Jeudi 8 mai 2008, 6 heures du matin. Les premiers journaux parlés de la journée crachent l'horrible nouvelle : François Sterchele est mort. Très vite, le grand public croit connaître toutes les circonstances du drame : il roulait à plus de 200 km/h, il avait trop bu, il s'était peut-être même drogué. Rien d'étonnant, finalement : Sterchele (26 ans) était aussi bon vivant que bon buteur.
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Jeudi 8 mai 2008, 6 heures du matin. Les premiers journaux parlés de la journée crachent l'horrible nouvelle : François Sterchele est mort. Très vite, le grand public croit connaître toutes les circonstances du drame : il roulait à plus de 200 km/h, il avait trop bu, il s'était peut-être même drogué. Rien d'étonnant, finalement : Sterchele (26 ans) était aussi bon vivant que bon buteur. En juillet, sa mère, Marleen Boonen, met les choses au point dans les médias. Elle a entre-temps reçu le dossier complet de l'enquête. Conclusions : Sterchele roulait à 138 km/h, il n'avait bu que 3 Martini, aucune trace de drogue n'a été trouvée dans son corps, il ne s'est pas endormi au volant, il n'était pas non plus occupé à téléphoner au moment de sa sortie de route. Une hypothèse plausible : il aurait fait un écart pour éviter un animal. Ce week-end, Charleroi se déplace au Germinal Beerschot. Depuis l'accident, ce sera le premier affrontement en championnat entre deux anciennes équipes de François Sterchele. Charleroi l'a lancé en D1, le GB l'a révélé comme grand buteur avant de l'expédier encore plus haut, au Club Bruges. On devine que l'ombre du Liégeois planera sur le Kiel, le temps d'une soirée. Car pour les supporters des équipes dans lesquelles il a joué, François Sterchele est toujours vivant. Voici comment on entretient son culte. Bruges-Westerlo, joué trois jours après le drame, a fourni des images qui resteront dans l'histoire du football belge. Pour résumer : tout Bruges pleurait. Peu de joueurs du Club ont réussi à ne pas craquer en public. Après cela, il y a encore eu des hommages de footballeurs de D1. Après avoir marqué pour la Gantoise, contre Anderlecht en finale de la Coupe de Belgique, Adekanmi Olufade a levé son maillot pour montrer un t-shirt fait main : Repose en paix. Sterchele. 23. En septembre, Stijn Stijnen est apparu à l'interview avec un t-shirt à la gloire de Sterchele, après le match Turquie-Belgique. Et tout récemment, c'est Silvio Proto qui s'y est mis. Après avoir égalisé pour le Beerschot contre La Gantoise, il a traversé le terrain en mimant le célèbre geste de buteur de Sterchele (et de Luca Toni) : une main qui s'agite frénétiquement autour de l'oreille. " C'était tout un symbole ", explique Youri Selak, l'agent qui a guidé Sterchele pendant toute sa carrière. " Comme si François avait commandé tout ce show. Le but de Proto était historique, il a été marqué sur le terrain des exploits de François, dans la cage où il avait un jour mis exactement le même goal de la tête. " Il ne faut plus chercher de maillot portant le numéro 23 dans les noyaux du Germinal Beerschot et du Club Bruges. C'était celui de Sterchele dans les deux clubs et ils ont décidé de ne plus l'attribuer. Par contre, on continue d'écouler de nombreuses vareuses 23 Sterchele à la boutique du Club. " Tout le monde associe toujours François au 23 mais ce n'était même pas son numéro préféré ", dit Selak. " A Charleroi, il avait le 9. Quand il est passé au Germinal Beerschot, il a demandé le 9 ou le 10. Mais ils étaient déjà attribués -à Jurgen Cavens et Daniel Cruz. Moggi Bayat lui a alors suggéré de prendre le 23 en lui expliquant que c'était celui d' Eduardo, qui faisait une belle carrière à Toulouse après être passé par Charleroi. A ce moment-là, François ne pensait même pas à David Beckham et Michael Jordan, des 23 légendaires. " Au moment de signer à Bruges, Sterchele demanda s'il pouvait à nouveau porter le 23. Mais il était déjà sur le dos du troisième gardien, Yves Lenaerts. Celui-ci a