G ianni Rivera le golden boy du football transalpin dans les années 1960 et début des années 1970, était acerbe en commentant l'annonce de la retraite prématurée de Francesco Totti en équipe d'Italie en juin dernier. Le numéro 10 de l'AS Rome a attendu un an après le triomphe en Coupe du Monde avant de dire ce que beaucoup avaient prévu depuis longtemps.
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G ianni Rivera le golden boy du football transalpin dans les années 1960 et début des années 1970, était acerbe en commentant l'annonce de la retraite prématurée de Francesco Totti en équipe d'Italie en juin dernier. Le numéro 10 de l'AS Rome a attendu un an après le triomphe en Coupe du Monde avant de dire ce que beaucoup avaient prévu depuis longtemps. Rivera, auteur de 14 buts en 60 matches pour l'Italie entre 1962 et 1974, était une figure aussi controversée à l'époque que Totti aujourd'hui. Mais il parle d'une ère différente lorsqu'il dit : " De mon temps les joueurs pleuraient lorsqu'ils n'étaient pas repris en équipe nationale, c'était tellement important et la passion autour des Azzurri était tellement intense. Aujourd'hui, les joueurs considèrent le maillot bleu comme un élément de merchandising ". Son indécision n'était pas honnête vis-à-vis de Roberto Donadoni (le successeur du coach à succès Marcello Lippi), qui n'a pas vraiment une grande expérience en club ni au niveau international. Son travail de reconstruction a manqué de crédibilité parce qu'il ne savait pas s'il allait réintégrer Totti dans l'équation de son équipe. Non pas que les statistiques de Francesco soient impressionnantes : il n'a marqué que neuf buts en 58 apparitions et a très peu contribué aux campagnes de Coupe du Monde 2002 et de l'Euro 2004. En Asie, il avait été exclu lors de la défaite contre la Corée du Sud au deuxième tour. Et au Portugal, il avait également vu rouge, précipitant l'Italie vers une élimination au premier tour, après avoir craché sur le Danois Christian Poulsen. Cette tendance de plus en plus marquée des joueurs qui décident de ne plus se mettre au service de leur nation est source de contentieux. Roberto Ayala, le vétéran défenseur argentin a suivi l'exemple de Totti. Sa décision était-elle due à l'amertume suite au but contre son camp contre le Brésil, en finale de la Copa America ? Ayala prétend le contraire. Peut-être. Raymond Domenech, l'entraîneur de la France, estime que la FIFA devrait rayer tout joueur actif et inscrit sur ses listes qui refuserait une sélection nationale. La suggestion du Français date de l'époque où le médian Claude Makelele avait envisagé de quitter les Bleus en pleine campagne qualificative pour la Coupe du Monde. Son coach avait dit : " Les footballeurs du top niveau se voient offrir d'énormes sommes d'argent et il en va de leur responsabilité et de leur devoir professionnel de jouer lorsqu'ils sont sélectionnés ; lorsqu'ils sont physiquement en ordre bien sûr. C'est leur obligation sociale et morale de représenter leur pays. C'est un devoir, comme pour les soldats ". Mais renoncer à son équipe représentative n'est pas un phénomène récent ou isolé. Le talentueux médian offensif de l'Allemagne de l'Ouest Fritz Walter avait déjà fait de même après avoir été le capitaine glorieux lors de la victoire finale contre la Hongrie à la Coupe du Monde 1954. Walter avait annoncé à l'entraîneur Sepp Herberger qu'à l'âge de 36 ans il souhaitait concentrer ses efforts sur sa fin de carrière à Kaiserslautern. A l'époque, ce club ne disputait que le championnat régional allemand à temps partiel et n'avait pas d'obligations européennes. Deux ans après, alors que l'Allemagne se préparait à défendre son titre en Suède, Herberger persuada Walter de revenir dans l'équipe pour le bien de la nation. Malheureusement, à 38 ans, ses meilleures années étaient derrière lui et une blessure le rattrapa. 20 ans plus tard, pas moins de quatre titulaires de la Mannschaft quittèrent l'équipe nationale après la victoire 2-1 sur les Pays-Bas en finale de la Coupe du Monde 1974. Un de ceux-là était Gerd Muller, le buteur qui avait inscrit 68 goals en 62 rencontres internationales. Il n'avait que 28 ans et n'avait pas encore atteint son meilleur niveau puisqu'il aida ensuite le Bayern Munich à réaliser la passe de trois victoires consécutives (74, 75 et 76) en Coupe des Champions. Muller, aujourd'hui entraîneur des jeunes au Bayern, s'explique : " Les attentes étaient élevées, tant au niveau du club que de l'équipe nationale. Je trouvais que ce n'était pas juste à l'égard de ma famille d'être tout le temps absent. Je ne peux pas m'imaginer comment les joueurs combinent tout cela à l'heure actuelle. Je suppose qu'ils ont la consolation d'être payés bien mieux qu'à notre époque. Un joueur du top aujourd'hui - prenons un Miroslav Klose ou Oliver Kahn - peut gagner en 10 ou 15 ans d'une bonne carrière consciencieuse, suffisamment d'argent pour mettre les siens et lui-même à l'abri jusqu'à la fin de leurs jours. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle le foot n'est plus aussi amusant. De notre temps, le plaisir du jeu primait sur le gagne-pain. Nous n'avons jamais raisonné en termes de sécurité pour les 40 prochaines années de notre vie. Les mentalités ont changé. Les joueurs arrêtent leur carrière internationale parce qu'ils mettent la priorité à leur carrière en club grassement payée. Parfois je me demande ce que les compétitions internations vont devenir. La Coupe du Monde subsistera mais je pense qu'ils devront tailler dans les tours qualificatifs qui constituent un gros problème ". Alan Shearer (ex-Newcastle) et Paul Scholes (Man U) sont deux exemples de joueurs qui ont laissé tomber l'équipe d'Angleterre ces dernières années pour assurer leur fin de carrière dans leurs clubs. Jamie Carragher, le défenseur de Liverpool, songe aussi à leur emboîter le pas mais, dans son cas, ne serait-ce pas plutôt consécutif à sa peur d'être snobé par le sélectionneur Steve McLaren...Sans doute que les exemples de Totti et de Carragher soulignent le changement d'attitude (plus pragmatique !) des joueurs vis-à-vis des équipes représentatives de leur pays. Sandro Mazzola, contemporain de Rivera, mais qui jouait chez les voisins de l'Inter, est d'accord avec son ancien coéquipier italien et rival de Milan : " C'est dommage. Je ne comprends pas comment un joueur peut agir de la sorte. J'ai arrêté ma carrière de footballeur à 32 ans, ce qui était assez jeune, parce que j'étais déçu d'avoir perdu ma place en équipe nationale. C'est comme ça que cela devrait être et pas l'inverse ". par keir radnedge