5 novembre 2017. Manchester United se rend à Stamford Bridge avec quatre unités d'avance sur le champion en titre. Au bout des 90 minutes, Chelsea l'emporte sans discussion (1-0) devant des Red Devils en manque cruel d'inspiration. L'affrontement entre ces deux mastodontes de la Premier League est l'occasion d'opposer Alvaro Morata et Romelu Lukaku, deux attaquants qui ont occupé les pages mercato des médias du monde entier l'été dernier. D'ailleurs, on a longtemps cru que l'international belge opterait pour les Blues d' Antonio Conte. Le technicien italien souhaitait la venue de l'ex-buteur d'Everton depuis l'EURO 2016. En contrepartie, c'est un autre Belge, l'ex-attaquant marseillais, Michy Batshuayi, en lequel Conte n'a jamais véritablement cru, qui est arrivé à Londres.
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5 novembre 2017. Manchester United se rend à Stamford Bridge avec quatre unités d'avance sur le champion en titre. Au bout des 90 minutes, Chelsea l'emporte sans discussion (1-0) devant des Red Devils en manque cruel d'inspiration. L'affrontement entre ces deux mastodontes de la Premier League est l'occasion d'opposer Alvaro Morata et Romelu Lukaku, deux attaquants qui ont occupé les pages mercato des médias du monde entier l'été dernier. D'ailleurs, on a longtemps cru que l'international belge opterait pour les Blues d' Antonio Conte. Le technicien italien souhaitait la venue de l'ex-buteur d'Everton depuis l'EURO 2016. En contrepartie, c'est un autre Belge, l'ex-attaquant marseillais, Michy Batshuayi, en lequel Conte n'a jamais véritablement cru, qui est arrivé à Londres. Douze mois plus tard, Alvaro Morata n'était alors qu'un plan B (très onéreux) que le club londonien a tenté de transformer en choix gagnant après une campagne de transferts plutôt foireuse. Mais en ce 5 novembre, tout le monde, autrement dit médias, réseaux sociaux, consultants, se déchaîne. Morata est alors l'attaquant prodigue, seul buteur de la rencontre grâce à une tête rageuse, alors que Lukaku est moqué et n'est qu'un puncheur aux pieds carrés, bien trop pataud pour occuper seul l'attaque d'un club de la dimension de United. Les comparaisons vont bon train, d'autant que les 90 millions de pounds (avec bonus) dépensés pour l'attaquant des Diables pèsent très lourd face aux 65 consentis pour attirer le numéro 9 de la Roja. D'autant que cette défaite sur un score Arsenal fait grimper à sept le nombre de matches sans but de Lukaku, loin de ses débuts prometteurs avec sept buts lors des sept premiers matches de championnat. Morata, lui était pourtant en panne depuis le mois de septembre. 25 février 2018, Manchester United accueille cette fois Chlesea avec trois longueurs d'avance au général. Le duel Lukaku-Morata prend place à nouveau. Mais les paramètres ont bien changé. L'attaquant espagnol tire la langue depuis le 26 décembre 2017, date de son dernier but face à Brighton à domicile. Depuis, que ce soit en championnat, coupe, ou Ligue des Champions, Morata est quasiment invisible. Des douleurs au dos persistantes, qui datent déjà de son passage à Madrid, n'arrangent rien. Régulièrement sur le banc, l'attaquant de 25 ans des Blues est cette fois titularisé en pointe à Old Trafford. Lukaku est, lui, dans une phase ascendante : une semaine plus tôt, il inscrit en Cup un doublé face à Huddersfield (0-2) grâce à de bons ballons du nouveau venu, Alexis Sanchez. Mais le club de Laurent Depoitre est un petit poucet du foot anglais. Les supporters mancuniens attendent toujours que leur numéro 9 fasse basculer une rencontre face à un club du Big 6. Car hormis un ballon dévidé de la tête contre Tottenham dans la course d' Anthony Martial, Big Rom accumule des stats défavorables face aux puissants de la Premier League. Lukaku ne serait donc qu'un buteur de petits matches ? Le matraquage continu sur la question ne fait que rajouter de la pression à un joueur qui a depuis l'adolescence les épaules bien larges, mais qui est le premier