie à la campagne avec de solides demeures construites en pierres du pays.
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L'été s'est emparé de Pont, charmant village situé près de Malmédy. La canicule s'est glissée dans un paysage idyllique, digne des plus beaux tableaux. Pour arriver chez Christian Piot, il faut passer devant une magnifique chapelle du 17e siècle. C'est la vie à la campagne avec de solides demeures construites en pierres du pays. L'ancien Soulier d'Or nous attend calmement sous un parasol. Piot a lu la presse quotidienne. Des géraniums bordent les fenêtres de la maison. En guise d'admiration pour sa carrière, nous lui offrons un livre que Raymond Arets lui avait consacré en 1973 : Christian Piot, Les Mains d'Or. Cela lui fait plaisir car il n'avait plus un seul exemplaire de cet ouvrage : " J'avais prêté le dernier à une connaissance et je ne l'ai plus jamais revu ". Cette légende de Sclessin débouche alors une bouteille de vin blanc qu'il avait mise au frais : " On me l'a offerte à Malmundaria qui a célébré la montée en Promotion. J'y entraîne les gardiens de but une fois par semaine ". Toutefois, l'actualité la plus brûlante ne concerne pas ce club mais bien la nomination d'un nouveau staff technique au Standard. L'icône liégeoise a cédé sa place à Claudy Dardenne, lui aussi un ancien de la maison mosane. A 58 ans, c'est dur à vivre. Le regard de Christian Piot est parfois brumeux : " J'ai tout donné à ce club, y compris ma santé. C'est dur, oui, mais j'ai traversé des moments encore plus éprouvants. Une blessure au genou a cisaillé ma carrière. J'avais 30 ans quand tout s'est arrêté. Plus tard, j'ai dû surmonter les difficultés d'une séparation. A mon âge, l'avenir est derrière moi. J'espérais passer le cap de la soixantaine au Standard. Ce ne sera pas le cas : qu'y puis-je ? Je suis très fier de mon travail mais si mes anciens patrons ont décidé de tourner la page, je dois m'incliner. Le football professionnel, c'est probablement terminé. Les entraîneurs de gardiens de but bougent peu. Mais si une offre me parvient, je serai attentif. J'ai encore beaucoup de choses à apporter aux portiers. En attendant, je ne suis pas chômeur mais demandeur d'emploi, c'est différent. Je sais me servir de mes mains. Durant ma jeunesse, j'ai été apprenti boucher. Je me suis retrouvé dans la restauration et l'hôtellerie à Banneux. Il y a quelques années, j'ai travaillé la nuit dans une boulangerie et je livrais le pain chez les clients le matin. Le boulot ne m'a jamais fait peur ". Christian Piot a espéré jusqu'au dernier jour que le " nouveau coach " ferait appel à lui. Il y a quelques mois, la direction liégeoise avait été précise en invitant le staff technique en place (Christian Piot, José Riga et Guy Namurois) à scruter le marché du travail. Le " nouvel entraîneur " débarquerait peut-être avec son équipe. " Je comprenais ce point de vue mais je l'ai interprété à ma façon ", lance Christian Piot. " La situation était compliquée mais j'entretenais vraiment l'espoir de rester chez moi, à Sclessin. Quand le nom d' Eric Gerets a été cité, je me suis dit que c'était possible. J'ai travaillé avec lui quand il a entamé sa carrière d'entraîneur au FC Liégeois. Je me suis toujours bien entendu avec lui. Il a aussi été question de Trond Sollied et, là aussi, j'étais confiant ". Ces espoirs n'étaient-ils pas vains ? N'avait-il pas lu les propos de LucienD'Onofrio qui affirma, dans Sport-Foot Magazine, que l'univers devait parfois changer autour d'un groupe ? Le boss de Sclessin semblait craindre une forme d'embourgeoisement. Le message et les intentions étaient très clairs. La semaine passée, le nom de Philippe Vande Walle, l'entraîneur des gardiens de but du Sporting de Charleroi, circula au Standard. Est-ce que cela ne lui mit pas la puce à l'oreille ? N'était-ce pas une preuve de plus des intentions du Standard à son propos ? " C'était une rumeur parmi d'autres ", avance Christian Piot. " Philippe est un excellent confrère et si cette éventualité lui a finalement permis de doubler son salaire à Charleroi, comme je l'ai lu dans la presse, tant mieux pour lui. Je ne me suis pas énervé. J'ai attendu la réunion que j'ai eue avec Michel Preud'homme et PierreFrançois mercredi passé. J'avais appris la veille, comme tout le monde, qu'un nouveau staff avait été présenté à la presse. Mais je m'étais dit qu'il y avait du travail pour moi chez les jeunes, etc. En fait, c'était bel et bien terminé. Je suis allé manger un bout avec Michel Preud'homme et Pierre François : c'était un repas d'adieu. Je ne leur en veux pas, c'est