La fédération française est insatiable. Un an après la rénovation du court Philippe Chatrier, le vieux court central, elle a de nouveaux projets d'expansion. De l'autre côté du périphérique, près du site, un terrain a été libéré. On va y bâtir un troisième grand stade de tennis. On devrait lui adjoindre six terrains, cette fois pourvus d'un toit coulissant au-dessus des tribunes. Il y a quelques années, lorsqu'on avait aménagé le court Suzanne Lenglen, les partisans de la tradition s'étaient élevés contre des constructions qui risquaient de porter atteinte au caractère du tournoi. Les considérations économiques semblent maintenant l'emporter. Les chaînes déboursent de grosses sommes pour retransmettre les matches et n'ont pas plus envie que les sponsors de voir la pluie bouleverser le programme.
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La fédération française est insatiable. Un an après la rénovation du court Philippe Chatrier, le vieux court central, elle a de nouveaux projets d'expansion. De l'autre côté du périphérique, près du site, un terrain a été libéré. On va y bâtir un troisième grand stade de tennis. On devrait lui adjoindre six terrains, cette fois pourvus d'un toit coulissant au-dessus des tribunes. Il y a quelques années, lorsqu'on avait aménagé le court Suzanne Lenglen, les partisans de la tradition s'étaient élevés contre des constructions qui risquaient de porter atteinte au caractère du tournoi. Les considérations économiques semblent maintenant l'emporter. Les chaînes déboursent de grosses sommes pour retransmettre les matches et n'ont pas plus envie que les sponsors de voir la pluie bouleverser le programme.L'agrandissement des tribunes permet de répondre aux exigences d'un public croissant. Ce n'est vraiment pas une sinécure d'obtenir un siège pour l'Open de France. Il faut s'y prendre un an à l'avance rien que pour avoir une chance de franchir la Porte d'Auteuil. Un troisième stade augmentera le nombre de places disponibles et canalisera mieux la foule qui entoure les courts, surtout lorsqu'il pleut, et le toit coulissant offrira aussi plus de confort à la foule, qui en aura pour son argent. Il n'est pas nécessaire de souligner que ces investissements vont générer plus de bénéfices encore à l'avenir.Le président de la fédération souhaite mener à bien son projet endéans les deux ans. Ça aidera peut-être Pete Sampras à gagner le seul Grand Chelem qui fait défaut à son palmarès. Peut-être que le tennis en salle lui permettra de concrétiser son grand rêve, bien que j'en doute. Ces cinq dernières années, l'Américain n'a pas gagné plus de deux matches en sol français. Les points d'interrogation soulevés suite à sa minable prestation l'année dernière n'ont pas disparu avec l'engagement d'un spécialiste de la terre battue, José Higueras. Celui-ci a placé Jim Courier et Michael Chang sur la plus haute marche du podium, dans la Ville Lumière, mais il est confronté à une mission impossible. Sampras ne possède pas la bonne technique de glissade ni la tactique adaptée à ce revêtement et il gaspille trop d'énergie pour être frais quand il le faut. N'oubliez jamais AgassiAndré Agassi s'acharne, lui. Pour la première fois de sa carrière, il a remporté le tournoi de Rome. Il a balayé ses concurrents avant de se pavaner comme un gosse avec le trophée. Rome devait être le seul tournoi qui manquait encore à sa carte de visite. L'enfant de Las Vegas est donc un sérieux candidat à une deuxième victoire en Grand Chelem cette année. Quand le jeune père convoite quelque chose, peu de gens sont en mesure de lui barrer la route. L'année dernière, avec l'aide involontaire de Bill Clinton dans la tribune, un illustre inconnu, Sébastien Grosjean, avait créé la surprise de la quinzaine. Mais cette année, il en faudra bien davantage pour déconcentrer Agassi. Gustavo Kuerten revient vraiment de loin. Une opération à la hanche, qui avait éloigné Magnus Norman des courts pendant six mois, ne l'a handicapé que quatre petits mois. Roland Garros a motivé le Brésilien, qui s'octroie cependant peu de chances. Il estime avoir besoin de deux mois pour retrouver son niveau d'antan et il est