à se fixer des objectifs qui semblent, de prime abord, hors de portée. Après un premier but de Willian sur une passe délicieuse d' Eden Hazard et quelques ballons mal négociés, Lukaku entend les premiers sifflets descendre des tribunes d'Old Trafford. Mais dès la 39e minute de jeu, sur un ballon de Martial, Romelu glisse du gauche le ballon dans les filets de Thibaut Courtois. Une libération. Avec comme effet, l'une des meilleures périodes de Lukaku depuis le début de la saison. Big Rom claque un retourné dévié par Courtois, puis délivre un centre pour la tête de Jesse Lingard qui libère Old Trafford. Ses stats : 42 ballons touchés, 3 duels aériens gagnés, 5 frappes au but, 1 assist et 1 but. Man of the match. Ce 25 février est un tournant dans la saison de Lukaku, longtemps bercée par les nombreuses critiques. Lui s'était préparé depuis une saison à porter le maillot d'un poids lourd du foot anglais. " Je veux enfin écrire un CV, je veux essayer de gagner la Premier League, c'est ce trophée que je veux. C'est pour ça que je travaille, pour gagner ce titre ", nous avait-il confié. S'il ne reste plus que la Cup (voire la Coupe du monde) pour espérer gonfler cette saison un palmarès encore maigre, Lukaku a balayé de nombreux doutes. Voici les secrets d'une métamorphose. S'il a souvent été le sauveur d'Everton pendant quatre saisons sur les bord de la Mersey, Rom' a parfois été pris en grippe par ses propres supporters qui lui reprochaient un manque de passion, voire d'engagement pendant les 90 minutes. " Certains supporters me demandent pourquoi je ne me fâche jamais sur le terrain ? Mais pourquoi se fâcher ? Pour prendre un bête carton rouge, se retrouver à 10 ? ", expliquait-il du temps d'Everton. Il n'y avait que la finalité qui l'intéressait, autrement dit, être décisif. Le fond et non la forme. Et pourtant aujourd'hui, l'emballage est plus soigné. Désormais, il n'hésite pas à haranguer le public mancunien qui peine à donner de la voix. Il est d'ailleurs l'un des rares à le faire. Quand Nemanja Matic inscrit dans les arrêts de jeu le but du 2-3 à Crystal Palace, après avoir été mené 2-0, Lukaku exulte, lève les mains au ciel, avant de se mettre à genoux et remercier le seigneur. Cette scène, captée par l'une des nombreuses caméras, fait le buzz. Quelques instants plus tard, Lukaku rejoint la grappe d'équipiers et fête ce succès avec le public visiteur. Avant de terminer les dernières secondes de la rencontre comme arrière central, tel un bon soldat dévoué aux ordres de coach Mourinho, qui le voulait déjà en 2011, et qui l'a toujours défendu au plus fort de la tempête. En octobre 2017, le Mou déclarait déjà à son propos : " Ce qu'il réalise est fantastique. Être attaquant, ce n'est pas seulement une question de buts marqués. Pour moi, il est intouchable dans cette équipe et je pense qu'il devrait l'être pour les fans également. " Si le discours du coach s'est toujours voulu positif, Romelu Lukaku prend difficilement son pied dans ce United version Mourinho. L'an dernier, l'entraîneur portugais avait pour excuse de façonner une nouvelle équipe longtemps aux abois. Cette saison, l'équipe a été renforcée à coups de millions mais ne brille que trop rarement. L'élimination face à Séville a mis en lumière les nombreuses lacunes affichées tout au long de la saison. La deuxième place au général à très longue distance du voisin, City, masque pas mal de problèmes. Romelu, lui, n'a d'ailleurs pas hésité à se montrer très cash après la sortie de route en Ligue des Champions. " Certaines choses ne se sont pas bien déroulées durant la rencontre. Des joueurs de notre équipe se sont cachés. La déception est immense. Nous avons bien commencé la rencontre et puis nous les avons peu à peu laissés prendre le contrôle du match. " Rien d'étonnant quand on connaît le bonhomme. " Je ne suis jamais vraiment satisfait. C'est une drogue pour moi, les buts, la victoire. Mes entraîneurs le savent : à l'entraînement si je perds, c'est un