Leur duel à distance (et peut-être en finale) sera passionnant. D'un côté, Gustavo Kuerten, numéro 1 mondial au terme de la dernière saison, actuel meilleur joueur sur terre battue du circuit et dernier lauréat à la Porte d'Auteuil. De l'autre, Andre Agassi, numéro 1 mondial aujourd'hui, seul joueur depuis 1969 à avoir triomphé dans les quatre tournois du Grand Chelem et vainqueur de l'Australian Open en janvier dernier.
...

Leur duel à distance (et peut-être en finale) sera passionnant. D'un côté, Gustavo Kuerten, numéro 1 mondial au terme de la dernière saison, actuel meilleur joueur sur terre battue du circuit et dernier lauréat à la Porte d'Auteuil. De l'autre, Andre Agassi, numéro 1 mondial aujourd'hui, seul joueur depuis 1969 à avoir triomphé dans les quatre tournois du Grand Chelem et vainqueur de l'Australian Open en janvier dernier. Ces deux joueurs seront, à n'en pas douter, les grands favoris de ce Roland Garros 2001 qui pourrait bien être plus fermé que jamais. D'un côté, donc, il y a Gustavo Kuerten qui n'a encore perdu que deux matches sur terre battue cette année (face à Hewitt en Coupe Davis et devant Ferrero à Rome) alors qu'il a remporté pas moins de trois tournois sur cette surface (Buenos Aires, Acapulco, Monte-Carlo). Ses forces : une élasticité sans pareille, un physique digne des Sud-Américains de l'époque de Vilas ou Perez-Roldan et, surtout, une confiance à toute épreuve forgée lors de ses deux succès aux Internationaux de France en 1997 et 2000. Guga, c'est en fait le Muster de 1995. Mais en plus sympa. Cette année-là, l'Autrichien surnommé Musclor avait remporté pas moins de cinq tournois sur terre avant de prendre la mesure de Michael Chang en finale à Paris, remportant ainsi le seul titre majeur de sa carrière. A la différence de Muster, Kuerten dépense cependant moins d'énergie lors de ses matches. La vitesse de ses envois ne provient pas d'un arrachage musculaire mais bien d'une souplesse d'épaule et de poignet. Il se fatigue donc moins que la plupart des spécialistes de la surface. A tel point qu'alors que l'on pourrait se demander s'il n'en a pas trop fait au cours de sa préparation pour le French, il rétorque : "Cela ne me perturbe pas le moins du monde. Plus je joue de matches et de tournois et plus mon jeu se porte bien. J'ai besoin de disputer beaucoup de rencontres pour atteindre mon meilleur niveau. Et, en gagnant souvent, j'ai emmagasiné énormément de confiance. Il est clair que j'aurai besoin de cette confiance pour réussir à atteindre l'objectif numéro 1 de ma saison : la victoire à Roland Garros". S'il parvient à jouer comme il l'a fait à Rome mais surtout sur le Rocher, Dieu sait que le Brésilien de 24 ans sera particulièrement coriace : "Même lorsque j'ai gagné à Paris l'an dernier, je ne jouais pas un aussi bon tennis que cette semaine à Monte-Carlo. Cela étant dit, on ne peut pas comparer un tournoi qui dure une semaine et une épreuve qui s'étend sur une quinzaine. Dans un Grand Chelem, il faut être capable de passer à la vitesse supérieure et, aussi, de s'octroyer des périodes de repos relatif".De l'autre côté se trouve alors l'énigmatique Andre Agassi, le joueur le plus incroyable du circuit. A passé trente ans (il les a fêtés le 29 avril 2000) il est le seul joueur de l'histoire à avoir réussi à triompher sur quatre surfaces différentes en Grand Chelem. Rod Laver, dernier tennisman à avoir réussi le Grand Chelem, avait joué trois fois sur gazon (Australie, Angleterre et USA) et une fois sur terre (France). La capacité d'Agassi d'élever le niveau de son jeu est telle que l'on commence à penser qu'il est capable de remporter, la même année, les quatre épreuves prestigieuses, ce que lui réfute d'un revers de la main : "Il est grotesque d'imaginer que l'on puisse encore réaliser une telle performance. Je sais que je suis le seul capable de le faire cette année puisque c'est moi qui ai gagné à Melbourne mais il faut être réaliste : être au sommet de sa forme quatre fois deux semaines par an est très difficile, d'autant que tous les joueurs du monde veulent briller dans ces tournois. Pour ma part, je préfère me concentrer sur un objectif proche". Autrement dit, sur le French qu'il n'a assez curieusement remporté qu'une seule fois, en 1999, alors qu'il aurait dû y signer en 1990 son premier succès majeur. Cette année-là, il avait en effet été battu par le vétéran Andres Gomez. "Je n'étais pas encore prêt pour une telle finale", a-t-il régulièrement confié. "L'émotion était trop forte et je n'ai pas été capable de gérer l'importance de l'événement". Un an plus tard, il échouera à nouveau au stade ultime, mais de manière plus logique face à l'épouvantail Jim Courier. Depuis ces deux échecs, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts de Las Vegas. Un an après sa deuxième défaite, Agassi parvenait en effet à triompher là où on l'attendait le moins : à Wimbledon. Curieusement, ce succès important allait précéder une première traversée du désert qui se terminera par ses victoires successives à l'US Open et à l'Australian Open. C'était fin 94, début 95 et, par la suite, l'Américain sombra dans le fond du classement mondial (141e) fin 1997. Là, grâce surtout à Brad Gilbert, il parvint à trouver l'énergie nécessaire pour changer de peau. Et, après une année de rodage en 98, il a commencé à multiplier les succès. En 99, il remporta ainsi Roland Garros, atteint la finale de Wimbledon pour vaincre à l'US Open. Il enchaîna alors par un nouveau succès à l'Australian Open. Tournoi qu'il a remporté pour la troisième fois cette année, avant de gagner les deux plus importantes épreuves de la saison hors Grand Chelem (Indian Wells et Miami). Si l'on ne s'en tient qu'à ces grands rendez-vous, il est un fait qu'Agassi sera le rival principal de Kuerten. Cela étant, quelques couacs pourraient laisser croire que le gars de Las Vegas ne sera pas au top fin mai. Ainsi, sa défaite au premier tour du tournoi de Rome (face à Alex Calatrava) pourrait inquiéter mais ce serait oublier là que, d'une part, il s'agissait de son premier match sur la terre battue européenne et que, d'autre part, Agassi n'a jamais vraiment apprécié les tournois précédents Roland Garros. Il n'a, ainsi, jamais été plus loin que les quarts de finale à Monte-Carlo, Rome ou Hambourg. Ce qui ne l'a pas empêché de se montrer performant à Paris. "Cette défaite n'est absolument pas inquiétante", avançait-il d'ailleurs après son échec romain. "J'éprouve toujours des difficultés pour retrouver mes sensations sur la terre battue rouge qui est différente de la terre battue verte des Etats-Unis. Je pense donc qu'avec un tournoi en plus à Hambourg, je serai au point pour Roland. Le plus dur est de réapprendre à glisser convenablement. Sur les surfaces dures, il n'est pas très compliqué de garder son équilibre après la frappe alors que sur terre, on peut rapidement être déséquilibré. Mais je suis très confiant". Le duel de titans que la Ville Lumière nous promet opposera donc deux joueurs ayant la maîtrise de leurs émotions. Les statistiques ne nous apprennent pas grand-chose. Kuerten et Agassi se sont rencontrés à neuf reprises (l'Américain mène 5-4) mais, jamais, ils ne se sont défiés sur terre...Bernard Ashed