pratiquement exclu qu'il puisse remporter le tournoi. Un jeune homme a déjà conquis le coeur des Français: Andy Roddick. L'année dernière, il s'est hissé au troisième tour, avec moult crampes, show, blessures et des litres de sueur, avant de devoir jeter l'éponge face à Hewitt. Depuis, le tennis d' A-Rod est un peu plus prudent. Grâce à sa maturité, il peut espérer séjourner un peu plus longtemps dans la capitale française. Il reste cependant encore très généreux dans ses efforts et il risque de caler, un moment donné. Leyton Hewitt, l'incontestable numéro 1 mondial, ne subira pas pareil sort. L'infatigable ami de Kim Clijsters éprouve du mal à s'imposer dans la saison sur terre battue. Après une série presque parfaite sur les courts américains, les surfaces européennes, plus lentes, mettent en évidence les manquements de son jeu. Son tennis est plat et il n'apprécie pas le jeu des Espagnols et des Sud-Américains. Il se défait trop souvent de sa tactique défensive pour assumer la majeure partie du travail. Las, il n'est pas habitué à la terre battue. Il n'a pas encore décroché la moindre victoire sur ce type de sol. Comme l'année dernière à Paris, il s'est incliné à Monte Carlo puis à Rome, des oeuvres de Carlos Moya, ressuscité. Cela nous éclaire sur l'état de forme de l'Australien comme de l'idole des Espagnoles. Moya reste sur une période difficile. Le vainqueur de Roland Garros 98 a souffert de maux de dos si graves qu'ils ont failli signifier la fin de sa carrière. Il a serré les dents et redémontré l'étendue du talent espagnol sur terre battue. Une demi-finale à Estoril, une finale à Monte Carlo et un quart de finale à Rome: le voilà rodé pour jouer un rôle significatif à Paris.Attardons-nous sur la colonie espagnole. Elle est peut-être un rien moins impressionnante qu'avant mais elle compte 13 joueurs dans le Top 100 mondial. Quelques-uns d'entre eux pourront rester deux semaines à Paris. Corretja a déjà bataillé quelques fois sur le court central mais il n'a pas encore trouvé sa meilleure forme. Costa est un bon spécialiste de la terre battue sans être un vrai grand et c'est donc Juan-Carlos Ferrero, double demi-finaliste de l'épreuve face à Kuerten, qui focalise l'attention. Il est survolté à l'idée de remporter enfin ce trophée mais il devra être plus régulier dans son jeu. Comme la moitié du circuit, Ferreo a souffert de toutes sortes de blessures en début de saison et n'a pas encore atteint son meilleur niveau. Sur son revêtement favori, ça va mieux mais il n'a pas encore pu afficher la même maîtrise que l'année dernière. L'Argentine n'est pas morteCette année, c'est l'Amérique du Sud qui lui a opposé le plus de résistance. La crise économique qui ravage l'Argentine contraste avec la santé de son tennis. Celui-ci est resté dans l'anonymat pendant quelques années mais l'Argentine produit régulièrement des grands joueurs de terre battue, comme, dans le passé, Vilas, Jaite et Mancini. Chela et Coria, convaincus de dopage, sont de retour. Nalbandian confirme les espoirs placés en lui et Canas poursuit sur la lancée de la saison passée. Le discret Gaudio était sans doute l'Argentin le plus en vue, grâce à deux victoires successives, à Barcelone et à Majorque. On entendra certainement parler de ces joueurs. Tommy Haas, Marat Safin et Roger Federer sont les derniers candidats à la seconde semaine de l'Open de France. La situation est plus claire chez les dames. Les meilleures se sont déjà partagé le gâteau pendant les tournois de préparation. Iva Majoli et Patt Schnyder, deux anciennes, n'ont attiré l'attention qu'à Charlton. Sinon, la Belgique a été à l'honneur. Une Kim Clijsters impressionnante a pris la mesure de Venus Williams à Hambourg tandis qu'une Justine Henin au sommet de sa technique faisait mordre la terre battue de Berlin à Serena. Avant Roland Garros, nos deux compatriotes ne pouvaient rêver mieux. Les problèmes de bras de Kim semblent résolus et Juju a maîtrisé sa peur de l'échec grâce à un match ardemment disputé. Nos deux vedettes connaissent l'importance d'une préparation appropriée à l'événement de l'année. Elles ont toutes deux beaucoup de points à défendre et savent