problème, je commence à tacler, je blesse quasiment les autres joueurs parce que j'ai envie de gagner, je suis comme ça. " Trop souvent, cette saison, Lukaku semble seul sur son île. Il n'est que trop rarement l'attaquant de rupture qui l'a rendu célèbre, mais davantage un pivot qui bouscule les défenses afin de créer des espaces pour ses équipiers. Ses sept assists jusqu'à présent (record de carrière) sont là pour le confirmer. Son idole puis mentor, Didier Drogba a longtemps aussi fait la sale besogne à la pointe de l'attaque, mais l'Ivoirien pouvait compter sur un milieu de terrain qui évoluait 20 mètres plus haut et dont les flancs l'abreuvaient en bons ballons. Que ce soit Rashford, Lingard, ou Pogba derrière, ils ont régulièrement tendance à se regarder jouer. L'arrivée d'Alexis Sanchez, qui peine pourtant à retrouver sa meilleure forme, et les (trop rares) titularisations de Mata lui sont souvent salvatrices. Eux sont capables de lui donner les ballons dans la profondeur, quand un Pogba porte trop le cuir. Le jeu défensif de Mourinho l'a obligé à être bien plus complet. Désormais, Lukaku utilise à merveille sa taille et sa puissance dans le jeu aérien. Aujourd'hui, Romelu rêve de bons centres, bien trop rares, dont il peut couper la trajectoire au premier poteau. Et pourtant, il n'y pas si longtemps encore, Lukaku se demandait s'il ne devait pas porter des lentilles car il disait ne pas maîtriser les longs ballons aériens dos au but. Désormais, il est l'un des meilleurs d'Angleterre dans cet exercice. " Je joue de mon corps, je bouge le défenseur, et puis je saute. " Demandez à Dejan Lovren ce qu'il en pense. Nous sommes le 10 mars dernier. Liverpool se déplace à Old Trafford pour le classique des classiques outre-Manche, appelé aussi le hate game. Lors d'une première mi-temps parfaitement maîtrisée par United durant laquelle Rashford inscrit deux buts, Lukaku se montre intraitable dans les airs et gagne quasiment tous ses duels aériens (six au total dont quatre offensifs) avec le défenseur croate des Reds. " Lukaku est une machine ", explique Jamie Carragher, ex-défenseur de Liverpool, aujourd'hui consultant télé. " Il n'y a rien de grave à accepter qu'un joueur soit plus costaud que toi. Il ne faut pas essayer de se battre contre ça. " En seconde période, alors que United est enfoncé dans ses 20 derniers mètres, Lukaku est de plus en plus seul. L'arrivée de Marouane Fellaini lors des 20 dernières minutes va quelque peu le soulager. À la 92e minute, l'attaquant des Diables tape un sprint spectaculaire et obtient une touche. Le stade se lève, tout comme sa maman, qui apprécie du haut de la loge les bravos du public à l'adresse de son fils. " Je ne me fais jamais du souci pour Romelu ", assure-t-elle. " Je suis seulement stressée quand Jordan joue. " Avant de sortir du stade, au bout d'interminables couloirs, Maman Adolphine reçoit de nombreuses félicitations. Son fils, lui, vient d'enchaîner une nouvelle bataille au sein de l'éprouvante Premier League. Depuis le début de saison, Lukaku ne sort quasiment jamais du terrain. Que ce soit en championnat ou en Ligue des Champions, Big Rom' a disputé l'intégralité des rencontres à l'exception de quatre matches, dont un où il est sorti sur blessure face à Everton suite à un choc crânien. Mais le corps tient bon. Chez lui, au coeur d'un de ses salons, on retrouve une imposante machine qui a pour but d'aider la récupération musculaire. L'homme n'a jamais rien laissé au hasard. Alors qu'à quelques centaines de mètres de là, les imposantes villas des stars de la Premier League s'embrasent le samedi soir, Lukaku descend les bouteilles d'eau. " Avec le peu de talent que j'ai et le travail que je fais tous les jours, je sais que si je ne termine pas au Real ou à Barcelone, j'en serai tout proche. " Désormais, Lukaku a déjà réussi à convaincre la plupart des sceptiques d'un des plus grands clubs de la planète. Mais l'homme est loin d'être rassasié. Qui cela étonne-t-il encore ?