la vie, je l'ai dit à Michel, mais c'est éprouvant. José Riga a trouvé un job à Mons. Je suis heureux pour lui car il a livré un immense travail au Standard. Les Montois vont découvrir un coach de haut vol. Guy Namurois reste à Sclessin mais il ne bossera plus à plein temps. Guy est un expert dans le domaine de la préparation physique. Le staff de la saison passée était formidable. Nous étions unis au service de Dominique D'Onofrio ". Ce dernier a-t-il accepté le choix de la direction à propos de la composition du nouveau staff ou a-t-il choisi lui-même sa nouvelle garde comme on peut le penser ? N'a-t-il pas opté pour des hommes, valables eux aussi ( Stéphane Demol, FransMasson, Claudy Dardenne), qu'il connaît bien ? En reprenant du service pour un an, sans deux de ses lieutenants d'autrefois, ne les a-t-il pas désavoués ? Ou a-t-on voulu secouer le cocotier, rajeunir les cadres, provoquer un électrochoc ? Y avait-il eu la saison passée un couac entre Dominique D'Onofrio et son staff ? La réponse ne change rien à la situation de Christian Piot. C'est la mode du changement, du fast foot, dans un club difficile, se nourrissant parfois de conflits et de tensions qui ont eu raison de Christian Piot. Il n'a pas pesé suffisamment par rapport à cette mauvaise habitude. Son départ, c'est un peu un haut-fourneau de plus qui s'éteint le long de la Meuse liégeoise. Sclessin, c'est Marseille-sur-Meuse, et il faut rouler des mécaniques, jouer au méchant, montrer les dents, pour exister. Dans ce contexte très spécial, les gentils compétents ne jouissent pas de l'estime de tous. C'est difficile à comprendre mais cela fait partie du décor et même de la mythologie du Standard. Petit à petit, entre les mots des discours de la direction, on a pu deviner des remarques négatives à l'égard du staff technique : on lui reprochait d'être trop gentil, de se laisser bouffer la laine sur le dos. Christian Piot est un homme discret. Ce fidèle laisse ce genre de débats à d'autres et sait, c'est le plus important à ses yeux, que son travail a été soigné. " Je suis fier de ce que je laisse derrière moi ", dit-il. Quand il débarqua dans le staff de l'équipe fanion, en 2001-2002, Vedran Runje était sur le départ. Marseille l'attendait. Le Standard misa sur un trio : Filip Susnjara, KhalidFouhami, Dimitri Habran. Avec le recul, on peut se dire qu'aucun n'avait le niveau du Standard. Ils ne s'inscrivaient nullement dans la lignée des grands gardiens liégeois. Personne ne fut capable de prendre la succession de Vedran Runje. " Filip Susnjara était le plus doué des trois ", affirme Christian Piot. " A l'entraînement, c'était impeccable et je reste persuadé qu'il avait tout pour réussir en D1. Hélas, il n'était plus le même en match car il ne résistait pas à la pression. Un gardien est toujours jugé différemment au Standard où on ne cesse de parler des Jean Nicolay, Christian Piot, Michel Preud'homme, Gilbert Bodart, Vedran Runje. Ce n'est pas facile à vivre. Khalid Fouhami l'a supplanté tandis que Dimitri Habran était encore trop jeune ". Un an plus tard, Fabian Carini fut transféré avec fracas. Il venait de la Juventus, défendait les filets de l'équipe nationale d'Uruguay. On cita des chiffres impressionnants dans la presse : il valait au moins 5 millions d'euros. En réalité, Fabian Carini n'avait pas terminé sa phase de formation : c'était un jeune gardien de but incomplet. Christian Piot le prit en mains et l'a véritablement relancé. Fabien Carini multiplia les erreurs, coûta pas mal de points à son équipe avant de trouver son rythme de croisière. " Au départ, Fabian Carini ne correspondait pas à mes attentes ", dit Christian Piot. " Il jouait peu à la Juventus et résistait très mal à la charge de travail lors des entraînements. Le travail ne manquait pas, que ce soit dans les prises de balles, dans le jeu au pied, etc. Fabian devait absolument passer un cap, bosser, trouver ses repères, comprendre le jeu de ses équipiers. Il a parfois commis des erreurs, comme à La Louvière, mais ne s'est jamais découragé. Il était introverti. Il a craché dans ses mains pour s'inscrire dans le progrès. Sa deuxième saison au Standard a été très bonne. Sans faire de bruit, notre défense n'a encaissé que 31 buts, comme Bruges, quatre seulement de moins qu'Anderlecht. Fabien Carini a joué un rôle en vue au cours de ce championnat qui s'est terminé par une qualification européenne. C'était en plus en gentleman et un homme très attachant ". Au c£ur de l'été 2004, le Standard retrouva Vedran Runje après ses triomphes et ses galères à Marseille. On ne gère pas un