que l'opinion publique ne se satisfera pas d'un résultat inférieur à l'année dernière. La pression va croître. L'année dernière, elles ont profité d'un tirage au sort favorable et du forfait de quelques grandes joueuses pour se qualifier. Kim surtout a besoin d'un début de tournoi facile: après sa démonstration à Hambourg, son fameux bras s'est quand même rappelé à son souvenir. La Sportive de l'Année va devoir épargner ses forces et brûler quelques chandelles pour mettre toutes les chances de son côté.Il en va autrement pour Juju. Elle rayonne de confiance depuis sa victoire face à Serena Williams. Si le résultats est admirable, que dire de la manière! Son bagage technique lui a permis d'exploiter parfaitement l'avantage qu'elle possède sur une surface lente. Toutefois, en finale, c'est surtout sa sérénité qui a frappé. C'est de bon augure pour l'Open de France. No compatriotes ne sont pas les seules à briguer un rôle en vue à Paris. Les soeurs Williams aiment la France et ne cachent pas leur ambition: elles joueront pour le titre. L'inverse nous aurait étonnés mais cette fois, les frangines ont des atouts sérieux. Venus a été impressionnante cette année et a assuré son premier objectif, la première place mondiale. Serena, qui continue à jurer qu'elle n'a jamais vu un appareil de musculation de près, n'a subi que deux défaites cette saison. Toutefois, la terre battue rouge n'est pas vraiment le biotope de ces deux perles noires. Leur tactique, si elles en ont une, coince régulièrement sur cette surface exigeante de ce point de vue.Martina Hingis peut mettre quelqu'un échec et mat sur la terre battue. Ou pouvait, car depuis quelques temps, la cheville de la Suissesse est en piteux état. Une blessure au pied pourrait compromettre sa participation. Sa relation tendue avec le public français ne l'incitera certainement pas à rejoindre Paris coûte que coûte. Chauvins!Les spectateurs chauvins créent parfois une ambiance spéciale dans les tribunes. Les loges qui entourent le court central sont remplies de vedettes TV et de personnes très importantes. Le reste du public vient pour voir des scènes dramatiques. Martina Hingis a été conspuée, la théâtrale Mary Pierce, la transfuge, y a été accueillie à bras ouverts. Le public aime les émotions et le show. Ce n'est pas pour rien qu'on évoque encore le nom de Yannick Noah, en coulisses. Amélie Mauresmo suscite des sentiments mitigés chez les spectateurs. L'année dernière, elle a succombé au premier tour, et elle ne semble pas en meilleure forme cette fois. Elle déclare à tort et à travers qu'elle se sent prête à devenir numéro 1. Elle a encore du travail. Elle n'est pas encore prête physiquement, car ce paquet de muscles accumule les blessures. Elle n'est pas fraîche mentalement. A dix jours du début du tournoi le plus important de l'année, elle a renvoyé son entraîneur. Techniquement, elle accuse un retard sur la jeune génération. Elle frappe tellement fort la balle qu'elle ne parvient plus à lui insuffler la vitesse nécessaire. Jennifer Capriati estime bien mieux ses qualités. Elle lit bien le jeu et parvient à surmonter les pires moments. Elle est vraiment difficile à battre. Mentalement, Jenni est numéro 1. Elle se bat jusqu'à son dernier souffle. Pourtant, sur terre battue, il est possible de lui tendre des pièges. Son service slicé est très prévisible, son jeu de base comporte des lacunes, et physiquement, elle n'est certainement la meilleure du circuit. Evidemment, encore faut-il pouvoir tenir le rythme inhumain qu'elle tente d'imposer. La tenante du titre n'a pas d'égale en matière de détermination et elle concède fort peu de points. Capriati reste donc une valeur sûre pour Roland Garros.Nous sommes à la veille d'un été chargé. Vous avez le choix entre nos filles en France et nos garçons au Japon. Les dames sont têtes de série de leur tournoi et il ne faut pas oublier que pendant les matches de préparation, les étoiles féminines ont été un rien plus convaincantes que dans le passé."Vous pouvez choisir entre les filles à Paris ou les garçons au Japon""Kim ferait bien d'allumer quelques cierges""Capriati reste une valeur sûre de Roland Garros"