accepté de changer. Arrivé cet été à Tubize, Gérald Forschelet avait côtoyé Sterchele à Charleroi en 2005-2006. Ils s'étaient liés d'amitié. Le Français a demandé s'il pouvait avoir le maillot numéro 23 à Tubize, en hommage à son pote. Après une seule saison au Sporting, Forschelet avait quitté la Belgique mais il était resté en contact avec Sterchele, qui lui avait rendu visite dans le sud de la France à l'occasion d'un déplacement avec son agent au tournoi de Toulon. Forschelet était aussi présent aux funérailles de Sterchele et il est toujours en contact avec sa mère. Depuis le début de la saison, à chaque match du Club Bruges, Sterchele revit l'espace de 60 secondes, entre la 23e et la 24e minute. Aussi bien en déplacement qu'à domicile. Dès que le marquoir indique la 23e minute, les supporters chantent Sterchele, Sterchele, Sterchele. A Charleroi aussi, on a voulu faire quelque chose. Depuis peu, on chante à la gloire de Sterchele et on l'applaudit de la 9e à la 10e minute. " Le but est de le faire pendant toute la saison ", explique un supporter du kop. " Nous espérons que tout le stade suivra. " Au Mambourg, on déploie aussi à chaque match une banderole RIP François. Les joueurs de Bruges sont encore confrontés chaque jour au fantôme de leur ancien coéquipier. Une armoire vitrée a été installée dans la buanderie du Jan Breydelstadion, là où les joueurs passent prendre leur équipement avant chaque entraînement. Dans cette armoire, on voit des godasses de Sterchele, deux maillots qu'il a portés et son training. Vincenzo Verhoeven, passé en août dernier à Hamme, était le meilleur ami footballeur de Sterchele. Ils avaient encore passé ensemble la soirée précédant l'accident. Pour rendre un hommage éternel à son copain, Verhoeven s'est récemment fait tatouer, sur l'intérieur du biceps, le visage de Sterchele, son geste du buteur et son numéro 23. Le Club Bruges n'a pas laissé tomber la mère de Sterchele. Elle a été invitée à la journée portes ouvertes cet été et elle y a assisté. Elle a aussi reçu quatre abonnements et a déjà vu des matches cette saison. Pendant plusieurs semaines après l'accident, elle est aussi retournée régulièrement à Knokke, dans l'appartement que son fils louait à Enzo Scifo. Elle se sentait mieux là-bas qu'à Liège. Scifo l'a compris et a laissé l'appartement à sa disposition jusqu'à la fin du mois de juillet. La mère de Sterchele a été fort présente dans les médias depuis le mois de mai. On a vu sa photo dans tous les journaux. Elle était sur le terrain du Germinal Beerschot avant le coup d'envoi de la Coppa Sterchele en juillet et a pris le micro pour remercier les supporters qui n'avaient pas oublié son fils. Par contre, on voit très peu le père du joueur. Explication : les parents Sterchele sont divorcés depuis plus de 10 ans et François était resté très proche de sa mère mais beaucoup moins de son père, qui n'est d'ailleurs allé pour la première fois à un match de Bruges que trois jours après l'accident. Monsieur Sterchele est apparu pour la première fois dans le grand public lors de la messe de funérailles. Après les discours prévus dans le canevas de la cérémonie, le prêtre a demandé si quelqu'un avait quelque chose à ajouter. Le père Sterchele s'est alors levé et s'est adressé à la foule. C'est à ce moment-là qu'on l'a découvert. Depuis lors, il est retourné dans l'ombre. Depuis quelques semaines, Marleen Boonen passe beaucoup de temps à raconter son fils à un journaliste ( Michel Matton, l'auteur du livre Pauwels brise le silence). L'ouvrage contiendra les plus belles photos de la carrière de François, de très longs passages où la mère parle de tout ce qu'a connu son fils et de nombreux témoignages (Moggi Bayat, Jacky Mathijssen, Verhoeven, Selak, etc). Il sera disponible avant les fêtes. (*) Requiescat In Pace. Traduction : Qu'il repose en paix. On a beaucoup vu cette inscription sur des banderoles à la gloire de François Sterchele après son décès. par pierre danvoye - photos: belga