Les années se suivent et se ressemblent sur le Tour. Depuis 1999 et Festina, le dopage s'inscrit durement dans les mémoires et bouffe toute autre forme de débat. Dans de telles conditions, commenter n'est pas chose aisée. Décryptage avec Rodrigo Beenkens (propos recueillis le vendredi 27 juillet).
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Les années se suivent et se ressemblent sur le Tour. Depuis 1999 et Festina, le dopage s'inscrit durement dans les mémoires et bouffe toute autre forme de débat. Dans de telles conditions, commenter n'est pas chose aisée. Décryptage avec Rodrigo Beenkens (propos recueillis le vendredi 27 juillet). Est-on soulagé d'apercevoir l'arrivée du côté des journalistes ?On a tous un peu le nez dans le guidon. La grande difficulté avec toutes ces histoires, c'est d'arriver à trouver le ton juste. Heureusement que le conditionnel existe car je n'exerce pas le métier de procureur mais bien de journaliste. Eprouve-t-on encore du plaisir à faire vivre ce sport ? L'année dernière après l'affaire Landis, j'étais très mal. Je m'étais extasié sur une performance qui n'en était pas une. Si l'on m'avait dit que je ne ferais pas le Tour cette année, ça ne m'aurait pas démoralisé. Aujourd'hui, je suis totalement incapable d'assurer l'honnêteté de tel ou tel coureur. Erik Zabel faisait partie de ceux dont j'admirais la carrière... Que retenir de positif ?En près de vingt ans de vélo, j'ai rencontré des gens formidables, qui se battent pour ce métier. On arrive maintenant à démasquer les grands : Ivan Basso, Alexandre Vinokourov, Jan Ulrich, etc. Il faut remonter en 1978 et Michel Pollentier pour retrouver des cas similaires. Tant mieux. De plus, les coureurs parlent. L'omertà, c'est fini. Beaucoup en on marre. Ça peut paraître paradoxal, mais mon plus beau jour sur ce Tour, c'est sa date la plus noire : quand Michael Rasmussen est sifflé dans l'Aubisque. Cette image est sensationnelle ! Cette épreuve est plus que jamais critiquée alors que les mesures disciplinaires s'intensifient. Contradictoire ? Tout à fait ! Dans le cyclisme, la présomption d'innocence n'existe pas. Il faut prouver son innocence pour ne pas être coupable. Cependant, je suis plus critique envers l'organisation à certains égards. Pour Rasmussen, passons, mais pourquoi avoir invité l'équipe Astana alors que deux de ses coureurs avaient été contrôlés positifs ? Là on en arrive à des enjeux sociopolitiques. Dans un tel climat, pourquoi avoir pris comme consultant John Lelangue (ex-directeur de chez Phonak et donc de Landis) ?Il nous avait assuré sa bonne foi. Pourquoi ne pas le croire ? L'exemple de Cofidis, mis hors course à cause de Christian Morini, me pousse à croire que les directeurs sportifs peuvent être floués. Question subsidiaire : quel est le dernier vainqueur clean du Tour ?Greg LeMond... Avec un point d'interrogation.