NOTRE BOUTIQUE

ROBERTO MARTINEZ (44 ans) : " Parfois, j'aidais mes parents dans leur magasin de chaussures. J'étais trop jeune pour m'occuper des clients mais j'étais capable de remettre les chaussures dans la bonne boîte, dans l'arrière-boutique. Je ne m'intéressais pas aux chaussures en elles-mêmes. Enfant, je m'amusais surtout à structurer ces piles de boîtes. C'est un trait de mon caractère : j'aime organiser les choses.
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ROBERTO MARTINEZ (44 ans) : " Parfois, j'aidais mes parents dans leur magasin de chaussures. J'étais trop jeune pour m'occuper des clients mais j'étais capable de remettre les chaussures dans la bonne boîte, dans l'arrière-boutique. Je ne m'intéressais pas aux chaussures en elles-mêmes. Enfant, je m'amusais surtout à structurer ces piles de boîtes. C'est un trait de mon caractère : j'aime organiser les choses. J'ai grandi à Balaguer, une paisible ville familiale d'environ 20.000 âmes. Beaucoup de jeunes la quittent à 18 ans pour étudier ou travailler dans des grandes villes comme Lleida ou Barcelone. Balaguer a pourtant sa place dans l'histoire catalane. Notre ville était très influente au Moyen-Âge. Balaguer a même été impliquée dans une lutte pour devenir la capitale de la Catalogne mais Barcelone s'est imposée. À mes yeux, Xavi est le meilleur footballeur espagnol de tous les temps. Il fait marcher son cerveau à chaque pas. Or, la raison est très importante quand on joue en équipe et qu'on doit amorcer des actions collectives. Xavi possède le bagage technique requis mais aussi un cerveau d'élite qui lui permet de découvrir la possibilité d'une passe avant les autres puis de jouer le ballon au bon moment, avec la bonne vitesse. Quand l'équipe nationale a commencé à gagner des trophées, Xavi a joué un rôle important en dehors du terrain aussi. Il a exercé son influence pour réunir les joueurs de Barcelone et du Real Madrid. L'esprit collectif d'un joueur en dehors du terrain est un facteur crucial pour moi. La Catalogne doit-elle devenir indépendante ? Je comprends et respecte le point de vue de mes amis qui y sont favorables mais sans être sourd aux arguments des autres. Mon père est espagnol et ma mère catalane. J'ai toujours considéré cette situation comme la chance d'avoir le meilleur de deux mondes. Je ne comprends pas bien pourquoi il faudrait s'affronter. Mes parents se sont toujours respectés. À la maison, mon père parlait espagnol, ma mère catalan. Il y a un manque de dialogue entre la Catalogne et l'Espagne. Il entraîne une frustration qui se transmet de génération en génération depuis les années '70. Et maintenant, ça déborde. Comme souvent, ce sont les plus extrêmes qui crient le plus fort mais selon moi, le sentiment qui prédomine chez les Catalans, c'est davantage la volonté d'être entendus que de devenir indépendants. Je ne sais pas pourquoi ce dialogue est si difficile. Peut-être Madrid a-t-elle peur. L'Espagne est un pays complexe. De nombreuses cultures y vivent sur un territoire vaste. Madrid pense peut-être que si elle perd la Catalogne, les autres communautés suivront et qu'elle perdra toute l'identité espagnole. De toute façon, il n'est pas correct d'empêcher les gens de voter, peut-être même contre l'indépendance, et de les confronter à la violence policière. Quand pareil scénario se présente, on peut attendre des politiciens qu'ils interviennent mais de nos jours, il n'y a pas de leaders forts en Espagne ni en Catalogne. Je vous conseille de visiter Saragosse. Ce n'est pas une petite ville mais elle n'a pas le caractère cosmopolite de Barcelone ou de Madrid. Il faut aussi aller manger à San Sebastian. Les gens y sont fiers de leur cuisine. Chaque tomate est cultivée avec la plus grande délicatesse. La dorade grillée est délicieuse. Enfin, j'apprécie beaucoup les Baléares. Pour la mer, le climat et la gentillesse des gens. Chaque île a son caractère et tout le monde peut en trouver une qui l'attire vraiment. Pour moi, c'est Ibiza. Cette île a tellement d'attraits : c'est bien plus qu'un endroit où faire la fête. On y trouve des endroits où on peut encore être vraiment seul. Ibiza dégage une énergie particulière. Elle inspire les gens. Depuis 1999, je m'y rends chaque année en compagnie de ma femme. C'est notre façon d'arrêter le temps et de réfléchir.