Même Georges Simenon ne parviendrait pas à trouver un mot assassin dans le roman d'une amitié datant de 1960. 45 ans... " Quand je n'ai pas de nouvelles de mon ami Robert Waseige (65 ans) durant une semaine, je me demande ce qui se passe ", affirme Henri Depireux (61 ans). Pourtant, ce sont des personnages totalement différents. Robert Waseige a 20 ans et est titulaire à part entière, quand un gamin de 16 ans débarque dans le vestiaire du RFC Liégeois à Rocourt. " Sa classe sautait aux yeux : Henri était un surdoué, un précoce ", se souvient Waseige.
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Même Georges Simenon ne parviendrait pas à trouver un mot assassin dans le roman d'une amitié datant de 1960. 45 ans... " Quand je n'ai pas de nouvelles de mon ami Robert Waseige (65 ans) durant une semaine, je me demande ce qui se passe ", affirme Henri Depireux (61 ans). Pourtant, ce sont des personnages totalement différents. Robert Waseige a 20 ans et est titulaire à part entière, quand un gamin de 16 ans débarque dans le vestiaire du RFC Liégeois à Rocourt. " Sa classe sautait aux yeux : Henri était un surdoué, un précoce ", se souvient Waseige. Depireux affirme sans hésiter que Waseige le prit sous son aile protectrice. A l'époque, l'ordre des anciens régnait dans les vestiaires. Il fallait respecter leur prestige, passer sous leurs fourches caudines avant de mériter quelques sardines sur les manches de son maillot. Robert Waseige est un enfant de la guerre. Il a vu des bombes volantes au-dessus du ciel de Vottem qu'il quittera à six ans afin de se fixer sur les hauteurs de Sainte-Walburge. Son père était mécanicien tandis que sa maman faisait tourner la famille. Ceux qui ont connu cette époque mesurent la valeur de la plus petite pièce de monnaie. Henri Depireux, lui, est plus un enfant du rock-and-roll qui déferle d'Amérique. Il se révèle au début des golden sixties. C'est le temps de l'insouciance. " Henri était fils unique et la vie était probablement un peu plus facile pour lui ", se souvient Waseige. " Ses parents étaient des marchands de quatre saisons connus et appréciés dans le centre de Liège, que ce soit Place du Marché ou Place de la République française. Henri, c'était la prunelle de leurs yeux. Il a rapidement reçu une petite moto dotée d'un moteur de 49 cc. Une Morini ou quelque chose comme cela. Plus tard, ses parents lui réservèrent un autre cadeau. En tirant les rideaux de sa chambre, Henri a découvert un magnifique présent pour ses 18 ans : une Alfa Romeo, je crois. Beaucoup étaient jaloux de ce gamin qui avait tout : élégance, belle gueule et talent exceptionnel ". Half gauche, comme on disait à l'époque du WM, Robert Waseige est un homme du collectif, dur au mal, énorme travailleur qui ravitaille sans cesse Jean- Marie Letawe en ballons bien propres. Quand il faut couper du bois pour chauffer l'équipe, Robert Waseige prouve qu'il est un homme de mission. " Mais il notait tout et avait une belle lecture du jeu ", dit Depireux. " A 20 ans, Robert était déjà un coach. Il connaissait ses limites, compensait son manque de vitesse en tirant un profit maximum de ses poins forts. Il réfléchissait. Robert est tout de suite devenu mon ami puis mon père spirituel. Quand j'avais un problème, je le consultais. Je voulais avoir un avis fondé avant de prendre ma décision. Et si je suis contacté demain par un club d'Afghanistan, je ne partirai pas sans lui demander ce qu'il pense du football à Kaboul ". Quand Robert Waseige quitte Rocourt pour le Racing White en 1963 (prix du transfert : 500.000 francs belges), Liège a installé depuis un an le 4-2-4 à la place du WM sous la férule de Bane Sekulic, un coach yougoslave. L'heure est au professionnalisme. Henri Depireux est éclatant de facilité et de présence dans la ligne médiane d'un FC Liégeois présent sur la scène européenne. La balle est sa maîtresse. Il l'aime, la caresse, la couvre de toutes ses attentions. En 1968, les Sang et Marine hurlent en apprenant que le King est transféré au Standard. Henri Depireux sera sacré trois fois champion de Belgique avec les Rouches. Les plus belles années de leur carrière de joueur se déroulent donc ailleurs qu'à Rocourt où ils se sont connus. Ils se croisent en tant qu'adversaire sur les pelouses de D1 " Et je suis arrivé au Racing White la saison où mon ami Robert partait à Winterslag. ", souligne Depireux. " Il aurait été amusant de rejouer ensemble. L'amitié, cela ne s'explique pas : elle naît au hasard d'une rencontre. Quand il a signé au FC Brussels, j'ai été le premier à le féliciter. Je suis heureux pour lui, fier même. Mon nom avait circulé dans la presse mais Johan Vermeersch ne m'a jamais contacté. C'était le meilleur choix pour ce club. La vie nourrit l'amitié ou la détruit. Robert a de l'humour et est très spirituel. En tant que coach, il est intellectuellement au-dessus des autres. Je ne comprends pas qu'un technicien de ce niveau ne se soit jamais retrouvé à la tête d'Anderlecht ". Inséparables, Robert Waseige et Henri Depireux adorent passer des heures à discuter de football. Deux frères. Le King n'a pas perdu l'£il et, dans son écrin de perles noires, il fut un des premiers à parler un jour d'un certain Samuel Eto'o. Les années ont filé mais rien ne les éloignera l'un de l'autre. " Les amis, on peut les compter sur les doigts d'une main ", conclut Robert Waseige. " Henri, Jean-Paul Colonval et Vince Briganti font partie de ce cercle restreint. Henri est généreux, capable de tout donner et de se battre pour défendre une amitié. C'est un aventurier de la vie, un extraordinaire conteur. Il m'est arrivé de conseiller à des connaissances de passer dans son bistrot du centre de Liège à l'ombre de la cathédrale et tous reviennent avec le sourire, heureux d'avoir passé un bon moment avec une belle personnalité ". Pierre Bilic" Si je suis contacté demain par un club d'Afghanistan, je ne partirai pas sans demander à Robert CE QU'IL PENSE DU FOOT à KABOUL "