1. Chelsea-Barcelone, un match déjà mythique

On parlera très longtemps de cette affiche hors catégorie, qui est entrée dans la grande histoire du football international. Ce match est la référence de ces dix dernières années tant il fut intéressant à tous les points de vue. En plus du choc des styles, des cultures tactiques, des émotions et des ambitions, ce fut un très grand thriller avec des buts hors normes, comme celui de Ronaldinho, bien sûr. Des clubs se sont inscrits dans la légende des coupes d'Europe : Real Madrid, Benfica, Ajax, Bayern, AC Milan, Manchester United, Liverpool, etc. Ici, c'est un match qui a frappé les imaginations. Johan Cruijff a déclaré après la rencontre que " le football a perdu " Je ne partage pas du tout cet avis. Je prétends même que c'est le contraire. Les amateurs purs, ceux qui apprécient d...

On parlera très longtemps de cette affiche hors catégorie, qui est entrée dans la grande histoire du football international. Ce match est la référence de ces dix dernières années tant il fut intéressant à tous les points de vue. En plus du choc des styles, des cultures tactiques, des émotions et des ambitions, ce fut un très grand thriller avec des buts hors normes, comme celui de Ronaldinho, bien sûr. Des clubs se sont inscrits dans la légende des coupes d'Europe : Real Madrid, Benfica, Ajax, Bayern, AC Milan, Manchester United, Liverpool, etc. Ici, c'est un match qui a frappé les imaginations. Johan Cruijff a déclaré après la rencontre que " le football a perdu " Je ne partage pas du tout cet avis. Je prétends même que c'est le contraire. Les amateurs purs, ceux qui apprécient d'abord les créations individuelles, ont retenu que le Barça a produit plus de spectacle que Chelsea. Les professionnels du football, eux, ont été impressionnés par la formidable unité tactique et collective de Chelsea. Depuis l'été passé, José Mourinho a coulé quasi une nouvelle équipe dans son concept ( voir terrains) et géré pour ce match l'absence de Didier Drogba en lançant Mateja Kezman. Il y a un an, au même stade de l'épreuve, l'équipe londonienne avait un visage différent. La greffe a pris. Ce n'est pas évident quand les fondations d'une équipe changent à ce point-là. Malgré cela, Chelsea mène la danse en tête de la Premier League, a gagné la Coupe de la Ligue, s'est qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des Champions. On peut dire que Chelsea-Barcelone était un match entre le pragmatisme et le romantisme. Chelsea a tenu compte des atouts de son adversaire alors que Barcelone n'intègre pas les valeurs de l'opposant dans son analyse et ne jure que par sa façon de voir le football. Le romantisme est en deuil car le pragmatisme a prouvé qu'une préparation minutieuse est extrêmement importante. Le Real Madrid a quitté la Ligue des Champions. Ce n'est pas un événement banal. Ce club, comme Valence, éliminé de la scène européenne à un stade plus précoce, est bel et bien en fin de cycle. Le Real a porté un projet de jeu durant des années et ce fut intéressant. On constate désormais que cette théorie a pris un coup de vieux en même temps que le noyau de l'équipe. Les entraîneurs se succèdent, ce qui n'est jamais bon signe, et le club véhicule désormais le poids des ans de certaines de ses vedettes. Le Real devra en tenir compte, régénérer son effectif et réfléchir quant à la voie tactique à suivre dans le futur. Barcelone traverse une situation très différente. Le club de Camp Nou ne méritait pas d'être éliminé alors que le renvoi du Real est logique. Il faudra des réglages et des adaptations mais, par rapport au Real, le Barça a un concept et s'y tient. L'effectif ne varie pas trop et Frank Rijkaard est en selle depuis un petit temps. Même si l'élimination fait mal, Barcelone s'est inscrit dans la durée et les Catalans se sont donné les moyens de travailler à long terme. Cette stabilité leur offre pas mal d'avance par rapport au Real Madrid. Le foot espagnol est à la croisée des chemins et doit se repositionner. Le rôle de faiseur de jeu évolue rapidement. Les clubs qui, comme le Real Madrid ou Barcelone misent sur une grosse possession de balle comptent deux inventeurs dans leurs rangs. Cela passe par le duo Zidane-Figo au Real et par Xavi-Deco à Barcelone. Cela signifie, vu l'importance des problèmes, qu'un seul maître à penser ne suffit plus comme c'était encore le cas à l'époque de deux numéros 10 classiques comme ce fut le cas, pour citer des exemples de la D1 belge, d'Enzo Scifo et d'Edhem Sljivo. Certaines équipes n'ont qu'un numéro 10 mais leur stratégie tactique est très différente. Dans leur cas, l'animateur de jeu a un plus grand rayon d'action, est plus mobile, plus direct, va droit au but, signe de longues chevauchées, brille par un gros physique. Je range Lampard, Gerrard, Kaka, Camoranesi dans cette catégorie des nouveaux numéros 10.n Propos recueillis par Pierre Bilic