Vedran Runje comme on s'occupe d'un Fabian Carini. Si l'Uruguayen garde ses émotions pour lui, il n'en va pas de même pour Vedran Runje. Le Croate est un homme entier, explosif, qui ne craint rien ni personne comme il le prouva à Marseille. Mais il est droit, généreux. Carini et Runje, c'est le jour et la nuit. Christian Piot et ses 58 ans relancèrent autant l'un que l'autre. " Il n'y a pas photo : Vedran Runje est de loin le meilleur gardien avec lequel j'ai travaillé au Standard ", dit-il. " Mais il n'était pas à 100 % en revenant dans ce club. Vedran avait vécu l'enfer à l'OM, était en carence de temps de jeu. Il le savait. Il devait redevenir le vrai Runje et ce fut le cas à partir du mois de novembre. Pour y arriver, il a bossé dur. J'ai cherché à comprendre le sportif et l'homme pour lui offrir ce dont il avait besoin. Tout y est passé dans un climat de confiance et de passion. Vedran est un guerrier, un homme exigeant pour lui et pour les autres. Quand il jouit de la confiance de quelqu'un, Vedran lui donne tout en retour. Entre gardiens de but, on se comprend vite. Un regard suffit parfois. J'ai opté pour ma méthode à moi. Avec lui, je n'ai été ni mou ni dur mais tout simplement professionnel. Je n'étais pas trop proche des joueurs non plus. Je suis loyal, correct, disponible, à l'écoute, c'est tout. Je ne suis pas du style à chercher le conflit permanent. Cela ne colle pas avec ma personnalité. Je suis un homme paisible, gentil et je ne vois pas pourquoi je devrais changer. J'avais mon boulot, je l'ai bien fait. Chercher à faire la guerre avec Vedran, pour le pousser dans ses derniers retranchements, aurait été inutile. Celui qui le provoque ne tient pas un round avec lui. J'ai cherché à canaliser son énergie. Il a finalement battu mon record d'invincibilité. La presse a d'abord révélé qu'il en était proche. C'est devenu un petit jeu entre nous. Il ne cessait de me dire : -On ne va pas essayer d'y arriver, on va y arriver. Quand il y est parvenu, j'étais ravi car cela signifiait qu'on avait bien progressé. Cette rage, c'est Vedran tout craché. Je suis heureux de l'avoir remis sur les rails. J'ai bien travaillé avec Vedran Runje et Fabian Carini. En fin de saison, Vedran Runje a terminé dans le trio de tête des Gardiens de l'Année. Sa présence à la soirée du Footballeur Professionnel était une belle récompense car il revenait de loin. Il vivra encore d'autres beaux moments car c'est un super gardien de but. A 29 ans, il a tout : présence, personnalité, expérience, style unique dans ses interventions au sol, brio dans ses duels homme contre homme, jeu au pied, etc ". Dans la coulisse, on a parfois affirmé que Vedran Runje était trop gros avec ses 91 kilos. C'était son poids quand il devint le Bob Beamon du Standard. Michel Preud'homme lui adressa plusieurs fois des reproches à propos de son tour de taille. De même, ses colères étaient parfois terribles dans le vestiaire. Estimait-on que Christian Piot aurait dû intervenir dans ces contextes ? L'homme de Pont n'était ni l'entraîneur principal, ni diététicien, est il s'est contenté de son job d'entraîneur des gardiens de but. Il était payé pour cela. A-t-on apprécié son travail à sa juste valeur ? Probablement pas. Christian Piot ne ruera pas dans les brancards. Il se retire sur la pointe des pieds, presque en s'excusant, lui qui a procuré tant de joies au Standard. Piot a bien travaillé comme joueur (40 sélections en équipe nationale) et en fit autant en tant qu'entraîneur des gardiens. Cette double satisfaction est désormais sa seule richesse. Mais elle vaut de l'or. " J'aurais aimé qu'on me dise un peu plus vite que je n'avais aucune chance d'être repris cette saison ", dit-il. " On a quand même laissé planer un doute. C'est ainsi, je l'accepte même si c'est dur. Je souhaite d'ailleurs bonne chance à mon successeur, Claudy Dardenne. Il verra qu'on a bien travaillé, Vedran et moi. Je n'ai pas mille amis. Je les compte sur mes dix doigts. Ils m'ont apporté leur soutien, tout comme pas mal de supporters. Mon téléphoné n'a jamais autant sonné ". Christian Piot jette un regard sur le vieux livre du regretté Raymond Arets : " Tout passe si vite ". Il s'occupera de sa famille, se promènera dans la campagne mais ajoute : " Dans deux semaines, j'aurai du boulot. J'ai une famille à nourrir ". Pierre Bilic" Dans deux semaines, j'aurai du boulot. J'AI UNE FAMILLE à NOURRIR " " C'est dur, oui, mais, dans la vie, J'AI TRAVERSÉ DES MOMENTS ENCORE PLUS ÉPROUVANTS " " Il n'y a pas photo : VEDRAN RUNJE EST DE LOIN LE MEILLEUR gardien avec lequel j'ai travaillé au Standard "